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"Il nous a jetés en pâture": les policiers se sentent lâchés par Castaner

Des agents se sont rassemblés dans plusieurs villes jeudi, jetant leurs menottes à terre en guise de protestation contre les déclarations du ministre de l'Intérieur.

"Les flics de France ne considèrent plus Christophe Castaner comme le supposé premier flic de France. Il nous a lâchés lundi, nous a jetés en pâture lundi. À lui de regravir l'Everest de la confiance", a tonné jeudi Yves Lefebvre, secrétaire général d'Unité SGP Police-FO, qui a appelé ses collègues "à ne plus interpeller, à ne plus intervenir".

Entre les policiers et Christophe Castaner, le divorce est sur le point d'être prononcé. Ce dernier a pris la parole au sujet des accusations de racisme dans la police et de violences policières, ravivées en France par la mort de George Floyd le 25 mai dernier aux États-Unis, un Afro-Américain asphyxié au cours d'une interpellation par un policier blanc. Une manifestation s'est tenue le 2 juin devant le tribunal judiciaire de Paris à l'appel du comité Adama Traoré, du nom de ce jeune homme mort en juillet 2016 après son interpellation par des gendarmes. 20.000 personnes se sont réunies. Une mobilisation massive, qui a notamment provoqué la conférence de presse du ministre de l'Intérieur.

"Tolérance zéro" contre le racisme

Ce dernier a indiqué, après la publication de plusieurs enquêtes de presse faisant état de propos racistes tenus par des policiers dans des discussions privées ou sur les réseaux sociaux, qu'une "tolérance zéro" serait appliquée pour le racisme au sein des forces de l'ordre, et que la suspension serait "systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré".

Des déclarations qui ont mis le feu aux poudres. Si bien que le locataire de Beauvau a commencé à recevoir jeudi les syndicats de police au ministère pour tenter d'éteindre l'incendie. À cette heure, le mécontentement des forces de l'ordre semble loin d'être apaisé. Jeudi en fin de journée, dans plusieurs villes françaises comme Lille, Nice, Marseille ou encore Toulouse, des fonctionnaires en uniforme ont jeté leurs menottes à terre en guise de protestation.

"Je vois dans ces images la marque et le témoignage d'amertume, de tristesse, de lassitude. De lassitude parce que depuis des jours et surtout des semaines, nous, policiers, nous avons le sentiment d'être victimes d'amalgames, de raccourcis, de confusion", a déploré jeudi soir sur BFMTV le porte-parole de la Police nationale Michel Lavaud.

Des policiers "jetés à la vindicte publique"

Pour nombre de policiers, la prise de position de Christophe Castaner a mis en exergue un manque de confiance de leur hiérarchie, voire une sorte de désaveu. "Lorsqu'on remet en cause les techniques d'intervention alors que nous travaillons proprement, on ne peut pas l'accepter", a asséné jeudi sur BFMTV Bruno Bartocetti, secrétaire national zone Sud d'Unité SGP Police-FO. Christophe Castaner avait également annoncé lundi l'abandon de la technique d'interpellation controversée dite de "l'étranglement". Selon nos informations toutefois, Christophe Castaner envisagerait de revenir sur cette interdiction.

"Le gouvernement français a une très grosse responsabilité, et au plus haut sommet de l'État, ces policiers jetés à la vindicte publique, c'est tout simplement anormal après ce que nous venons de vivre tant sur le plan du terrorisme ou autre", a grondé le délégué général du syndicat Alliance Police nationale Daniel Chomette, jeudi soir sur BFMTV.

Les rencontres entre syndicats et "premier flic de France" doivent se poursuivre ce vendredi. À notre antenne ce vendredi, le secrétaire général d'Alliance Fabien Vanhemelryck a promis "une action très forte symboliquement parlant" dans la matinée, ménageant un "effet de surprise".

Clarisse Martin