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Loi "sécurité globale": une forte mobilisation en France après une semaine marquée par les violences policières

46.000 personnes ont défilé dans la capitale selon le ministère de l'Intérieur, soit beaucoup plus que la semaine passée où 7.000 manifestants avaient été dénombrés.

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé ce samedi dans plus de 70 villes de France contre le texte de loi "sécurité globale" et sa mesure phare, qui prévoit de restreindre la possibilité de filmer les forces de l'ordre, mais aussi contre les violences policières et le racisme.

"Floutage de gueule", "Qui nous protègera des féroces de l'ordre ?", "Baissez vos armes on baissera nos caméras": les manifestants ont sorti les pancartes et fait fleurir les slogans contre un texte jugé attentatoire à "la liberté d'expression" et à "l'Etat de droit" par ses opposants.

46.000 manifestants à Paris

Dans la capitale, il y avait 46.000 personnes, selon le ministère de l'Intérieur, soit beaucoup plus que la semaine passée où 7.000 manifestants avaient été dénombrés.

Contrastant avec un défilé globalement calme dans l'après-midi, des affrontements ont opposé manifestants et forces de l'ordre, qui ont utilisé en fin de journée les canons à eau, au point d'arrivée du cortège, place de la Bastille. Neuf personnes avaient été interpellées vers 18H15.

Des groupes de manifestants ont formé des barricades et allumé plusieurs feux qui dégageaient de grands panaches de fumée et une odeur acre. Les feux qui ont touché un kiosque, une brasserie et une façade de la Banque de France ont été maitrisés vers 18H00 tandis qu'une partie de la place était noyée sous les lacrymogènes. Le long du parcours, du mobilier urbain a été détruit et plusieurs voitures incendiées, nécessitant l'intervention des pompiers tandis que le reste du cortège poursuivait son défilé.

Des milliers de manifestants à Rennes, Lille, Montpellier

De premiers rassemblements ont eu lieu dans la matinée avec plusieurs milliers de manifestants à Rennes, à Lille ou encore à Montpellier. Pour Maud, 45 ans, manifestante rennaise où des incidents ont éclaté en fin de manifestation, "il y a un réel déni démocratique et on ne va pas continuer comme ça. Il y a une dérive autoritaire".

"On a commencé par démanteler les droits des travailleurs et maintenant on s'en prend aux libertés fondamentales et aux basiques de notre démocratie, la liberté d'expression, d'information", dénonce Sophie Misiraca, 46 ans, avocate en droit social au barreau de Paris.

Des milliers de personnes ont aussi défilé à Lyon, où des manifestants et un policier ont été blessés par des jets de projectiles lors de débordements. A Strasbourg, 1.500 manifestants selon la préfecture et près de 3.000 selon les médias locaux ont défilé aux cris de "tout le monde peut filmer la police".

Samedi dernier, la mobilisation avait rassemblé environ 22.000 personnes sur l'ensemble du territoire, selon les autorités.

Une semaine marquée par des violences policières

Depuis, la controverse autour de ce texte, vivement dénoncé par les journalistes et les défenseurs des libertés publiques, s'est encore renforcée. L'évacuation brutale d'un camp de migrants à Paris lundi soir et la révélation jeudi du passage à tabac d'un producteur de musique noir par quatre policiers, actuellement en garde à vue, ont suscité l'indignation et électrisé le débat. Ces scènes ont été filmées et visionnées des millions de fois sur les réseaux sociaux.

Dans ce contexte tendu, Emmanuel Macron est descendu vendredi dans l'arène pour dénoncer l'"agression inacceptable" du producteur Michel Zecler et des "images qui nous font honte". Il a demandé de nouveau au gouvernement de lui faire rapidement des propositions "pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations".

Qu'adviendrait-il si les policiers ne pouvaient plus être filmés, interrogent les détracteurs de la loi "sécurité globale", qui redoutent la portée de son article 24, pénalisant ceux qui voudraient filmer les forces de l'ordre avec une intention malveillante.

Darmanin au coeur de la tourmente

Après avoir modifié le texte pour inclure des garanties sur le "droit d'informer", le gouvernement a passé la semaine à tenter de déminer ce dossier. En vain: malgré son adoption en première lecture par l'Assemblée nationale, la polémique était telle que Matignon s'est résolu à annoncer une nouvelle réécriture du texte par une "commission" indépendante. Avant de rétropédaler face à l'ire des parlementaires et de la majorité, à qui Jean Castex a dû assurer qu'ils auraient le dernier mot.

"Avant, on ne parlait pas assez du racisme dans la police, c'est notre moment.", dénonce Mohamed Magassa, 35 ans, habitant de Garges-les-Gonesses (Val-d'Oise). "Quand Darmanin écrit l'article 24 ce n'est pas forcément que contre les journalistes, ce sont surtout les quartiers qui sont visés. Ces images sont vitales pour nous dans les quartiers, sinon nous sommes toujours les coupables", ajoute-t-il.

Le ministre de l'Intérieur, au coeur de la tourmente, était la cible de nombreux slogans hostiles et de pancartes le tournant en dérision.

"Une refonte de la police"

"Il est temps de procéder à une reprise en main générale de la police et, pour être encore plus clair, à une refonte de la police", a déclaré Jean-Luc Mélenchon, le chef de file des Insoumis à quelques journalistes, avant le départ du défilé parisien prévu pour le début d'après-midi.

Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, avait initialement interdit le défilé et souhaitait un rassemblement statique à République, afin "d'éviter le brassage des populations" pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. Une décision finalement cassée par le tribunal administratif de Paris. Dans une lettre adressée vendredi soir aux policiers, Didier Lallement a appelé ses troupes à "tenir" la "ligne républicaine". En "dévier", c'est "perdre le sens de notre mission", a-t-il ajouté.

Cyrielle Cabot avec AFP Journaliste BFMTV