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Assignation à résidence: Youssef Z. décrit trois mois "difficiles"

Youssef Z. dont l'assignation à résidence a été levée décrit trois mois "difficiles" - Mercredi 10 février 2016

Youssef Z. dont l'assignation à résidence a été levée décrit trois mois "difficiles" - Mercredi 10 février 2016 - Jacques Demarthon - AFP

Accusé par de simples allégations policières, Youssef Z. raconte trois mois pénibles passés sous assignation à résidence, avant que celle-ci ne soit enfin suspendue.

Youssef Z., un Montpelliérain de 25 ans, vient d'apprendre la suspension par le Conseil d'Etat de son assignation à résidence décidée par le ministère de l'Intérieur. Il décrit ce mercredi devant la presse une période "difficile" de trois mois qu'il a vécue, au départ, dans l'incompréhension.

Le jeune homme, originaire du Maroc où il naît en 1990 arrive en France à l'âge de 13 ans. Le 16 novembre 2015, tout bascule pour lui lorsque qu'il se retrouve assigné à résidence, trois jours après les attentats de Paris, dans le cadre de l'état d'urgence.

Le début d'un long calvaire débute avec une première perquisition à son domicile.

"Je n'ai pas pu travailler"

"Elle a été très musclée et je ne comprenais pas pourquoi j'étais assigné à résidence", a indiqué Youssef Z., qui s'exprimait dans le cabinet de son avocat. "Les trois mois d'assignation à résidence ont été difficiles, je n'ai pas pu travailler car j'ai été contraint de pointer dans un commissariat loin de mon lieu de travail. Lorsque mon père a été hospitalisé, je n'ai pas pu rester tout le temps à ses côtés car il fallait se rendre au commissariat puis à mon domicile", a poursuivi le jeune homme, qui vend des vêtements sur le marché.

Le ministère de l'Intérieur le soupçonnait de liens avec des islamistes radicaux en raison "de sa proximité avec une famille jihadiste partie en 2013 dans les rangs de Daesh", selon une note des services de renseignement citée dans l'ordonnance du Conseil d'Etat.

"Deux hommes de mon quartier avaient rejoint les rangs de l'Etat islamique, j'ai été entendu à cette époque par les enquêteurs qui m'ont demandé si je les connaissais. J'ai indiqué que oui. Je les connais car ils habitent dans mon quartier. On a pu travailler ensemble, mais je ne savais pas qu'ils appartenaient au milieu jihadiste", raconte Youssef Z.

Une fiancée envoyée "contre son gré" en Syrie

"C'était la même chose" avec son ancienne fiancée, emmenée contre son gré au jihad par ses parents, dit-il encore. "J'ai appris leur départ plusieurs mois plus tard lorsque l'un des frères de mon ancienne fiancée m'a appelé pour m'indiquer que la famille était partie en Syrie".

L'assignation à résidence de Youssef avait été confirmée par le tribunal administratif de Montpellier en janvier. Le Conseil d'Etat a jugé que les éléments, retenus contre le jeune homme, n'avaient pas de valeur probante.

"Le juge a reconnu que l'on ne pouvait pas assigner quelqu'un sur de simples allégations de la police", a affirmé Me Sophie Mazas, avocate de Youssef, par ailleurs présidente de la ligue des droits de l'homme à Montpellier. L'avocate souligne qu'il a été "très difficile et compliqué de défendre Youssef Z. car il a fallu démontrer quelque chose qu'il n'a pas fait" et dit craindre "une généralisation de ce genre de situation avec le nouveau projet de réforme pénale".

A.-F. Lespiaut avec AFP