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Pour l'avocat d'une salafiste, il faut "laisser partir" les radicalisés

L'avocat d'une salafiste française ayant obtenu l'annulation de son interdiction de quitter le territoire a pointé du doigt mardi sur BFMTV les faiblesses du gouvernement en matière de lutte antiterroriste. Il estime qu'il faudrait laisser partir les islamistes radicaux en Syrie mais ne pas les laisser revenir.

Un aller sans retour. Le tribunal administratif de Paris a donné raison mardi à une jeune salafiste française qui contestait son interdiction de quitter le territoire national. Pour Emmanuel Ludot, l'avocat de la plaignante, il faut laisser les terroristes se rendre en Syrie pour rejoindre les rangs de Daesh mais ne pas les laisser revenir, en faisant appel à la déchéance de nationalité, dont le projet a été abandonné.

"Pourquoi les empêcher de partir? Pour les laisser ici comme des écorchés vifs qui deviennent la proie de prédateurs et de recruteurs?", s'est-il demandé mardi sur BFMTV. 

"Le risque zéro n'existe pas mais il faut qu'on ait au moins une politique cohérente", a-t-il estimé avant de déclarer que s'il avait été "garde des Sceaux", il aurait "su quoi faire". "On est en train de prendre des arrêtés d'interdiction de sortie à la pelle, il y a des abus", a-t-il notamment dénoncé après avoir défendu la jeune salafiste.

Pieuse mais non dangereuse

Pour le tribunal, "l'administration n'apporte aucun élément de nature à justifier" que cette jeune fille de 18 ans, convertie à l'islam il y a deux ans, "projetterait de partir à destination d'un théâtre d'opérations de groupements terroristes". Pourtant, le représentant du ministère avait souligné la "vulnérabilité" d'une salafiste "radicalisée très rapidement et qui a traité les Français de mécréants". La mère de Chloé(*) avait même signalé sa fille auprès de la plateforme du Centre national d'assistance et de prévention de la radicalisation en 2015. "Elle a vu son enfant changer de vêtements et d'attitude, elle a appelé car elle était inquiète. Derrière ça, il n'y avait rien", a souligné l'avocat.

"Le ministre a commis une erreur manifeste d'appréciation. Il a regardé le dossier de manière superficielle et s'est contenté de rumeurs et de délations non avérées", selon Emmanuel Ludot.

Pour l'avocat, la Rémoise "veut rejoindre l'Arabie Saoudite car elle considère que c'est le pays du salafisme. Elle veut pouvoir s'épanouir dans cette religion sans frein ni critiques, ni propos négatifs ou méchants". Désormais, la jeune femme penserait même à se rendre en Angleterre "où elle se sentira mieux à défaut de rejoindre l'Arabie Saoudite", a rapporté le défenseur.

"Salafiste ne veut pas dire violence et égorgeur", a-t-il notamment dénoncé alors que la juridiction a affirmé que les éléments rapportés ne suffisaient pas "par eux-mêmes, à justifier de son adhésion et de sa proximité avec le terrorisme islamiste".

"Elle pourrait être ma fille"

L'avocat de la jeune Rémoise fait confiance à sa plaignante. Pour lui, elle ne ment pas et est véritablement sincère lorsqu'elle exclut toute possibilité de se rendre dans les rangs de Daesh. "Elle pourrait être ma fille, j'ai le recul nécessaire", a-t-il assuré après avoir affirmé ne pouvoir "jurer de rien". Il a tout de même nuancé ses propos en reconnaissant que tout le monde pouvait "tricher et mentir". "Moi, je fais mon métier, on me demande d'annuler cet arrêté, je le fais. Professionnellement, je suis content", s'est-il finalement félicité face à Olivier Truchot sur BFMTV.

Au 31 juillet dernier, la Chancellerie avait recensé près de 900 jeunes suivis ou poursuivis, certains dans le cadre d'affaires en lien avec le terrorisme, d'autres au titre de la protection de l'enfancec pour risque de radicalisation et en raison de la radicalisation de leurs parents.

(*) Le prénom a été modifié.

Julie Breon avec AFP