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Affaire Grégory: Murielle Bolle sort de son silence

Dans un entretien au Parisien, Murielle Bolle raconte une vie bouleversée par l’affaire Grégory. Les 2 et 3 novembre 1984, la jeune fille de 15 ans avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir enlevé Grégory, en sa présence. Avant de se rétracter en dénonçant la contrainte des gendarmes.

C’est la première fois que Murielle Bolle se livre dans la presse, 34 ans après la garde à vue durant laquelle elle avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir enlevé le petit Grégory Villemin. Accompagnée de son avocat Me Jean-Paul Tessonnière et de Pauline Guéna, co-rédactrice du livre “Briser le silence” qui paraît la semaine prochaine, elle s’est confiée à nos confrères du “Parisien”.

“On m’a fait passer pour une moins que rien, une menteuse. Ma famille a été tellement salie, déplore-t-elle. Ce livre, je le fais aussi pour la mémoire de Bernard.” Après l’accusation lancée par l’adolescente, Bernard Laroche avait été incarcéré puis relâché avant d'être tué d'un coup de fusil par son cousin Jean-Marie Villemin, le père de Grégory, en 1985.

“Le poids de la mort (de Bernard Laroche) ne me quittera jamais”

L'affaire Grégory avait connu un spectaculaire rebondissement en juin 2017 avec les mises en examen de Murielle Bolle et des époux Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, pour le rapt mortel de l'enfant. Les enquêteurs avaient mis en avant de nouvelles expertises en écriture et une nouvelle analyse du dossier à l'aide d'un logiciel de la gendarmerie, Anacrim, pour étayer l'hypothèse d'un "acte collectif" avec Bernard Laroche.

Une accusation que réfute Murielle Bolle, qui “espère qu’on va enfin (la) croire : la justice, les parents de Grégory et l’opinion publique à laquelle (elle a) été jetée en pâture”. “Jamais je n’aurais pu cacher un tel crime, c’est horrible, assure-t-elle, excluant également que Bernard Laroche, “un être tellement gentil et généreux”, “un nounours”, ait pu jouer un rôle dans le meurtre de l’enfant.

Rappelant l’accusation lancée en 1984 pendant sa garde à vue, Murielle Bolle affirme “porter la culpabilité de la mort (de Bernard Laroche)”. “Si je n’avais pas eu peur de la pression des gendarmes, de leurs menaces, et que je n’avais pas dit ce que j’avais dit, peut-être qu’il serait encore vivant, ajoute-elle. Ce poids ne me quittera jamais.”

“J’ai subi la plus longue garde à vue de l’histoire : elle a débuté en 1984 pour s’achever 33 ans plus tard.”

L’affaire Grégory “a brisé (sa) vie”, raconte-t-elle. “J’ai subi la plus longue garde à vue de l’histoire : elle a débuté en 1984 pour s’achever 33 ans plus tard.” Contrainte d’abandonner ses études à cause du harcèlement scolaire, elle a renoncé à son rêve de devenir pâtissière. En 1985, l’adolescente a voulu mettre fin à ses jours en se jetant sous un train. L’affaire Grégory a aussi “cassé (sa) relation” avec sa soeur Marie-Ange, la veuve de Bernard Laroche, et son propre couple, son compagnon Yannick l’ayant quittée à la suite de son incarcération. Celle-ci a été particulièrement difficile à vivre, raconte Murielle Bolle. “J’ai été insultée par les autres détenues qui me traitaient de tueuse d’enfant. J’ai tenté de sortir une fois dans la cour mais j’ai reçu des projectiles. Je ne suis plus jamais ressortie.”

Son quotidien est désormais consacré à ses enfants et sa petite-fille, ses promenades en forêt et Johnny Hallyday, “(son) idole depuis (qu’elle a) 10 ans”. En froid avec les proches de Bernard Laroche et les parents du petit Grégory, elle espère que la lecture de son livre saura les convaincre de son innocence.

Marine Jeannin