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Kamel Daoudi, le plus ancien assigné à résidence de France, de retour devant la justice

Kamel Daoudi, devant son hôtel à Saint-Jean-d’Angély, le 18 décembre. TOUT DROIT RÉSERVÉ.

Kamel Daoudi, devant son hôtel à Saint-Jean-d’Angély, le 18 décembre. TOUT DROIT RÉSERVÉ. - Photo Kamel Daoudi - droit réservé.

Condamné pour avoir projeté un attentat contre l'ambassade des États-Unis à Paris, il est de nouveau jugé pour des retards lors de pointages. "Un acharnement", estime-t-il.

9h15, 15h15, 17h45. Kamel Daoudi vit au rythme de ces trois horaires. Trois fois par jour, il doit se rendre à vélo, pointer à la gendarmerie de Saint-Jean-d’Angély en Charente-Maritime, où il est logé depuis deux ans. Celui qu’on présente comme le plus vieux assigné à résidence de France a été en retard lors de deux pointages, 50 minutes le 21 juin et 31 minutes le 11 juillet. Pour ces deux écarts, il est jugé à partir de jeudi au tribunal correctionnel de Saintes. Il encourt une peine de 3 ans de prison.

Suspect à vie

En 2005, Kamel Daoudi est condamné en appel à six ans d’emprisonnement pour avoir projeté un attentat contre l’ambassade des États-Unis à Paris. Franco-algérien, il est également déchu de sa nationalité française. Libéré en 2008, le quadragénaire n’est pas renvoyé en Algérie pour des risques de torture. Depuis, il est assigné à résidence. “Comme s’il restait suspect à vie”, regrette auprès de BFMTV.com son avocat Bruno Vinay, qui précise que son client a “rompu tout lien avec l’islam radical”.

Une version confirmée par les notes des services de renseignements. Mais en dépit de nombreux recours, Kamel Daoudi est toujours sous surveillance, le ministre de l’Intérieur estimant qu’il présente encore un risque. “Pourtant aucune instruction judiciaire n’a été ouverte”, déplore son conseil.

"Je suis mon propre surveillant"

Cette prolongation ad aeternam de son assignation est vécue comme “un acharnement” par le principal intéressé. “C’est pire qu’une peine de prison, confie-t-il au téléphone, sauf que je suis mon propre surveillant”. Depuis sa libération, l’informaticien de formation a déménagé à huit reprises. Tantôt dans la Creuse, dans la Haute-Marne ou dans le Tarn.

Mais sa présence n’est souvent pas vue d’un bon oeil par ses voisins, traumatisés par les attentats islamistes. En novembre 2016, la justice administrative le contraint de nouveau à déménager, cette fois à 460 kilomètres du pavillon où il vivait avec sa femme, ses trois enfants et sa belle-fille. “J’avais un voisin fonctionnaire de police, partisan de l’extrême-droite, qui ne supportait pas ma présence”, assure-t-il.

Twitter pour "continuer d'exister"

Cette même année, la préfecture ne lui renouvelle pas son titre de séjour. Impossible pour lui de trouver un travail. Alors pour occuper ses journées, Kamel Daoudi épluche les textes de loi et de jurisprudences européennes “liés à sa situation”. Il regarde aussi La Chaîne Parlementaire. Une façon “de ne pas sombrer”, souffle-t-il depuis sa chambre d’hôtel en périphérie d’autoroute.

Il est aussi très actif sur Twitter, ce qui lui permet de créer du lien social autrement, “une manière de continuer d’exister”. Sa femme, professeure, et ses enfants de 3, 5 et 8 ans ne le voient qu’aux vacances scolaires. “C’est un coût pour notre famille d’effectuer plus de 900 kilomètres pour se retrouver.” Lors de leurs dernières retrouvailles justement, il est parti en balade à vélo avec son fils mais a mal estimé le temps de retour. Il doit désormais s’en justifier devant la justice.

Situation "kafkaïenne"

Pour l’appuyer lors de son audience, des membres de la Ligue des droits de l’homme, de la Cimade et d’Amnesty International comptent être présents. Cette dernière a dénoncé dans un communiqué “la situation kafkaïenne” de Kamel Daoudi, symbole, pour l’ONG, de certaines “dérives” que connaît la lutte antiterroriste. Son avocat va profiter de sa comparution pour demander au juge pénal de statuer sur la légalité de l’assignation, sanction ordonnée par un juge administratif. Kamel Daoudi a réussi à obtenir un sauf-conduit pour assister à son propre procès. Sa famille, qui selon lui "vit cette nouvelle étape comme une injustice", sera aussi présente.

Esther Paolini