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"Il n’avait aucune protection": après l’hécatombe dans les Ehpad, des familles engagent des poursuites

Après la mort de leurs proches dans un Ehpad, plusieurs familles ont décidé de porter plainte, accusant notamment les structures de négligence dans l’application des gestes barrières. Un collectif a récemment été créé et les témoignages accablants s’accumulent.

Depuis le début de l'épidémie de Covid-19 en France, de plus en plus de familles endeuillées saisissent la justice pour dénoncer des manquements dans la prise en charge de leurs proches. Début mai, certaines familles se sont réunies dans une association baptisée "Collectif 9471" - en référence au nombre de morts recensés dans les Ephad le 5 mai 2020, jour de la création de l'association.

Sa présidente, Olivia Mokiejewski, a elle-même perdu sa grand-mère, Hermine, résidente de la maison de retraite Bel Air, à Clamart dans les Hauts-de-Seine. 

"Ils étaient dans le couloir"

C’est au cours d’un appel en visioconférence, le 20 mars dernier, qu’Olivia Mokiejewski repère les premières anomalie. Elle entrevoit à l’écran un employé de l’Ehpad qui ne porte pas de masque et passe le téléphone de main en main sans le désinfecter.

"Il n’avait aucune protection, il était collé à ma grand-mère et à une autre résidente. Ce qui est très étonnant, c’est qu’ils étaient censés être confinés dans leur chambre, mais là, ils étaient dans le couloir", tance au micro de BFMTV Olivia Mokiejewski. 

Quelques jours plus tard, lors d’un deuxième appel, la présidente du Collectif 9471 remarque chez sa grand-mère des signes de fatigue et une toux. Elle en réfère à la direction de l’Ehpad qui lui assure que tout va bien. Mais le 30 mars, l’état de santé d’Hermine se dégrade, elle est atteinte de déshydratation

"Critique particulièrement douloureuse"

"On l’a fait transférer à l’hôpital, ils lui ont fait un scanner et il s’est avéré qu’elle était en stade terminal du Covid-19. On nous a dit que si elle était arrivée plus tôt, elle aurait peut-être pu être sauvée", déplore la jeune femme qui a porté plainte, avec son collectif, pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d’autrui contre la maison de retraite Bel Air, appartenant au groupe Korian.

Des accusations que rejette en bloc l’avocat de l’établissement: "Aucune information n’a été cachée. Cette critique, qui est dirigée contre Korian, mais qui en réalité vise les personnels, est, pour ceux qui se sont battus jour et nuit, particulièrement douloureuse, particulièrement insupportable", lance Me Emmanuel Daoud, avocat du groupe Korian, actuellement visé par deux plaintes.

Plusieurs enquêtes en cours

Cet Ehpad n'est pas le seul à susciter la controverse. A Chaville, toujours dans les Hauts-de-Seine, une plainte pour homicide involontaire, mise en danger de la vie d'autrui et non-assistance à personne en danger a également été déposée contre l’établissement Villa Beausoleil, par la famille d'un résident mort des suites du coronavirus.

Les plaignants s'indignent notamment du manque d'information sur l'état de santé de leurs proches et rapportent un "manque de gestes barrières", "d'hygiène" et de "mesures sanitaires" avant le début du confinement le 17 mars. Ils s'insurgent également du risque pris par l'organisation avec un déjeuner dans un restaurant de Versailles, auquel la victime a assisté, début mars.

Dans le sud de la France, le parquet de Grasse a aussi ouvert une enquête préliminaire après réception d'une salve de plaintes de familles de résidents décédés à l'Ehpad La Riviera de Mougins. Avec son Collecif 9471, Olivia Mokiejewski, compte apporter un soutien dans la défense des familles des victimes de cette "hécatombe". 

Sarah-Lou Cohen, Jérémy Muller avec Ambre Lepoivre et AFP