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Pédophilie: des victimes demandent que ces actes soient imprescriptibles

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- - L'hélicoptère militaire ayant servi aux huit militaires, posé à l'aéroport d'Alexandroupolis - Sakis Mitrolidis - AFP

Les affaires de pédophilie du diocèse de Lyon ont mis l'accent sur le difficile travail des victimes pour porter plainte. La prescription vient souvent limiter leur possibilité de faire reconnaître leur statut de victimes au pénal. Des victimes militent donc pour que les crimes pédophiles deviennent imprescriptibles.

Séverine Mayer a mis plusieurs décennies avant de parler des actes qu'elle a subis dans son enfance. Cette maman de 44 ans jointe par BFMTV.com a créé en décembre une pétition en ligne pour réclamer l'imprescriptibilité des crimes pédophiles, signée à ce jour par plus de 96.000 personnes. L'association "La parole libérée", qui réunit les victimes du prêtre Bernard Preynat à Lyon, s'est jointe à sa pétition.

Si Séverine ne fait pas partie des victimes du diocèse de Lyon, elle a vécu une trajectoire similaire. Victime silencieuse, elle a tu son calvaire de l'enfance pendant des années. Aujourd'hui, celui qu'elle appelle son "bourreau" est mort. Elle ne ne verra jamais ses crimes punis devant la justice, mais n'accepte pas que, pour d'autres victimes, la possibilité de porter plainte soit limitée dans le temps par la loi. 

"Ma vie s'est arrêtée à quatre ans et demi"

A l'heure actuelle, le droit français prévoit en effet une prescription de 20 ans à compter de la majorité de l'enfant qui a subi un viol ou des attouchements alors qu'il avait moins de 15 ans, ou des attouchements par un ascendant ou une personne ayant autorité. Passé l'âge de 38 ans, la prescription est donc éteinte: la victime ne peut plus porter plainte. Dans l'affaire de Lyon, seuls quatre cas d'agression ne sont pas prescrits.

Cette situation met en colère Séverine Mayer. "Ma vie s'est arrêtée à quatre ans et demi dans une salle de bain et elle s'est arrêtée pendant des décennies. On devrait pouvoir porter plainte quand on est prêt à le faire. C'est insupportable. Ca minimise la gravité des faits. Vingt ans après la majorité si vous n'avez pas porté plainte, on considère que pour vous ça allait bien. Eh bien non ça ne va pas bien", s'agace-t-elle. 

Le cheminement avant d'oser parler est souvent très long, mêlé de peur d'être jugé et de souffrance. Certaines victimes se sont aussi protégées jusqu'à oublier leur agression. "D'un point de vue médical, on constate souvent un mécanisme d'amnésie traumatique. La révélation peut alors arriver trop tard, après le délai de 20 ans", explique Violaine Guérin, gynécologue et présidente de l'association Stop aux violences sexuelles (SVS).

Pour sa part, Séverine raconte avoir commencé à parlé de son calvaire, qui a duré des années, à l'âge de 35 ans, "quand j'ai rencontré l'homme qui partage ma vie". Mais il lui a fallu encore cinq ans pour le dire ouvertement. Si son agresseur avait été encore en vie, il aurait été trop tard pour porter plainte.

Imprescriptibilité comme pour les crimes contre l'humanité

Actuellement, les seuls crimes imprescriptibles en France sont les crimes contre l'humanité, que Séverine met en parallèle avec les agressions pédophiles.

"Les actes pédophiles sont des crimes contre l'humanité. Une société qui ne protège pas ses enfants, c'est quoi? Les crimes pédophiles sont barbares. Les victimes sont victimes à perpétuité", lance-t-elle.

Pour Violaine Guérin, ce délai imposé par la loi n'est pas légitime. "Il faut permettre aux victimes d'avoir accès à la justice, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Et c'est aussi indispensable pour mettre en soins les auteurs qui sont presque systématiquement multirécidivistes".

Son association travaille avec des députés et sénateurs de tous bords. Au mois de mars, ces derniers ont proposé devant l'Assemblée nationale de revenir sur la prescription des actes pédophiles, des amendements rejetés en première lecture. "En mai devant le Sénat ils vont redéposer des amendements", avec pour objectif "de faire ouvrir les yeux à tout le monde".

Carole Blanchard