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Lettre d'un violeur en une de Libération: deux associations féministes demandent au parquet de Paris de se saisir de l'affaire

La Une de Libération ce lundi 8 mars

La Une de Libération ce lundi 8 mars - Une de Libération

La Fondation des Femmes et le Collectif féministe contre le viol ont alerté le parquet de Paris dans un courrier afin qu'il se saisisse des faits de viols relatés dans Libération.

À l'occasion de la journée internationale des droits des femmes le 8 mars dernier, le journal Libération avait choisi de publier la lettre d'aveux d'un individu se présentant comme le violeur d'une étudiante de Sciences Po Bordeaux. Un choix éditorial qui a suscité une vague de désapprobation et de colère, notamment de la part d'associations féministes.

Mais l'affaire pourrait désormais être portée en justice, puisque le Parisien rapporte ce vendredi que la Fondation des femmes et le Collectif féministe contre le viol ont écrit une lettre le 12 mars dernier au Procureur de la République afin de réclamer l'ouverture d'une enquête.

Un courrier reçu par le parquet ce vendredi

Ce courrier, reçu ce vendredi par le parquet de Paris (d'après la présidente de la Fondation des Femmes), a été rédigé par deux présidentes d'association, à savoir Emmanuelle Piet, la présidente du Collectif féministe contre le viol (CFCV) et par Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes.

"Monsieur le procureur de la République, le journal Libération, dans son édition du 8 mars 2021, publiait la lettre d’un homme, prénommé Samuel, étudiant âgé de 20 ans, qui reconnaissait de manière circonstanciée avoir violé son ex-compagne, il y a un an et demi. Il expliquait la violence qu’il avait employée pour imposer une pénétration sexuelle à sa victime dont il savait qu’elle n’était pas consentante", rappellent-elles d'abord dans cette lettre.

Contactée par BFMTV.com, la présidente de l'association Anne-Cécile Mailfert explique que "quand une personne avoue un crime publiquement", c'est au procureur "de se saisir quand il a connaissance des faits ou de suspicions fortes de faits de cette nature-là", comme cela avait été le cas dans l'affaire Adèle Haenel.

"Là, il nous paraissait important de rappeler au procureur qu'il y avait eu cette lettre, et ce jeune homme qui a avoué avoir violé sa compagne", souligne Anne-Cécile Mailfert, qui dit avoir voulu "marquer le coup et que cela ne passe pas inaperçu, ou en tout cas que ça ne passe pas en dehors des radars de la justice".

"C'est important que la société juge ça"

"La justice doit passer (...) et c'est important que la société juge ça", insiste Anne-Cécile Mailfert auprès de BFMTV.com. Bien qu'elle salue le fait qu'"un homme puisse réaliser qu'il a fait du mal à sa compagne" et "souhaite entamer un travail sur lui-même pour comprendre les racines de cette violence", elle estime que "cette prise de conscience-là ne doit pas amener à conduire à l'impunité".

"Cette lettre met mal à l'aise et je crois qu'elle met mal à l'aise s'il n'y a pas à côté une réponse judiciaire. La parole d'un violeur il faut aussi qu'elle soit devant le juge, devant la société et devant sa victime dans un cadre judiciaire", abonde la présidente de la Fondation des Femmes. Pour elle, "ça ne peut pas être juste une parole en première page d'un journal. Quelque part c'est malaisant qu'il y a cette lumière qui est faite". "Et ensuite qu'est-ce-qui se passe, il lui arrive rien", s'interroge-t-elle enfin.

Anne-Cécile Mailfert explique que la victime, prénommée Alma et avec qui elle est en contact, "avait connaissance du droit et savait que ça pouvait arriver". Selon elle, l'homme qui se présente comme le violeur "avait a priori lui-aussi connaissance du fait que ça pouvait arriver", car "Libération l'avait averti que la justice pourrait se saisir d'elle-même. Donc c'est un risque qu'il savait qu'il courait". À BFMTV.com, Anne-Cécile Mailfert assure enfin avoir voulu "s'assurer que ce nous faisions vis-à-vis de la justice" était "compris par la victime", et que cela n'avait aucunement vocation à lui "porter préjudice".

Clément Boutin et Jeanne Bulant