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Jacqueline Sauvage décrite comme "un symbole inadapté d’un fait majeur de société"

Frédéric Chevallier représentait le ministère public lors du procès en appel de Jacqueline Sauvage.

Frédéric Chevallier représentait le ministère public lors du procès en appel de Jacqueline Sauvage. - AFP

L'avocat général lors du procès en appel de Jacqueline Sauvage s'exprime dans une tribune dans Le Monde afin de dévoiler la complexité de cette affaire devenue le fer de lance de la lutte contre les violences conjugales.

Près de 7,7 millions de Français étaient lundi soir devant leur écran pour assister à la diffusion du téléfilm de TF1, Jacqueline Sauvage, c'était lui ou moi. Près de 7,7 millions de Français se sont replongés dans ce fait divers devenu l'un des symboles de la lutte contre les violences conjugales. Jacqueline Sauvage, une femme victime pendant 47 ans de violences, a tué son mari de trois balles dans le dos après de nouveaux coups. Pour ce geste, elle a écopé, par deux fois de 10 ans de prison, avant d'être graciée par le président de la République après une intense campagne médiatique pour sa cause.

La "vérité du peuple virtuel" VS la "vérité judiciaire"

Si la défense de Jacqueline Sauvage s'est attachée, à l'occasion de deux procès en 2014 et 2015, à démontrer l'emprise permanente dont faisait l'objet cette femme qui aurait agi dans un état de "légitime défense différée", l'affaire serait beaucoup plus complexe qu'il n'y parait. "Eriger votre comportement comme la solution pour lutter contre les violences intolérables faites aux femmes, c’est se tromper de cas pour illustrer une cause supérieure. Vous êtes devenue, sans doute malgré vous, le symbole inadapté d’un fait majeur de société", répond ce mardi l'avocat général du procès en appel.

Dans une lettre ouverte adressée à la chroniqueuse judiciaire du Monde, Pascale Robert Diard, Frédéric Chevallier, cherche à rétablir la vérité dans une affaire, médiatisée, présentée de manière tronquée et devenu "un sujet de société, non un sujet judiciaire". "Ce que je trouve le plus regrettable et le plus dommageable dans cette construction des réseaux qui est devenue la vérité du 'peuple virtuel' au détriment de la vérité judiciaire, c’est que cette construction nie et détruit tout ce que vous avez bâti, tout ce que vous avez conçu, tout ce que vous avez créé", lance le magistrat à l'attention de Jacqueline Sauvage.

"Vous nous avez privés d'un procès"

Dans une énumération de faits et d'éléments méconnus, l'avocat général estime que la "présenter comme soumise et sous l’emprise de ce 'tyran' de Norbert, c’était nier totalement votre personnalité dont la réalité ne correspondait plus en rien à ce que vous avez été pendant quarante-sept ans".

Frédéric Chevallier rappelle alors le dossier: Jacqueline Sauvage, "moderne et déterminée", a fait le choix, contre l'avis général, de se marier à un garçon "sulfureux". Jacqueline Sauvage a fait le choix de s'installer, loin de son ancrage familial, avec une "obstination à fonder, à construire, à réunir votre famille, à la fédérer autour d’un projet familial commercial". Jacqueline Sauvage a encore travaillé, "de manière indépendante", ou était titulaire de "six comptes bancaires".

"Je n’invente définitivement rien, Madame, lorsque j’évoque enfin la rencontre de Norbert avec Laurence. Cette relation extraconjugale, était-ce pour vous l’occasion de partir, de laisser votre mari aux bras d’une autre?", interroge le magistrat.

Condamnant Norbert Marot, le mari de Jacqueline Sauvage, ne serait-ce que pour un seul coup porté, Frédéric Chevallier tend à démonter l'idée d'un "enfer" que cette mère de famille dit avoir vécu, sans nier l'idée qu'elle a été victime, ni ses filles. "En exécutant votre mari, vous nous avez privés d’un procès qui aurait peut-être permis d’inverser l’ordre des choses aujourd’hui établi. Vous l’avez condamné sans procès. Vous n’en aviez pas le droit. Vous disposiez, à l’inverse de beaucoup d’autres, de possibilités pour donner à votre histoire et à l’échec de votre pari et de votre engagement une autre issue que celle délibérément empruntée", oppose l'avocat général rappelant qu'une décision judiciaire a été prise "dans le secret de leur délibération".

J.C.