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Infirmière polonaise enlevée: comment les enquêteurs ont retrouvé la trace des deux ravisseurs

L'appel à témoins lancé pour retrouver la victime et ses deux ravisseurs.

L'appel à témoins lancé pour retrouver la victime et ses deux ravisseurs. - Montage BFMTV

Une infirmière polonaise, enlevée le 3 juin en Allemagne, a été retrouvée vivante de l’autre côté de la frontière mardi après-midi dans une forêt du Bas-Rhin. Ses deux ravisseurs, dont son ancien compagnon, ont été interpellés et placés en garde à vue. Un résultat obtenu au terme d’actives recherches menées main dans la main entre police française et allemande.

Les enquêteurs redoutaient une fin tragique alors que le principal suspect de l’enlèvement d’une infirmière d’origine polonaise était considéré comme dangereux et psychologiquement instable. Mardi après-midi, les recherches pour retrouver cette femme de 47 ans, enlevée en Allemagne le 3 juin, se sont achevées de manière fructueuse avec la découverte de cette dernière, saine et sauve, mais aussi l’interpellation des deux hommes suspectés de l’avoir kidnappée et séquestrée pendant plusieurs jours dans les zones rurales du Bas-Rhin.

Mercredi dernier, le 5 juin, les autorités françaises sont prévenues par l’Allemagne de la possible présence sur le territoire d’un homme et d’un complice, tous deux d’origine polonaise, qui séquestreraient une de leur compatriote installée près de Stuttgart, en Allemagne. Cette dernière est l’ex-compagne de l’un des deux suspects. La fille de la victime dit avoir été contactée par sa mère lui indiquant avoir été enlevée. Les Allemands fournissent quelques éléments de profil à leurs homologues français: l’identité des suspects, l’ancien compagnon de la victime, Maciej Iwanczyk, 51 ans, et jeune homme de 23 ans, Krysztof Trzesicki, mais aussi le profil du plus âgé, sorte de survivaliste, et enfin le modèle du véhicule dans lequel les deux hommes et l’infirmière pourraient se trouver, un camping-car de couleur beige.

"Comprendre comment ils fonctionnent"

L’enlèvement a déjà 48 heures, les enquêteurs vont devoir rattraper leur retard sur les suspects. Une enquête pour flagrant délit d’enlèvement est ouverte par le parquet de Strasbourg et la police judiciaire est saisie. Leurs premières investigations leur permettent de constater la présence des deux hommes au moins jusqu’au 5 juin en France, grâce au bornage de leur téléphone.

La chance va également leur donner un coup de pouce alors que le 6 juin, les gendarmes de la brigade locale informent les enquêteurs de la police judiciaire qu’un camping-car de couleur beige a été découvert, embourbé, sur un chemin de terre de la forêt de Schweighouse-sur-Moder, près de Haguenau, deux jours plus tôt. Des habitués l’avaient tracté car il gênait leur passage.

Deux témoignages vont aider les enquêteurs

Les enquêteurs disposent désormais d’une localisation un peu plus précise dans cette zone boisée de 25.000 hectares. En coulisses, le travail de fourmi se poursuit: une quarantaine d’enquêteurs, appuyés par la BRI de Strasbourg, réalisent des recherches sur la téléphonie, les cartes bancaires ou encore les habitudes des suspects, notamment grâce à l’aide de la police polonaise. "Il faut comprendre comment ils fonctionnent et vivent", explique une source policière.

Là, c’est aussi l’appel à témoins lancé le vendredi qui va apporter des éléments aux enquêteurs. Parmi les appels de médium, les messages de dénigrement envers la police, ou encore les indications peu fiables, deux témoignages sortent du lot. Les suspects ont été vus à Schweighouse-sur-Moder le jeudi, mais un des hommes a aussi été aperçu allant faire des courses dans une supérette, dans un village à proximité.

Installés sur un campement en forêt

Des équipes canines et des hélicoptères sont envoyés sur place. Les recherches restent vaines, malgré des survols de la zone jusqu’à 2 heures du matin. Mais le lundi, le commissariat d’Haguenau prévient ses collègues de la police judiciaire de Strasbourg: un chasseur est venu témoigner. Il a fait fuir deux hommes qui étaient installés sur un terrain de chasse. Il dit qu’au moment de leur départ, il a aperçu trois silhouettes. Se rendant sur place, les enquêteurs découvrent un campement bien préparé, une tente masquée par une barricade de feuillage.

A l’intérieur, ils retrouvent également un ticket de supermarché à Haguenau. Le principal suspect est un habitué de cette vie en plein air. Les policiers savent que les suspects sont à pied, aucune voiture déclarée volée ne peut être de leur fait. Ils ont désormais la certitude que pour se ravitailler, l’un des hommes sort de la forêt pour aller en ville, tandis que le second garde la victime.

La victime choquée mais saine et sauve

L’infirmière polonaise est-elle toujours en vie? Les deux hommes sont munis d’une machette, ils sont décrits comme potentiellement violents. Il y a également ce témoignage qui rapporte que lors de leur sortie pour faire des courses, les deux hommes ont tenté de se procurer des pansements et bandages. Aucun d’entre eux n’était blessé. Les enquêteurs intensifient encore un peu plus leurs recherches et mettent en place des dispositifs de surveillance aux alentours des supérettes dans les villages.

Une stratégie payante. Mardi, un des suspects est repéré. Les policiers vont devoir le suivre dans les rues quasi désertes puis sur les chemins de terre, au milieu des feuillages, avant d’arriver jusqu’à leur nouveau campement. Leur interpellation est décidée, l’infirmière est découverte, choquée mais saine et sauve, sous la toile de tente.

Justine Chevalier