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Les accusations qui pèsent sur Tariq Ramadan

Tariq Ramadan - Image d'illustration

Tariq Ramadan - Image d'illustration - AFP

Tariq Ramadan est mis en examen depuis février 2018 pour "viol" sur deux femmes avec lesquelles il a reconnu des relations sexuelles consenties selon lui. Remis en liberté en novembre, l'islamologue est visé par deux autres plaintes en France, mais aussi une en Suisse et une autre aux Etats-Unis.

"On m'a condamné avant d'être juger. Je révèle ici tout ce qu'on vous a caché. Voici le récit d'une longue épreuve et d'une renaissance." Tariq Ramadan publie un livre, le premier, depuis le début de ses déboires avec la justice. L'islamologue suisse est mis en examen depuis février 2018 pour deux viols, dont un sur personne vulnérable. Après avoir d'abord nié pendant près d'un an tout lien avec les deux femmes qui l'accusent, il a évoqué des relations sexuelles "parfaitement consenties".

Incarcéré pendant près de dix mois, il a été remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire en novembre dernier. Et l'affaire vient d'être relancée avec une sixième plainte contre Tariq Ramadan, la quatrième en France. Trois juges d'instruction enquêtent sur les plaintes françaises. En mai dernier, une femme a porté plainte pour "viol en réunion" et décrit elle aussi des faits d'une terrible violence. Cette journaliste de radio l’accuse de l’avoir violée avec un acolyte de son staff lors d’une interview qui devait se passer dans une chambre d’hôtel à Lyon. 

Fin juillet, un réquisitoire supplétif sur le soupçon de "viol commis en réunion" et "menace ou acte d'intimidation" visant Tariq Ramadan a été délivré aux juges d'instruction par le parquet de Paris. La sixième procédure engagée contre Tariq Ramadan depuis 2017.

> Henda Ayari, la première plaignante

L'affaire débute en octobre 2017. Henda Ayari, écrivaine franco-tunisienne, porte plainte contre Tariq Ramadan. Les faits remontent à 2012 en marge d'un congrès de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et se seraient passés dans un hôtel parisien. Dans un premier temps, la plaignante avait évoqué un hôtel proche de la gare de l'Est, puis un autre place de la République, l'hôtel Crown Plaza. La défense de Tariq Ramadan y avait vu une faille dans l'accusation. 

Henda Ayari, elle, maintient le reste de sa version. A l'époque, elle avait contacté le théologien pour lui demander des conseils religieux, alors qu'elle se séparait de son mari. Leur entrevue dans la chambre de l'islamologue a viré au viol avec gifle, morsure, crachat et étranglement: "Après m'avoir embrassée, il s'est littéralement jeté sur moi comme une bête sauvage. Je n'ai pas eu le temps de respirer. Tout de suite, j'ai dit non (…) Il s'est mis en colère et m'a giflée très fort, étranglé. J'ai vraiment cru mourir et là, il m'a violée." Après cette scène, Henda Ayari a repris contact avec son violeur présumé.

"Une manipulation" de l'islamologue envers une femme "sous emprise" sur laquelle il exerçait des "pressions psychologiques extrêmement fortes", pour les avocats de la plaignante.

> Christelle: "plus je hurlais, plus il cognait"

Cette emprise, Christelle* l'a aussi dénoncée. Elle aussi a porté plainte contre Tariq Ramadan quelques jours après la procédure engagée par Henda Ayari. Pour cette femme de 45 ans, les faits datent de 2009 dans un hôtel à Lyon. "J'avais l'impression d'avoir docteur Jekyll et M. Hyde. Un regard de fou, terrifiant. La mâchoire serrée", a-t-elle témoigné auprès de BFMTV. Selon son récit, l'islamologue a donné un coup dans sa béquille, elle qui est handicapée d'une jambe, pour la faire tomber, l'a saisie par les cheveux puis l'a frappée et l'a violée. "Plus je hurlais, plus il cognait", accuse-t-elle. 

Les enquêteurs de la brigade criminelle en charge de l'enquête ont émis des doutes quant à cette version. Ils reposent sur des SMS envoyés par Christelle à Tariq Ramadan après les faits. Ils "laissent perplexe, car la plaignante semble ravie de la nuit passée". Au fil de la lecture de ces messages, les enquêteurs notent des déclarations "surprenantes et fluctuantes", alternant entre les messages d'amour et les reproches, écrivent les enquêteurs. N'employant jamais le mot "viol", selon les policiers, elle semble blessée dans son amour-propre. Pour l'avocat de cette dernière, les enquêteurs se prononcent avant même de l'avoir interrogée.

Pour l'heure, les juges considèrent toujours qu'il existe suffisamment d'éléments graves et concordants pour maintenir la mise en examen de Tariq Ramadan. Sa demande de démise en examen a été rejetée en mars dernier. Dans ses conclusions, la chambre de l'instruction balaie nombre d'arguments de la défense pour discréditer les plaignantes. Concernant Christelle, elle relève "les déclarations constantes et réitérées" de la plaignante depuis novembre 2017, mais aussi les SMS envoyés par Tariq Ramadan au lendemain des faits: "J’ai senti ta gêne. Désolé pour ma violence. J’ai aimé. Tu en veux encore?" Les juges avaient balayé les doutes des enquêteurs concernant Henda Ayari, estimant que l'accusatrice avait déjà été confrontée à ces éléments.

> Mounia dénonce 9 viols

Mounia, mère de famille de confession musulmane, a déposé plainte le 7 mars 2018 pour neuf viols commis entre février 2013 et juin 2014, le plus souvent dans des hôtels en marge de conférences à Paris, Lille, Londres ou Bruxelles. Mounia évoque aussi l'emprise, après que l'islamologue a pris contact avec elle sur Facebook, et les menaces à son encontre. Là encore, la défense de Tariq Ramadan a exhumé des messages et vidéos dont une datant du lendemain d'un des faits présumés, dans laquelle la plaignante dit "mon amour, je t'aime fort". Dans cette affaire, Tariq Ramadan a été placé sous le statut de témoin assisté.

> Deux plaintes à l'étranger

Le 19 février 2018, une Américaine porte plainte à son tour. La jeune femme d'une trentaine d'années dit avoir rencontré Tariq Ramadan en marge du congrès de la Société islamique d'Amérique du Nord, auquel l'islamologue participait. Elle accuse Tariq Ramadan d'agression sexuelle dans la nuit du 30 au 31 août 2013.

Deux mois plus tard, c'est une femme suisse qui engage des poursuites contre Tariq Ramadan. Là encore, les faits se produisent en marge d'une conférence, cette fois-ci à Genève. Une première rencontre puis des échanges via messagerie et une excuse pour la faire monter dans sa chambre d'hôtel, où Tariq Ramadan l'a frappée et violée, selon son témoignage.

> Tariq Ramadan réplique

De son côté, Tariq Ramadan a engagé une procédure pour dénonciation calomnieuse et dénonciation d'une infraction imaginaire contre les trois premières plaignantes, Henda Ayari, Christelle et Mounia. Il a reconnu avoir eu des relations sexuelles "parfaitement consenties" avec ces trois femmes et s'appuie sur les éléments du dossier comme les SMS des plaignantes pour discréditer leur parole.

* Les prénoms ont été modifiés

Justine Chevalier