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Nordahl Lelandais n'avoue que face à l'accumulation des preuves 

Dans l'affaire Maëlys comme dans l'affaire Arthur Noyer, l'ancien maître-chien a fini par avouer ses crimes qu'après avoir été poussé dans ses retranchements.

Transporté sur les lieux de la découverte du crâne d’Arthur Noyer jeudi, Nordahl Lelandais a reconnu avoir tué le jeune caporal dans la nuit du 11 au 12 avril 2017, plus de trois mois après avoir été mis en examen dans cette même affaire. Il s’agit du deuxième crime confessé par l’ancien maître-chien, lui qui avait dans un premier temps nié toute implication dans la disparition de la petite Maëlys dans la nuit du 26 au 27 août avant d’avouer le meurtre "accidentel" de la fillette six mois plus tard.

Dans ces deux affaires, Nordahl Lelandais a longtemps résisté aux accusations -pourtant accablantes- des enquêteurs. Bien que les éléments se multipliaient contre lui, "il a tout fait pour échapper à la police technique et scientifique. Il a une réponse cohérente à tout, il a une mécanique dans son cerveau à répondre à tout", expliquait Dominique Rizet, spécialiste police-justice de BFMTV, alors que l’homme de 35 ans continuait de nier le meurtre de la petite Maëlys.

"C’est à chaque fois qu’il est confronté à des éléments accablants qu’il finit par parler"

À l’époque, alors qu’il avait assisté au même mariage que la fillette de neuf ans, de premiers indices avaient rapidement permis aux enquêteurs de considérer Nordahl Lelandais comme le suspect numéro un, mais ce dernier a toujours apporté des explications:

"Dans l’affaire Maëlys, il y a énormément de choses au départ qui sont très dérangeantes pour lui, rappelle Dominique Rizet: des traces de griffures qu’il a sur les bras... il raconte qu’il a jardiné; son short dont il s’est débarrassé parce qu’il était tâché... il l’a jeté, pas dans la poubelle chez lui mais dans la rue, […]; la silhouette filmée par la vidéoprotection de la ville... il explique que ce n’est pas Maëlys…"

L'accumulation de preuves va finalement obliger Nordahl Lelandais à passer peu à peu aux aveux. D’abord, la découverte d’une trace ADN dans son véhicule va le contraindre à avouer que Maëlys est bien montée dans l'habitacle. À ce stade, il continuera néanmoins de rejeter toute accusation. C'est la découverte par les experts scientifiques d’une tâche de sang sous le tapis de sol de la voiture qui le poussera à reconnaître le crime. "Il y va étape par étape. […] C’est à chaque fois qu’il est confronté à des éléments accablants qu’il finit par parler", analyse Dominique Rizet sur notre antenne.

"Au pied du mur"

La mécanique fut sensiblement la même dans le cadre de l’affaire Arthur Noyer. D’abord, Nordahl Lelandais a contesté les faits qui lui étaient reprochés, reconnaissant néanmoins sa présence dans la région où est disparu l’ancien caporal. Plus tard, face aux indices jugés "graves et concordants" à son encontre (le traçage de son téléphone correspondait avec celui du militaire), il avouera début février avoir pris le militaire de 24 ans en stop mais continuera de nier le crime, jusqu’à passer aux aveux jeudi sur les lieux de découverte des ossements de la victime.

Dans les deux enquêtes, ce n’est qu’après avoir été poussé dans ses retranchements que Nordahl Lelandais a fini par avouer. "Il n'avoue que lorsqu'il est mis au pied du mur, face à une preuve irréfutable. Jusqu'à présent, il n'avait fait que donner des explications qui, en apparence, pouvaient paraître logiques", a expliqué sur Europe 1 Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série et du profilage criminel.

Lelandais refuse de donner les circonstances

Et de poursuivre en indiquant que le meurtrier présumé "adapte sa défense au fur et à mesure que les enquêteurs vont découvrir des choses. S'ils l'ont interrogé hier, c'est probablement qu'ils avaient un certain nombre de preuves déterminantes, autres que le bornage téléphonique". 

Qu'il s'agisse de l'affaire Maëlys ou de l'affaire Arthur Noyer, Lelandais ne pouvait "plus faire marche arrière car il est mis face à des éléments indiscutables. Et c’est à ce moment-là qu’il craque. Mais il a quand même tenu longtemps à chaque fois", précise de son côté Dominique Rizet.

Néanmoins, s’il a reconnu les deux meurtres, Nordahl Lelandais se refuse toujours à donner des explications et des détails sur les circonstances de ces crimes. De nombreuses questions restent donc en suspens pour les enquêteurs qui devraient continuer à l'interroger pour faire toute la lumière sur ces deux affaires.

Paul Louis