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Fermetures d'écoles et de lieux de culte, le bilan d'un an de lutte contre la radicalisation

Edouard Philippe, Christophe Castaner et Nicole Belloubet au comité interministériel pour la prévention de la radicalisation, le 11 avril 2019.

Edouard Philippe, Christophe Castaner et Nicole Belloubet au comité interministériel pour la prévention de la radicalisation, le 11 avril 2019. - Frederick Florin - AFP

Pour le comité interministériel, réuni ce jeudi à Strasbourg, l'heure est au bilan. En un an, les services de l'État ont fait fermer 4 écoles privées hors-contrat, 7 lieux de culte et pas moins de 89 débits de boissons dans le cadre du plan de lutte contre la radicalisation.

Un an après la présentation d'un plan contre la radicalisation jihadiste, le Premier ministre Edouard Philippe s'apprête, ce jeudi, à creuser davantage le sillon de la prévention en s'attaquant plus largement aux racines de la délinquance, lors d'un comité interministériel délocalisé à Strasbourg. Et le choix de la capitale alsacienne ne tient pas au hasard, quatre mois jour pour jour après l'attentat qui a endeuillé le marché de Noël faisant cinq morts.

4 écoles, 7 lieux de culte, 89 débits de boisson fermés

L'occasion également pour le comité de faire un bilan de cette année de lutte contre la radicalisation islamiste. Une grande partie du travail de prévention se fait en prison. Des "quartiers d'évaluation de la radicalisation" permettent d'évaluer quelque 400 détenus par mois, selon Matignon et de placer les détenus dans des quartiers "étanches", ou dans une détention classique mais suivie par des équipes spécialisées, dont font partie par exemple des aumôniers musulmans. L'attaque au couteau de Condé-sur-Sarthe (dans l'Orne), commise début mars sur des gardiens par un détenu radicalisé et son épouse, a toutefois prouvé la permanence du problème. 

Pour les détenus libérés, deux centres gérés par le groupe SOS de Jean-Marc Borello sont opérationnels à Paris et Marseille. Deux autres doivent suivre à Lyon et Lille dans les prochains mois. Dernière initiative en date: le lancement début avril d'un Conseil scientifique de la prévention de la radicalisation. Il doit donner accès à des chercheurs à quelque 10.000 fiches du Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Les effectifs du renseignement pénitentiaire doivent par ailleurs être augmentés de près de 30% avec l'objectif d'avoir des agents l'an prochain dans chaque prison de France, rapporte Europe 1.

Le domaine de l'éducation a également bénéficié d'une mobilisation particulière. Depuis la mise en place du plan, quatre écoles hors contrats ont été fermées et la récente loi Gatel a bloqué l'ouverture de 15 écoles privées. Sept lieux de culte ont également été fermés ainsi que 89 débits de boissons devenus lieux de rendez-vous de personnes radicalisées.

"Intervenir plus tôt et plus vite"

Ce jeudi, Edouard Philippe et plusieurs membres du gouvernement, dont Christophe Castaner, iront visiter une association strasbourgeoise dans le quartier sensible de Neuhof. L'organisation oeuvre à la lutte contre la délinquance et la radicalisation, ancrée dans son territoire. Et pour l'exécutif, le constat est simple. 

"Il faut intervenir plus tôt et plus vite", et être présent "là où les jeunes se trouvent": sur internet et les réseaux sociaux, mais aussi "dans la rue" ou encore dans les clubs de sport. Le Premier ministre fera d'ailleurs son discours dans un gymnase.

Comment? Le gouvernement veut nourrir sa nouvelle stratégie de prévention de la délinquance d'une grande concertation avec les élus et les associations. Mais deux grandes pistes sont déjà établies: élargir la prévention à des enfants plus jeunes, quand la politique des dernières années était focalisée sur les 12-25 ans. Et "réinvestir le terrain de la médiation", en intervenant auprès des familles tout en renforçant le rôle des élus locaux et des associations. Les résultats de la concertation sont prévus avant l'été 2019 avec à la clé de premières expérimentations. 

Cette initiative doit avoir lieu en parallèle de deux chantiers ouverts par l'exécutif: l'amélioration de la protection de l'enfance et la prise en charge des enfants placés; et la réforme de l'ordonnance pénale des mineurs, sujet toujours délicat politiquement, dont les premiers arbitrages sont attendus d'ici "fin mai ou début juin", selon Matignon. 

Ambre Lepoivre avec AFP