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"Etudiants brillants", "piliers de la famille": l'ultra-droite en procès pour les violences à Paris

Les six jeunes hommes sont poursuivis notamment pour des violences.

Les six jeunes hommes sont poursuivis notamment pour des violences. - Lucas Bariuolet - AFP

Loin des profils de la grande majorité des prévenus jugés depuis trois semaines pour les violences commises à Paris en marge des manifestations des gilets jaunes, six jeunes hommes, proche de la mouvance de l'ultra-droite, ont comparu devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils ont demandé un délai pour préparer leur défense.

Leur profil détonne au milieu de ceux qui défilent devant la justice depuis trois semaines pour les violences commises dans les rues de Paris, en marge des manifestations des gilets jaunes. Ces six jeunes hommes n'ont pas été pris avec des pavés, un couteau ou un tournevis dans le sac, ni avec un masque à gaz sur la tête. Ils ont été "pris" chez eux à Paris ou en régions vendredi matin, à la veille du redouté "acte 4" de la mobilisation. Ils sont soupçonnés d'avoir commis des dégradations et des violences une semaine plus tôt, le 1er décembre.

Pour l'une des premières fois, la justice a, semble-t-il, face à elle des membres de l'ultra-droite. Ceux qui le 1er décembre ont perpétré les premières violences avant de laisser la place à l'ultra-gauche, puis aux pillards. Ces six jeunes hommes, âgés de 20 à 27 ans, sont soupçonnés de violences volontaires avec armes et en réunion, participation à un groupement violent en vue de commettre un délit, dégradations en réunion par personnes cherchant à dissimuler son identité, vols en réunion, le tout par des individus porteurs de protections ou munis d'armes par destination. L'appartenance à la mouvance ultranationaliste est également citée par la cour.

Etudiants brillants

Aux dernières heures de la journée lundi, le président de la 23e chambre, tiret 3, du tribunal correctionnel prend son dernier dossier. Depuis le début de l'après-midi, dans le box se succèdent des hommes, la trentaine, arrêtés avant ou pendant la manifestation de samedi. Ils sont ouvriers, intérimaires, électriciens. Rien à voir avec ces six étudiants en licence de droit ou de mathématiques, scolarisés à la Sorbonne, dans une école de commerce reconnue de Reims ou à l'université catholique de Lyon. Leurs parents sont dans la salle; tous ont décrit, aux officiers en charge de la procédure, des garçons fiables, sérieux, des "piliers".

Chemise un peu trop grande mais bien repassée pour l'un, chaussures en cuir parfaitement cirées pour un autre, coiffure soignée pour un troisième, quatre des prévenus comparaissaient libres, les deux autres détenus. Malgré l'heure tardive, la salle est encore pleine de leurs nombreux soutiens. Avec leur visage poupin, ils deviennent hilares quand le président du tribunal ironise sur la multiplication des diplômes de l'un des jeunes hommes: "Deux bacs ES et L, deux licences en histoire et en science politique, vous êtes en Master 1 de science politique à la Sorbonne, il va peut-être falloir s'arrêter un jour et travailler, non?"

"L'engagement politique sous-tend les faits"

Les six jeunes hommes habitent Paris 8e, 15e et 18e, Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine, mais aussi à Lyon et à Sainte-Croix-aux-Mines, dans le Haut-Rhin. "Notre famille vient de l'aristocratie mais nous vivons dans un milieu simple", indique le père de l'un des prévenus. Ce dernier travaille en alternance pour 600 euros par mois, pour rembourser son prêt étudiant, qu'il a contracté "pour ne pas être un poids pour ses parents". "Je travaille tous les étés depuis six ans", explique lui aussi Grégoire, 22 ans, qui souhaite devenir avocat ou commissaire-priseur. En plus de son travail, un autre aide ses parents sur leur exploitation, en échange "du gîte et du couvert".

Des jeunes hommes bien sous tous rapports, semble-t-il, et dont les déclarations polies tranchent maintenant avec les insultes qu'ils ont lancées aux policiers lors de leur interpellation. Quatre d'entre eux ont un casier judiciaire vierge, deux autres ont déjà été condamnés, l'un pour "outrage", l'autre pour des violences. La procédure a été portée devant la cour de cassation. "Au-delà du casier, l'engagement politique sous-tend les faits qui se sont produits", assure le procureur lors de ses réquisitions, réclamant le maintien en détention pour deux d'entre eux et le placement sous contrôle judiciaire pour les quatre autres. Les violences du 1er décembre n'ont pas été jugées, tous les prévenus ont demandé un délai pour préparer leur défense. Ils seront jugés le 9 janvier.

Justine Chevalier