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Intrusion au ministère de Griveaux: trois hommes et une femme devant la justice

Des manifestants ont forcé la porte du ministère avec un engin de chantier.

Des manifestants ont forcé la porte du ministère avec un engin de chantier. - Capture BFMTV

Trois hommes et une femme sont soupçonnées d'avoir enfoncé les portes du ministère de Benjamin Griveaux avec un transpalette et risquent jusqu'à 10 ans de prison. Le secrétaire d'État avait alors dénoncé une attaque contre "la République".

Ouvriers, agent d'accueil ou sans emploi. Ce mercredi, quatre gilets jaunes se retrouvaient devant le tribunal correctionnel de Paris. Quatre personnes étaient jugées pour vol et dégradation en réunion pour avoir forcé avec un chariot élévateur l’entrée du ministère de Benjamin Griveaux, ou d’y avoir participé de près. Leur procès a finalement été renvoyé au 29 mai.

Une attaque contre "la maison de France"

Le 5 janvier, lors de la 8ème journée de mobilisation des gilets jaunes, une quinzaine d’individus, certains vêtus de noir, d’autres du traditionnel gilet fluorescent se rassemblent devant le ministère du secrétaire d’État auprès du Premier ministre, rue de Grenelle. À l’aide d’un “transpalette” de chantier, ils enfoncent les portes en bois du bâtiment classé. Benjamin Griveaux, qui est rapidement évacué avec ses collaborateurs, dénonce aussitôt une attaque contre “la maison de France”:

“Ce n'est pas moi qui ai été attaqué, c'est la République”, déclare-t-il encore devant les médias.

Un mois plus tard, plusieurs personnes sont interpellées et placées en garde à vue. Quatre individus, trois hommes et une femme, sont identifiés grâce à leur ADN retrouvés sur place et à la géolocalisation de leur téléphone. Ils sont déférés devant le juge en comparution immédiate, mais l’affaire est renvoyée face au volume du dossier: un millier de pages.

"Excité par cette foule en délire"

De l’âge au lieu d’habitation, peu d’éléments rapprochent les prévenus. Romain M., 23 ans, ouvrier dans une entreprise de tuyauterie originaire du Nord est soupçonné d’être le pilote du chariot. Son avocat Manuel Abitbol nous précise que son client reconnaît les faits mais ne savait pas que le bâtiment était un ministère. “Un gilet jaune a désigné la porte en agitant un gilet et il a foncé dessus.” Il nie en revanche que son client appartienne à la mouvance d'extrême-gauche.

Lors de la première audience, il avait déclaré que Romain M était "excité par cette foule en délire”. Tellement excité qu’il a revendiqué son acte sur Facebook en appelant à en commettre d’autres, ce qui lui a valu d’être maintenu en détention provisoire du 14 au 22 février.

Ce dernier vit chez sa mère, comme Thomas S., 22 ans. Ce jeune homme en attente d'un stage, originaire de région parisienne, "s'est retrouvé sur cet engin", a convenu son avocat, mais n'a "pas mis le contact". Les deux plus âgés, Sylvie B., 46 ans, agent d'accueil dans une mairie, et Jonathan B., ouvrier spécialisé de 35 ans vivent tous deux en banlieue parisienne et ont tous deux une famille à charge. Lui dit n'avoir fait que "monter, klaxonner et redescendre" du chariot, puis filmé l'intrusion comme "spectateur". Elle assure n'avoir fait que filmer la scène, selon son conseil.

Le procès une nouvelle fois renvoyé

Les quatre prévenus n’ont jamais été condamnés pour violences ou dégradations, certains sont en revanche connus de la justice pour des délits routiers ou des affaires de stupéfiants. Ils encourent 10 ans de prison et jusqu’à 150.000 euros d’amende.

Maître Abitbol nous précisait dans la matinée qu'il comptait demander le renvoi de l’affaire, étant indisponible et afin de juger plus tard ce dossier de façon plus “sereine”, sans “pression médiatique”. C'est donc chose faite puisque le tribunal a décidé en début d'après-midi de renvoyer le procès au 29 mai.

Esther Paolini avec AFP