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Le reporter militant Taha Bouhafs jugé pour outrage et rébellion

Le reporter militant Taha Bouhafs, en février 2020.

Le reporter militant Taha Bouhafs, en février 2020. - JOEL SAGET / AFP

Taha Bouhafs doit comparaître pour “outrage et rébellion sur personne dépositaire de l’autorité publique”. L'audience en février avait été reportée, dans l'attente des conclusions de l'IGPN.

Taha Bouhafs, qui se présente comme un “journaliste des luttes”, comparaît ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Créteil (Val-de-Marne) pour “outrage et rébellion sur personne dépositaire de l’autorité publique”. Le reporter militant de 22 ans avait été interpellé à Alfortville, le 11 juin 2019, lors d’un rassemblement en soutien à des travailleurs en situation irrégulière. Son procès, qui devait initialement se tenir en février, a été renvoyé dans l'attente des conclusions de l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN). Il encourt deux ans de prison.

Rassemblement pacifique

Ce jour de juin, à l’initiative de plusieurs organisations syndicales (Fédération Sud PTT, Union syndicale Solidaire 94, CNT-SO et CNT), un “rassemblement pacifique” se tient devant le centre Chronopost d’Alfortville pour exiger la régularisation d’une “trentaine de travailleurs sans-papiers”, indique alors le communiqué. Taha Bouhafs, salarié du site Là-bas si j’y suis, se rend sur place. 

“Quand je suis allé couvrir ce piquet de grève, j’étais le seul journaliste, tient-il à rappeler sur Twitter. Les seules infos que nous avions sur cette grève circulaient au compte-gouttes dans de sombres boucles militantes.” 

Depuis plus d’un an, il se fait connaître par ses reportages lors de mouvements sociaux franciliens, des manifestations des gilets jaunes, au défilé du 1er mai, lors duquel il filme, place de la Contrescarpe, Alexandre Benalla en train de molester un manifestant. Il a également été candidat de la France insoumise aux législatives de 2017. Depuis, Taha Bouhafs a de nouveau fait parler de lui, lorsqu'il a été interpellé au théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, où se trouvaient Emmanuel et Brigitte Macron. Dans ce dossier, il a été placé sous le statut de témoin assisté.

"Tu n'es qu'une racaille de flic"

Sur place, à Alfortville, un “déploiement de vigiles conséquent” fait face à la mobilisation, rapporte un représentant syndical au Parisien, accompagné de “chiens qui font régner une ambiance menaçante”. À la mi-journée, les forces de l’ordre sont appelées en renfort, après une tentative d’installation de tentes devant les locaux.

Tandis que Taha Bouhafs filme le rassemblement, un policier en civil lui demande de reculer, puis le pousse au sol "au seul motif qu'il filmait", précisait en février auprès de BFMTV.com son avocat, Me Arié Alimi. Le fonctionnaire assure avoir été insulté par le journaliste: "Tu n'es qu'une racaille de flic", aurait-il prononcé. Le journaliste conteste fermement avoir tenu ces propos.

Après avoir été violemment plaqué au sol, il est interpellé puis placé en garde à vue. Blessé à l’épaule lors de son arrestation, Taha Bouhafs se voit prescrire une incapacité temporaire de travail (ITT) de 10 jours et porte plainte pour “violences par une personne dépositaire de l’autorité publique.” L'IGPN a été saisie. Son téléphone portable lui a été confisqué et rendu seulement après l'audience en février, soit huit mois plus tard. La présidente du tribunal avait alors avancé un "problème de gestion du greffe".

Injure raciste

Les 26 travailleurs sans-papiers d’Alfortville ont depuis obtenu leur régularisation. Une réussite pour Taha Bouhafs, qui dépassera, quoi qu’il arrive, la décision des juges:

“À côté de ça, l’issue de mon procès est assez secondaire. J’ai accompli ma tâche: informer. Mieux, j’ai joué un rôle dans cette victoire contre l’injustice”, s’était-il félicité sur Twitter.

Ses ennuis judiciaires ne se sont pas arrêtés là. Début juin, la porte-parole du syndicat de police Unité-SGP-FO, Linda Kebbab, a déposé plainte contre lui pour "injure publique à caractère raciste" à la suite de la publication d'un tweet dans lequel il la qualifiait "d'ADS: Arabe de Service".

Note de la rédaction: Contrairement à ce que nous avions écrit initialement, Taha Bouhafs n’est pas entré de force au théâtre des Bouffes du Nord en janvier 2019. Il avait acheté sa place après avoir été informé que le président de la République serait sur place, comme il l’expliquait à CheckNews.

Esther Paolini Journaliste BFMTV