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L'aide-soignant filmé en train de frapper une femme de 98 ans en Ehpad condamné à 5 ans de prison

La vieille dame est une résidente d'une maison de retraite.

La vieille dame est une résidente d'une maison de retraite. - AFP

Albert C., un aide-soignant de 57 ans, a été condamné ce vendredi à la peine maximale, 5 ans de prison, pour avoir frappé et insulté une femme de 98 ans, résidente d'une maison de retraite à Arcueil.

Les images resteront dans le secret des prétoires. Le président du tribunal correctionnel de Créteil s'en est tenu à sa première décision. Malgré la volonté de la famille de la victime et de la procureure, la vidéo montrant les violences commises par un aide-soignant sur une résidente de 98 ans de La Maison du Grand Cèdre, une maison de retraite d'Arcueil, dans le Val-de-Marne, a été diffusée à huis clos. Des faits pour lesquels l'homme de 57 ans a écopé de 5 ans de prison ferme et, "pas tellement un sujet" pour le président, l'interdiction définitive d'exercer la fonction d'aide-soignant.

La peine "maximale" va au-delà des réquisitions, "au regard des faits, de leur répétition, de leur ampleur et de la vulnérabilité de la victime".

Même en l'absence d'images, qui ont fait pleurer les deux filles de la victime, les débats devant la 12e chambre correctionnelle de Créteil ont fait imaginer l'horreur qu'a subi la vieille dame. Ce n'est pas une nuit de violence, ni deux, mais trois nuits, entre le 5 et le 7 février dernier. A chaque fois des gifles. Cheveux ras grisonnant, lunettes à monture épaisse noire, il raconte avoir voulu "lui faire ouvrir la bouche" pour que la nonagénaire boive. "Une fois que c'est terminé, qu'elle a bu, vous armez votre bras", décrit le président avant de mêler le geste à la parole. Puis le magistrat lève le bras, mimant l'aide-soignant en train de tirer les cheveux de la vieille dame tombée de son lit en pleine nuit. La vieille dame hurle "pitié".

- "C'était pour la prendre sous les aisselles", souffle le prévenu.
- "C'est un geste médical approprié?", ironise le président. 
- "Non..."

"En dehors du 5 au 7 février...."

Puis ce sont aussi les insultes lancées contre la vieille dame. Des "vielle s*****", "Ferme ta gueule", "Fait chier" proférés par l'aide-soignant. "C'est terrible, c'est méchant, vous continuez à l'insulter après que la scène de violences est terminée. Gratuitement", déplore le président du tribunal, accusateur. "Je ne comprends pas, ça ne me ressemble pas", plaide l'aide-soignant, parlant toujours de "pétage de câble". "En dehors du 5 au 7 février, je n'ai pas commis de violences", assure-t-il. "C'est la fatalité qui a voulu que vous ayez été filmé les trois jours où vous commettez ces violences", rétorque le juge.

Au coeur de ce procès, cette vidéo obtenue grâce à l'acharnement d'une famille. Ce vendredi, ils sont tous là, les deux filles de la vieille dame, les petits-enfants, les arrières-petits-enfants. Un clan, "une famille comme on en rêve" dit leur avocate, qui malgré les plaintes auprès de la direction, a agi par ses propres moyens. "Maman avait de tels hématomes", souffle l'une de ses filles. Le 5 juillet 2018, elles appellent la direction de l'Ehpad, enregistrent la conversation. "Eux-aussi nous ont dit qu'ils se demandaient comment elle faisait pour se frapper aussi fort et aussi souvent", poursuit-elle. La famille indique que leur mère se plaint d'être frappée par un homme.

"La personne nous a dit qu'il n'y avait qu'un homme, la nuit, elle avait confiance en cet homme et nous avions confiance en eux", explique cette femme, serrée contre sa soeur.

"On ne peut pas laisser maman"

Puis à partir de décembre, au vu du nombre de traces sur le corps de la vieille dame, quatre sur le visage, la famille décide d'agir. "C'était la seule chose évidente qui restait à faire", insistent les deux femmes, d'environ 70 ans. Au mois de février, elles installent une caméra dans la chambre de leur mère. Devant le tribunal, ces deux femmes, très chic, détaillent le fonctionnement de leur caméra mais refusent de dire où elles l'avaient installée. "Le premier jour, il l'a tabasse, le deuxième jour, je change la puce, le troisième jour, je change la puce, je pleurais en regardant les images, je me disais 'on ne peut pas laisser maman'", témoigne encore l'une des filles. Peu importe si la défense leur reproche aujourd'hui la méthode, après avoir été informées que leur mère souffre d'une fracture "spontanée", elles portent plainte.

Face à l'intensité du témoignage, la froideur du prévenu tranche. Albert C., dans son costume gris, ne cesse de répéter ne pas comprendre son geste. Il s'excuse auprès de la famille. S'il a admis "trois gifles" mais seulement lorsqu'il a été confronté aux images de violences, met en avant sa carrière, ses "30 ans" comme aide-soignant. Décrit comme "exemplaire", "bien noté", l'homme était délégué syndical. Il cumulait deux emplois pour "éponger une dette". "Je ne sais pas si c'est la fatigue ou quoi, ce jour-là il y avait la grippe, dont un résident en fin de vie", tente-t-il d'avancer pour justifier ses gestes, lui qui cumule deux emplois, de 20 heures à 6 heures à la maison de retraite, puis de 8h30 à 11H30.

"Je pense surtout que la victime l'a réveillé de sa sieste", tranche, cinglante, la procureure, parlant d'un homme à la "perfidie malsaine".

"Bien noté"

Rapidement, la défense a tenté de faire basculer ce procès comme celui du manque de moyens pour la prise en charge des personnes âgées. "Je sais que vous allez prononcer une peine dure, je le sens, tente, en vain, son avocate. Je vous demande de tenir compte de notre état de droit, de son casier judiciaire néant, de sa famille qui est détruite." Mais sa condamnation a été individuelle. L'avocate de la famille Me Caroline Moreau-Didier voit, elle, "le portrait du psychopathe". La procureure dénonce son "cynisme" quand après une nuit de violences il appelle le lendemain sa direction "par conscience professionnelle".

La famille de la vieille dame n'a pas obtenu gain de cause pour sa demande d'investigations supplémentaires, pour déterminer si d'autres violences avaient été commises sur leur mère avant ces trois jours de février. "Je ne peux plus prendre maman dans les bras", lance dans un sanglot l'une de ses filles à la sortie de l'audience. "C’est la grand-mère de tout le monde. C’était une femme exceptionnelle. Je parle à l’imparfait à dessein parce que cette femme va désormais vivre allongée. Cette femme n'a plus de vie." 

Justine Chevalier