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Pourquoi l'annulation de la garde à vue de Murielle Bolle peut signer la fin de l'affaire Grégory

Murielle Bolle en novembre dernier.

Murielle Bolle en novembre dernier. - BFMTV

Le Conseil constitutionnel a donné raison à Murielle Bolle en jugeant inconstitutionnelle sa garde à vue de 1984, au cours de laquelle elle avait mis en cause son beau-frère, Bernard Laroche. Une décision qui remet en cause toute l'enquête sur la mort de Grégory Villemin.

L'affaire Grégory n'en est pas à son premier coup de théâtre mais celui-ci pourrait être un coup d'arrêt pour toute la procédure. Le Conseil constitutionnel a annulé la garde à vue datant de 1984 de Murielle Bolle, l'élément essentiel de l'enquête, et notamment la réouverture du dossier en juin 2017. Au cours de cette audition, elle avait mis en cause Bernard Laroche dans l'enlèvement de l'enfant. Des déclarations, sur lesquelles elle était revenue, mais qui ont toujours été au coeur de l'enquête.

Une garde à vue anticonstitutionnelle

En septembre dernier, les Sages ont été saisis d'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée par Murielle Bolle. La femme désormais âgée de 49 ans dénonçait les conditions dans lesquelles se sont déroulées sa garde à vue 34 ans plus tôt. Mineure à l'époque, elle n'avait pas bénéficié de l'assistance d'un avocat, comme c'est désormais prévu par le code de procédure pénale.

"La question était de savoir si Murielle Bolle aurait dû être protégée au regard de la Constitution et de l'ordonnance du 2 février 1945 relative à l'enfance délinquante, détaille l'un de ses avocats Me Christophe Ballorin. Il a été fait grief aux législateurs de ne pas avoir prévu ces dispositions au moment de la garde à vue de notre cliente. Comme ce n'est pas le cas, l'acte est jugé non conforme"

Pour l'heure, l'avis du Conseil constitutionnel reste un avis consultatif. C'est la cour de cassation, à l'origine saisie de cette QPC, qui avait demandé aux Sages leur opinion. Mais il semble toutefois peu probable que la plus haute juridiction dans l'ordre judiciaire français ne suive pas cette voix.

L'élément principal de l'enquête annulé

Estimant que la décision du Conseil constitutionnel est "super satisfaisante" pour Murielle Bolle, son avocat n'omet pas le fait qu'elle est primordiale pour la suite de la procédure. Placée en garde à vue les 2 et 3 novembre 1984, deux semaines après la découverte du corps de Grégory Villemin, l'adolescente de 15 ans avait raconté aux enquêteurs que son beau-frère, Bernard Laroche, était venu la chercher en voiture au collège puis avait enlevé le petit garçon. Avant de le déposer à un autre endroit. Des déclarations sur lesquelles elle était revenue, après avoir subi des pressions familiales, diront certains.

A la suite de cette audition, Bernard Laroche avait été arrêté, puis libéré avant d'être tué par le père de Grégory, Jean-Pierre Villemin. La réouverture du dossier en juin 2017, qui avait conduit à les mises en examen de Murielle Bolle et des époux Jacob - annulées depuis - reposait également sur cet acte, élément principal sur lequel les enquêteurs s'appuyaient. "Le fameux PV datant de 1984 est annulé et va être retiré de la procédure", se félicite Me Ballorin, qui voit en cette décision "un grand pas pour la démonstration de l'innocence de Bernard Laroche".

Justine Chevalier