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Jugé "suspect", un journaliste franco-marocain expulsé d'une église

Des musulmans assistent à une messe en hommage au prêtre Jacques Hamel dimanche 31 juillet à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis

Des musulmans assistent à une messe en hommage au prêtre Jacques Hamel dimanche 31 juillet à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis - Thomas Samson - AFP

Un correspondant local du quotidien Ouest-France a été expulsé d'une église de Loire-Atlantique, dimanche dernier lors de la messe. L'homme, franco-marocain, avait été jugé "suspect" par un paroissien.

Il avait un air "suspect". Un correspondant local de Ouest-France a été expulsé dimanche d'une église de Châteaubriant, en Loire-Atlantique, rapporte le quotidien régional ce mardi. L'homme est franco-marocain.

Ouest-France a retracé le déroulé de l'incident. Après l'interview la veille au presbytère de Patrice Éon, le prêtre de la paroisse Sainte-Croix, le journaliste avait décidé d'assister à la messe afin de "prendre le pouls de la communauté catholique", cinq jours après l'assassinat revendiqué par Daesh du prêtre Jacques Hamel en pleine messe à Saint-Étienne-du-Rouvray. Il veut "juste écouter".

"Elles m'ont demandé de les suivre à l'extérieur"

Mais la présence de cet homme éveille les soupçons. Un paroissien alerte les forces de l'ordre, deux femmes gendarmes arrivent. "Elles m'ont demandé si c'étaient mon sac et mon casque qui étaient au sol. J'ai répondu 'oui' et elles m'ont demandé de les suivre à l'extérieur", a raconté le correspondant de presse. 

Sur le parvis de l'église, elles comprennent la méprise et se confondent en excuses. Le journaliste, âgé de 46 ans, peut retourner assister à l'office. À la fin de la messe, le maire de la commune et plusieurs paroissiens viennent à sa rencontre pour discuter avec lui et le réconforter. S'il se sent humilié, le correspondant se montre néanmoins compréhensif.

Un des derniers remparts de la fraternité s'écroule

"C'est tombé sur moi mais je pardonne. La peur n'est pas quelque chose de raisonné. Ce qui s'est passé servira peut-être de leçon et permettra à chacun d'être plus prudent et moins jugeant afin que ça ne se reproduise plus." 

La paroisse du pays de Chateaubriant a réagi dans un communiqué diffusé sur son site. Le prêtre Patrice Éon, qui menait l'office ce jour-là, est choqué. 

"Peut-on vraiment dire qu'emporter avec soi un sac et un casque dans une église, c'est avoir un comportement suspect? Personnellement, j'en doute... Ou alors, est-ce le teint basané d'un visage et ses traits méridionaux qui signalent un individu potentiellement dangereux? C'est évident que non! Va-t-on se mettre à suspecter tout visage nouveau qui entre dans notre assemblée sous prétexte que nous ne le connaissons pas? Si, même dans les églises, on ne peut plus entrer sans sentir d'abord la bienveillance des frères et leur accueil inconditionnel, alors un des derniers remparts de la fraternité est en train de s'écrouler, et c'est toute notre société qui va se déliter à vitesse grand V." 

"Racisme" et "délit de faciès"

L'homme d'Eglise termine son texte en demandant "pardon au correspondant local", "au nom de toute la communauté chrétienne". 

L'information a été largement partagée sur les réseaux sociaux et a fait réagir, certains internautes dénonçant un exemple de "racisme" et un "délit de faciès".

Un incident qui illustre la tension générale qui règne après les deux attentats du mois de juillet alors que financement des mosquées, organisation et représentation de l'islam font débat. Ce malgré les différentes initiatives et l'image d'unité que tentent de donner les représentants des différentes religions depuis plusieurs jours.

C.H.A.