BFMTV

Murielle Bolle aux parents du petit Grégory: "Qu'ils arrêtent de s'acharner contre nous"

Murielle Bolle sort de son silence, 34 ans après le déclenchement de l'affaire Grégory. Alors âgée de 15 ans, elle avait mis en cause son beau-frère avant de revenir sur ses déclarations. Elle nie toute idée de pression qui aurait pu être exercée par sa famille, et raconte ce drame qui a chamboulé sa vie.

Une chevelure rousse, des yeux d'un bleu perçant: 34 ans plus tard, le visage de l'adolescente, scrutée à l'époque par des centaines de caméras, resurgit. Murielle Bolle, personnage central de l'affaire Grégory Villemin, sort de sa réserve. A l'occasion de la sortie de son livre Briser le silence*, elle se confie sur cette journée du 16 octobre 1984, qui a chamboulé sa vie. "C’est une façon pour moi de me faire entendre, de dire ma vérité", affirme-t-elle à BFMTV.

L'affaire Grégory est évidemment marquée par son témoignage. Le 2 novembre 1984, en garde à vue, Murielle Bolle met en cause son beau-frère Bernard Laroche pour l'enlèvement du petit garçon. "Ca a été très difficile, confie-t-elle. Toute la journée, j’ai dit que j’avais pris le bus scolaire, que je m’étais rendue au Aumontzey avec Sébastien. Je crois que j’étais tellement fatiguée…" Car l'adolescente se rétractera trois jours plus tard, affirmant avoir été poussée par les gendarmes à livrer cette version.

La femme de 49 ans poursuit: "Les gendarmes m’ont menacée d’une maison de correction si je continuais à mentir. Ils m’ont dit que j’étais qu’une menteuse, que Bernard avait avoué qu’il était venu me chercher au collège. Il y en a un qui est rentré, il a tapé du poing sur la table en disant que j’étais la maîtresse de Bernard, que je couchais avec Bernard. Ca m’a fait très mal. Il a fallu que je passe un test chez le gynécologue pour savoir si j’étais vierge."

"Bernard n'aurait jamais fait ça"

Trois jours plus tard, Murielle Bolle avait changé de version. Sous la pression familiale? "Non, du tout...", maintient-elle. Et ce malgré des témoignages divergents. Un cousin affirme qu'elle a été lynchée par sa famille en sortant de garde à vue. "Je sais pas pourquoi il a été raconté des conneries pareilles alors qu’il était pas là ce jour-là", martèle-t-elle. Et le récit avancé par sa tante, Louisette qui assure que l'adolescente s'est confiée auprès d'elle sur le soir de la disparition de Grégory. "Louisette, elle était un peu simple d’esprit. Ils ont pu lui faire dire", insiste-t-elle encore.

Depuis, Murielle Bolle a maintenu ses déclarations et veut désormais qu'on entende sa vérité: Bernard Laroche n'y est pour rien. "Même si c’était Bernard, ça pouvait m’arracher le cœur mais je l’aurais dit, assure-t-elle. Jamais je n’aurais gardé un secret comme ça, pendant tant d’années. C’est quand même la mort d’un petit gamin!" La femme de 49 ans en est certaine: son beau-frère n'avait aucune raison d'en vouloir aux Villemin. "Bernard avait presque plus qu’eux", assure-t-elle.

Et d'insister: "Bernard n’aurait jamais fait ça. Bernard était un être tellement gentil, tellement généreux, jamais il n’aurait fait ça."

"J'espère qu'on saura un jour"

Depuis 34 ans, Murielle Bolle doit vivre avec l'ombre de l'affaire Grégory. Elle est restée cloîtrée chez elle les mois qui ont suivi la mort du petit garçon avant, pendant des années, d'essuyer les refus des employeurs qui ne voulaient pas se retrouver associés à ce tragique fait divers. Elle doit aussi vivre avec la mort de Bernard Laroche, tué par Jean-Marie Villemin en 1985. "Je me sens responsable. Si je n’avais pas été faible et impressionnée par les gendarmes et avoir peur d’eux, je crois que Bernard serait encore là", livre celle qui a tenté de mettre fin à ses jours après la mort de son beau-frère.

Affirmant avoir de "la haine" envers Jean-Marie Villemin, Murielle Bolle dit aussi comprendre le combat des parents du petit Grégory. "Je comprends, je suis maman, je suis une mamie maintenant, explique-t-elle. C’est normal qu’ils continuent à se battre. Il y a ce petit garçon à qui on a pris la vie… Je me mets à leur place, c’est normal qu’ils continuent de se battre. Mais qu’ils arrêtent de s’acharner contre nous, on a rien à voir dans tout ça, qu’ils cherchent ailleurs."

Elle conclut, exprimant un désir: "J’espère qu’on saura un jour, qu’on trouvera le vrai coupable, qu’on puisse nous innocenter."

* Briser le silence de Murielle Bolle, Michel Lafont. Sortie le 8 novembre 2018.

Justine Chevalier avec Mélanie Bertrand