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Pédophilie dans l'Eglise: un couple jugé pour "dénonciation calomnieuse"

Le père Leroy n'a pas repris s'est fonction au Foyer de Charité de Baye. (Image d'illustration)

Le père Leroy n'a pas repris s'est fonction au Foyer de Charité de Baye. (Image d'illustration) - AFP

Un couple de septuagénaires est jugé ce mercredi par le tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne pour "dénonciations calomnieuses". Ils ont fait un signalement auprès de la justice pour dénoncer des comportements déplacés d'un prêtre de la région. L'enquête des gendarmes n'a pas permis de confirmer ces accusations.

"Aucun abus ne doit jamais être couvert et sous-évalué." Les paroles du pape François, prononcées dimanche au terme d'un sommet inédit de l'Eglise sur la pédophilie, raisonnent ce mercredi au tribunal de Châlons-en-Champagne. Un couple de septuagénaires est jugé pour "dénonciation calomnieuse" après avoir fait un signalement auprès des autorités ecclésiastiques et judiciaires pour attirer l'attention sur les agissements d'un prêtre de la région. Principe de précaution ou vengeance? La justice doit trancher.

Les faits remontent à mars 2018, alors que les affaires de pédophilie dans l'Eglise se multiplient grâce à la libération de la parole par les victimes. Marie-Jeanne et Jean-Louis Martin font un signalement au procureur de la République de Châlons-en-Champagne. Eux habitent à Baye à une cinquantaine de kilomètres, sur la propriété du Foyer de Charité, un lieu qui organise des retraites spirituelles. Ils souhaitent alerter la justice des agissements du père François-Jérôme Leroy, qui dirige l'établissement. Le couple de septuagénaires prévient également l'évêché de Châlons et le Foyer.

Le prêtre écarté

Marie-Jeanne et Jean-Louis Martin ont eu vent de bruits sur les agissements, des comportements excessifs, du père François-Jérôme Leroy. A ces rumeurs s'ajoute un événement. Les petits-enfants du couple, en vacances chez leurs grands-parents, ont rencontré le prêtre lors d'une balade. Ce dernier, qui revenait d'une promenade jusqu'à une petite chapelle, prend les enfants en photo, selon le récit de leurs grands-parents. Il propose également au plus jeune, âgé de 14 ans, de venir le voir le lendemain pour l'aider à réparer son vélo. 

"Mes clients avaient entendu parler de choses dans le village, explique leur avocat Me Chevais. Ce qui s'est passé avec leurs petits-enfants les a alerté."

Une autre rumeur circule dans cette petite communauté d'un peu plus de 1000 habitants: le prédécesseur du père Leroy est lui-aussi accusé d'agressions sexuelles sur des enfants. Une enquête est d'ailleurs toujours en cours sur ce prêtre, Michel Valard, décédé en 2014, a-t-on confirmé auprès du parquet de Châlons-en-Champagne. Le Foyer de Charité de Baye, qui accueille des majeurs comme des mineurs pour quelques jours, écarte le père François-Jérôme Leroy. Il est envoyé dans une autre région, à l'écart des enfants.

Les victimes présumées démentent

Dans un communiqué, l'évêque de Châlons-en-Champagne décrète que le prêtre, cité par son nom jusqu'alors inconnu, "ne devra plus résider dans le diocèse de Châlons ni y exercer un quelconque ministère auprès de jeunes mineurs tant que la justice ne se sera pas prononcée". Au total plus d'une vingtaine de personnes ont été entendues dans le cadre de cette enquête menée par la gendarmerie. Mais les témoins des actes reprochés au prêtre, qui les ont rapportés au couple Martin, démentent. La seule victime nommée par les septuagénaires assure n'avoir jamais été abusée par le prêtre.

"Les gens se sont rétractés car ils ont eu peur", tranche Me Chevais. Il estime d'ailleurs que ces clients ne peuvent être reconnus coupables de "dénonciation calomnieuse" n'ayant pas rendu les faits publics. Contacté, l'avocat de l'évêque qui a donné le nom du père Leroy n'a pas souhaité réagir.

Le parquet de Châlons-en-Champagne a, en octobre dernier, classé l'enquête sans suite et a engagé des poursuites pour "dénonciation calomnieuse" après une plainte déposée par le père Leroy. "C'est une manière de faire taire les gens, il faut briser l'omerta", s'agace l'avocat des Martin. Dans cette affaire pourtant apparaît des rancoeurs entre les deux camps. Locataires de leur maison qui appartient au foyer, des tensions seraient apparues lorsqu'on leur aurait demandé de travailler pour le Foyer en échange d'une remise sur leur loyer. Jusqu'à provoquer ce signalement? Le couple le nie. 

"Le père Leroy s'est fait accuser par des personnes qui ont essayé de profiter d'un contexte, estime Me François Procureur, l'avocat du prêtre. On peut hurler avec les loups mais il faut savoir de quoi on parle. Ils savaient que la hiérarchie ne resterait pas sans réaction."

Agé de 72 ans, le père François-Jérôme Leroy, qui a pris une année sabbatique, n'est pas revenu au Foyer de Charité de Baye, dont la direction "souhaite que la justice puisse accomplir sereinement et jusqu'au bout son travail". "De ce procès, mon client attend une réparation médiatique, que son nom soit lavé", conclut son avocat.

Justine Chevalier