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"Je ne suis pas un voleur, je suis un opportuniste": les premières comparutions après les violences de samedi

1.000 personnes ont été interpellées samedi à Paris.

1.000 personnes ont été interpellées samedi à Paris. - Eric Feferberg - AFP

Samedi, 1.082 personnes ont été interpellées à Paris en marge de la mobilisation des gilets jaunes. La grande majorité a été relâchée, de nombreuses avec un rappel à la loi. Côté justice, le tribunal de Paris a jugé ce lundi les premiers mis en cause.

"J’avais un masque, un casque et un gilet jaune." Damien, 36 ans dans deux jours, est venu pour la seconde fois à Paris samedi 8 décembre pour manifester aux côtés des gilets jaunes. Il n'y aura certainement pas de troisième fois. Le Gardois de Bagnols-sur-Ceze vient d'être condamné à un mois de prison avec sursis pour avoir jeté des projectiles sur les forces de l'ordre. Des projectiles? "Des petits morceaux de bitume", insiste-t-il devant la 24e chambre, tiret 1, du tribunal correctionnel de Paris. 

Damien, père de deux enfants, séparé de leur mère, touche 1.200 euros par mois grâce à son activité d'auto-entrepreneur. Il a été interpellé vers 17h45 dans le 16e arrondissement de Paris. Quelques minutes plus tôt, un magasin de matériel de golf a été pillé. Un véhicule a été renversé, un groupe s'enfuit. C'est dans ce contexte que son interpellation est intervenue. "Je ne sais même pas pourquoi ils me parlent de ce club de golf. Je n’ai jamais touché de club de golf. Je cherche vraiment à me justifier par rapport à ça", assure le trentenaire, t-shirt noir à inscriptions blanches sur le dos. 

"Je ne connais personne en cellule avec moi, martèle-t-il. Je suis venu à la base pour défendre mes droits, pour manifester pacifiquement aux côtés des gilets jaunes. Je n’étais pas là pour la casse ou dégradations. La prochaine fois, je resterai chez moi, dans ma campagne."

"Je savais que j’allais pas les toucher"

Ce lundi, les poursuites concernant le club de golf avaient en effet été abandonnées. On lui a reproché, pris dans la foule, d'avoir jeté des projectiles sur les forces de l'ordre. "Je suis arrivé devant eux (les policiers, NDLR), la foule était relativement calme, j’avais les bras levés, je me suis pris un flashball. Je savais bien que je n’allais toucher personne, plutôt en protestation contre les gaz lacrymogènes, poursuit Damien, pris avec un masque de plongée sur lui et deux gilets jaunes. C’était des petits morceaux. Je sais déjà que je ne tire pas loin, et ils étaient loin les CRS, je savais que je n’allais pas les toucher."

"On ne peut pas reprocher à monsieur d’avoir un masque de plongée pour se protéger les yeux des gaz lacrymogènes", a d'ailleurs plaidé son avocate, Me Stéphanie Nataf. 

Damien a été condamné à un mois de prison avec sursis. Une condamnation pour l'exemple? Samedi, les forces de l'ordre ont procédé à 1.082 interpellations, qui ont donné lieu à 974 gardes à vue. Parmi elle,s, 494 ont été classées sans suite, avec 288 rappels à la loi. Pour les autres individus déférés, cinq salles d'audience ont été utilisées pour les juger. Trois étaient d'ailleurs entièrement dédiées aux violences de samedi. "Les gens ont l'impression qu'il va y avoir 1.000 procès", s'agace une avocate. Comme les dernières semaines, lors des comparutions immédiates, ce sont majoritairement des hommes, âgés de moins de 40 ans et habitant en régions qui défilent.

"Les gilets jaunes, c'est un mouvement noble"

Xavier a 26 ans. Originaire de Laval, en Mayenne, il s'est fait interpeller à 13h30 avenue de Friedland, près de l'Arc de Triomphe, pour jets de projectiles. Là encore, il dit avoir répondu aux actions des forces de l'ordre. "Je n’ai jeté qu’un caillou, c’est quand on m’a mis le flashball. Ca a commencé quand on marchait tous vers les Champs, je me suis mis en 1e ligne, je me suis pris un flashball, j’ai lancé un caillou, et les CRS m’ont interpellé", raconte-t-il depuis le box, alors que deux jours d'ITT lui ont été délivrés. "C’est quand il a été victime de violence qu’il est devenu violent, abonde son avocate. La violence amène la violence".

Célibataire, Xavier travaille régulièrement. "Je suis plaquiste de base", explique-t-il. Au chômage, il touche 900 euros par mois. "Je regrette mon geste, mon incivilité, souffle-t-il. Les gilets jaunes, c’est quand même un mouvement noble, la plupart des gens sont chaleureux et doux. Ce que j’ai fait décrédibilise le mouvement." Lui est condamné à deux mois de prison ferme, sans mandat de dépôt. "Je suis venu pour protester, pas pour créer des violences", justifie pour sa part Sébastien. A 34 ans, crâne rasé, et à l'allure robuste, il présente un gros cocard à l'oeil. Il a été arrêté avenue Marceau à proximité d'individus qui ont jeté des pavés sur les forces de l'ordre.

"C’est le CRS qui m’a mis des coups de poing quand il m’a interpellé", répond-il quand son avocate lui demande d'où viennent ses bleus. Malgré un casier "bien fourni", le tribunal l'a relaxé, faute d'éléments probants contre lui. Là encore, le chef de participation à un groupement violent en vue de commettre des violences, une "infraction fourre-tout", pour les avocats de la défense, ne tient pas devant la justice.

"J'ai vu une opportunité"

Le tribunal n'a toujours pas eu à juger, ce lundi, d'individus de l'ultra-droite ou de l'ultra-gauche, pourtant décrits comme les responsables des plus grosses violences. Concernant les pillages, ils manquent également ceux qui ont cassé les vitrines. Trois individus ont bien été jugés pour les dégradations au magasin Go Sport de la place de la République, dans l'est de Paris. L'un a été condamné, pour avoir dérober des tenues du PSG, à six mois de prison ferme du fait d'un très lourd casier judiciaire. Les deux autres dossiers ont été renvoyés. Karim est lui aussi poursuivi pour "recel". "Des cravates Carnaval de Venise, Lanvin, Nina Ricci... 140, 160 euros.... et une chemise blanche, encore pliée dans son emballage plastique", énumère l'assesseure. 

L'homme de 46 ans est au chômage depuis plusieurs mois. Lunettes sur le nez, il s'exclame: "Je suis venu manifester pour nos droits, pour ceux de nos enfants." Habitant dans le Val-d'Oise, il est sorti du métro à Courcelles, a remonté l'avenue Marceau, s'est pris en photo avec "la star" Dieudonné présent près de l'Arc de Triomphe, puis a marché vers Opéra où des boutiques ont été dégradées. Au sol, des chemises et des cravates de ces magasins.

"Je ne suis pas un voleur, je suis un opportuniste. Je n’ai pas de revenu, je suis plus bas que terre, j’ai vu une opportunité." Il a écopé de trois mois de prison ferme, sans mandat de dépôt.

Justine Chevalier