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Accusations d'"attouchements": Adèle Haenel porte plainte contre le réalisateur Christophe Ruggia

Adèle Haenel accuse le réalisateur Christophe Ruggia d'agressions sexuelles.

Adèle Haenel accuse le réalisateur Christophe Ruggia d'agressions sexuelles. - AFP

Alors qu'initialement elle ne souhaitait pas le faire, l'actrice de 30 ans a finalement décidé de porter plainte contre le réalisateur.

L'actrice Adèle Haenel, qui a affirmé avoir été victime lorsqu'elle était adolescente d'"attouchements" et de "harcèlement" de la part du réalisateur Christophe Ruggia, a décidé de porter plainte contre ce dernier, ont annoncé mardi ses avocats.

L'actrice française de 30 ans, récompensée par deux César, s'est rendue mardi après-midi dans les locaux de l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) à Nanterre, pour y être entendue dans le cadre d'une enquête ouverte par le parquet de Paris sur les faits qu'elle reproche au réalisateur.

Peu avant son audition, la comédienne a expliqué à Mediapart que "la justice a fait un pas" et qu'elle en fait désormais "un". 

"Maintenant que la justice a ouvert une enquête, je ne me dérobe pas, et je souhaite faire tout ce qui est en mon pouvoir pour aller au bout du processus judiciaire. Ce que j’attends maintenant, à titre personnel, de la part de la justice, c’est un accompagnement et une réparation", a-t-elle indiqué au média d'investigation en ligne.

Selon un communiqué de ses avocats, elle a décidé de porter plainte contre Christophe Ruggia avec qui elle a tourné, à l'âge de 13 ans, son premier film "Les Diables", à l'issue de cette audition.

Combattre toute "impunité"

"Désormais sollicitée par le service d'enquête, Adèle Haenel s'engage activement dans cette procédure, considérant qu'il est de sa responsabilité de justiciable comme de personnalité publique d'y prendre part, au regard de la gravité des faits dénoncés et des conséquences pour chacun", ont expliqué Me Anouck Michelin et Me Yann Le Bras dans leur communiqué.

"Par ailleurs, les dénégations publiques de Christophe Ruggia l'ont déterminée à obtenir judiciairement la reconnaissance de son statut de victime. En coopérant pleinement à l'enquête, elle entend faire lever tout doute qui confinerait à accorder une impunité", ont ajouté ses deux avocats.

Auprès de Mediapart, la comédienne s'est dit "choquée" par le démenti puis le droit de réponse qu'a adressé le cinéaste à Mediapart le 6 novembre dernier.

"Le rôle de Pygmalion qu’il se donne auprès de moi, sous-entendu que sans lui je n’étais et ne serais rien ; le fait qu’il m’aurait 'découverte', alors qu’il m’a en réalité détruite. Ses commentaires sont humiliants", a-t-elle souligné.

Adèle Haenel espère, enfin, selon le communiqué de ses avocats, "que cette affaire participera au développement d'un système judiciaire plus apte à les accompagner dignement et à recevoir leurs écrits sur des faits difficiles à dénoncer et à faire juger". 

"Une violence systémique faite aux femmes dans le système judiciaire"

Dans une enquête publiée début novembre par Mediapart, l'actrice a dénoncé "l'emprise" que Christophe Ruggia aurait exercée sur elle pendant la préparation et le tournage du film, puis un "harcèlement sexuel permanent", des "attouchements" répétés et des "baisers forcés dans le cou", qui auraient eu lieu chez lui et lors de plusieurs festivals internationaux, le tout alors qu'elle était âgée de 12 à 15 ans.

Adèle Haenel n'avait jusqu'à présent pas déposé de plainte, regrettant qu'il y ait "si peu" de condamnations dans ce type d'affaire et dénonçant "une violence systémique faite aux femmes dans le système judiciaire". 

Malgré l'absence de plainte, le parquet de Paris a ouvert quelques jours après la publication de l'enquête de Mediapart et de sa propre initiative une enquête pour "agressions sexuelles" sur mineure de moins de 15 ans "par personne ayant autorité" et "harcèlement sexuel". 

Début novembre, Christophe Ruggia, qui a été radié par la Société des réalisateurs de films, avait nié toute agression envers Adèle Haenel, mais dit un peu plus tard avoir "commis l'erreur de jouer les pygmalions avec les malentendus et les entraves qu'une telle posture suscite".

Clément Boutin et A.S. avec AFP