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L'inquiétant profil de Nordahl Lelandais

Nordahl Lelandais a été mis en examen pour "assassinat" dans l'enquête sur la mort d'Arthur Noyer, un jeune militaire de 24 ans. Décrit comme quelqu'un pouvant être violent, l'ancien militaire de 34 ans est accablé par des indices graves. Lui continue de nier toute implication dans cette affaire, comme dans celle de la disparition de la petite Maëlys.

Mis en examen pour "homicide précédé d'un autre crime" dans l'affaire de la disparition de Maëlys, mis en examen pour "assassinat" dans l'affaire de la mort d'Arthur Noyer, Nordahl Lelandais continue de nier toute implication. L'ancien militaire de 34 ans a regagné jeudi soir sa cellule à la prison de Saint-Quentin-Fallavier sous le coup de deux mandats de dépôt criminels. Mais alors que les "indice graves et concordants", comme l'a affirmé le procureur de la République de Chambéry, s'accumulent contre cet homme, son parcours et ses motivations intriguent et questionnent.

Ancien militaire de 34 ans, Nordahl Lelandais est entré dans l'armée en 2002 au 132e bataillon cynophile de l'armée de terre, basé à Suippes, dans la Marne. Passionné par les chiens, l'homme est pourtant renvoyé, en 2010, de l'armée pour des problèmes de comportement. Il vient alors s'installer dans la région de Chambéry, à Domessin, où ses parents habitent et se reconvertit en éducateur canin. Là, il se livre à de la petite délinquance. Le voisinage le décrit comme un petit dealer, explique France Inter.

"Homme violent"

Si aucune mention ne figure sur son casier judiciaire pour du trafic de stupéfiants, Nordahl Lelandais a été mis en cause pour l'incendie d'un restaurant. Dans le cadre de l'enquête sur la disparition de Maëlys, des anciennes compagnes du suspect numéro 1 ont été entendues. Plusieurs d'entre elles le décrivent comme sujet à des accès de violences. L'une de ses femmes a même confié avoir eu peur pour sa vie. "J’ai cru vivre ma dernière heure", a-t-elle dit aux gendarmes selon Le Dauphiné Libéré.

"Ce que l’on sait c’est que c’est un homme violent, un homme renvoyé de l’armée pour des troubles du comportement, un homme qui, semble-t-il, violent avec ses compagnes, analyse Gérard Lopez, psychiatre et président de l'institut de victimologie. S’il est l’auteur des faits, il a une personnalité de type psychopathique. Par définition ce serait un serial killer très organisé."

Dans l'affaire Maëlys comme dans celle du meurtre d'Arthur Noyer, dont le crâne a été découvert par un randonneur à 15 km de Chambéry, Nordahl Lelandais a fait preuve de comportements ou d'actes qui intriguent les enquêteurs. Des preuves matérielles, comme le bornage des téléphones portables ou la présence de son véhicule sur des images de vidéosurveillance au moment des deux disparitions, incriminent l'ex-militaire. C'est d'ailleurs son véhicule, une Audi noire, qui a permis un rapprochement entre les deux affaires dans lesquelles il est mis en cause. Une voiture filmée par des caméras de vidéosurveillance dans le quartier où a disparu Arthur Noyer et qui apparaît dans l'enquête sur la disparition de Maëlys.

"Serial suspect"

D'autres éléments le mettent en cause indirectement: pourquoi cette recherche sur internet avec les mots-clé "décomposition d'un corps humain" le 25 avril dernier, soit 13 jours après la disparition d'Arthur Noyer, pourquoi avoir jeté son short lors de la fête de mariage où a disparu Maëlys, pourquoi avoir nettoyé de fond en comble son véhicule au lendemain de cette soirée. Autant de questions auxquelles Nordahl Lelandais a toujours apporté une réponse plausible, tout en niant son implication. Dans la disparition du jeune militaire, il a tout juste reconnu avoir été présent à Chambéry dans la nuit du 11 au 12 avril avant d'observer son droit au silence.

"Pour l’instant on est en présence d’un serial suspect (...), estime Dominique Rizet, spécialiste police-justice de BFMTV. Il a tout fait pour échapper à la police technique et scientifique. Il a une réponse cohérente à tout il a une mécanique dans son cerveau à répondre à tout."

Les enquêteurs cherchent désormais à savoir s'ils ont en face d'eux un tueur en série, et ce malgré la diversité de profils des victimes. "On est encore en train de regrouper les preuves, les indices qui pourraient lier Nordahl Lelandais à la découverte de ce crâne. Les éléments sont encore en train de sortir de l’inconnu", affirme Benjamin Gayrard, secrétaire général du Syndicat national des personnels de police scientifique, alors que des "vérifications" vont être réalisées dans, au moins, deux dossiers. Celui de la disparition, en juillet dernier, d'Adrien Mourialmé, un cuisinier belge de 24 ans, qui venait d'être embauché dans un restaurant de Talloires, en Haute-Savoie, et l'affaire très médiatique de la tuerie de Chevaline dans laquelle cinq personnes avaient été tuées en 2012.

"Plus une personne va mettre en œuvre une technique pour devenir invisible, plus elle va attirer l’attention, prévient le membre d ela police technique et scientifique. Le fait qu’il ait coupé son téléphone, qu’il ait lavé sa voiture sont des éléments qui nous ont amené à ce qu’il essayait d’effacer."
Justine Chevalier