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Le hacker Ulcan, renvoyé devant les assises en France, peut-il être extradé d'Israël?

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Un juge d'instruction parisien a renvoyé devant les assises le hacker Ulcan, de son vrai nom Grégory Chelli, après la mort d'un homme visé par l'un de ses canulars. Le trentenaire, installé en Israël depuis 2013, n'a jamais répondu aux convocations de la justice française dans cette enquête.

Le box des accusés sera-t-il vide lorsque se tiendra le procès du hacker Ulcan devant la cour d'assises de Paris? La question se pose au lendemain de l'annonce d'un juge d'instruction, qui a ordonné le renvoi de Grégory Chelli, de son vrai nom, devant la juridiction parisienne après la mort d'un homme à la suite de l'un de ses canulars téléphoniques à l'été 2014. Le Franco-israélien est poursuivi pour "violences volontaires avec préméditation ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et pourrait être jugé en son absence alors qu'il n'a jamais répondu aux convocations des policiers ou de la justice française dans cette affaire.

"Pression diplomatique" 

Grégory Chelli, un Français d'une trentaine d'années, s'est installé en Israël le 31 décembre 2013 et a obtenu la nationalité israélienne trois mois plus tard. France et Israël sont tous deux signataires de la convention européenne d'entraide, qui permet de mettre en place des règles concernant l'extradition. Les deux pays reconnaissent les mêmes règles, les mêmes textes juridiques. Chaque pays signataires peut donc demander légitimement l'extradition d'individus suspectés de délit, puni d'au moins un an de prison, mais Paris et Tel Aviv ont émis des réserves.

La France n'extrade pas ses ressortissants et les infractions reprochées doivent être sanctionnées d'une peine de deux ans de prison minimum. Israël n'extrade des individus que dans des pays avec lesquels il a passé un traité d'extradition et seulement si ces individus pourront purger leur peine dans une prison israélienne. La France et Israël n'ont pas signé de traité d'extradition. Mais au-delà des règles, les spécialistes en droit international rappellent le principe de bonne volonté. "De manière générale, en terme d'extradition, il n'y a pas de contraintes hormis la pression diplomatique", note Me Anthony Bem, avocat au barreau de Paris, qui insiste sur "le principe de réciprocité".

"En tant que Français, Israël pourrait l'extrader, mais en tant qu'Israélien, et comme la France n'extrade pas ses ressortissants, Israël pourrait refuser", poursuit le spécialiste. 

Jamais répondu aux convocations

A l'été 2014, c'est depuis le territoire israélien qu'Ulcan s'en prend à Rue 89, en réaction à un portrait de lui publié sur le site d'informations. Sa cible: le journaliste à l'origine de l'article, Benoit Le Corre. A deux reprises, Ulcan, déjà connu pour ses canulars poussés à l'extrême via son ViolVocal, va s'en prendre aux parents du journaliste. Quatre jours plus tard, Thierry Le Corre, le père de Benoit, était victime d'un infarctus et décédait un mois et demi plus tard. Une enquête avait alors été ouverte à la suite d'une plainte de la famille Le Corre. Un mandat d'arrêt a d'ailleurs été décerné à son encontre, nous précise une source judiciaire.

"Malgré l'ouverture d'une information judiciaire française et la désignation d'un juge d'instruction, écrit en 2014 Pierre Haski, alors patron de Rue 89, elles sont restées sans suite jusqu'ici en l'absence, semble-t-il, de tout mouvement du coté des autorités israéliennes."

Dans cette enquête sur la mort du père de Benoit Le Corre, Grégory Chelli n'a jamais été entendu par des policiers ou des juges français. Pas même au début de l'année, et ce alors qu'un nouveau juge d'instruction parisien avait décidé de rouvrir l'enquête, et que le parquet de Paris s'était prononcé pour un renvoi devant les assises. Le magistrat lui avait donné l'occasion de s'expliquer en venant se présenter librement dans le cadre d'une convocation le 11 janvier. Le hacker avait refusé, dénonçant, par la voix de son avocat, une convocation tardive destinée à "donner l'illusion de la contradiction".

"Il se planque"

Une procédure critiquée sur la forme mais aussi sur le fond. L'avocat de Grégory Chelli a jugé "fantaisiste de considérer que ces faits (les canulars de son client, NDLR) auraient conduit à la mort (de Thierry Le Corre), aucune expertise loyale ne peut le confirmer". Me Gilles-William Goldnadel est ferme sur un point: "Je ne vais pas conseiller à mon client de se présenter alors que la procédure est tout sauf loyale", ajoutant être scandalisé par les procédés "inouïs" des magistrats qui se sont succédé sur le dossier. Il a d'ailleurs fait appel de ce renvoi devant la cour d'assises.

Ce comportement et ces mots n'étonnent pas l'avocat de la famille Le Corre. "Je crois connaître cet homme et la dignité n'est pas son fort, je ne lui vois pas le courage de se présenter face aux juges", tonne Me Antoine Comte. Malgré le mandat d'arrêt, malgré ce renvoi devant les assises, l'avocat craint un procès en l'absence de l'accusé. Pour exemple, il en veut l'affaire Lee Zeitouni, cette jeune femme percutée à Tel Aviv par deux Franco-israéliens, qui roulaient à vive allure. Les deux hommes s'étaient réfugiés en France. Le pays avait refusé leur extradition, au nom de la convention européenne d'entraide judiciaire et les avait jugés sur son territoire malgré les demandes répétées des autorités israéliennes.

"Grégory Chelli se planque dans un double labyrinthe: dans le labyrinthe d'Internet et dans le labyrinthe des règles d'extradition", conclut Me Comte.
Justine Chevalier