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Essonne: un ancien de la Bac raconte la peur et la solitude du terrain

Après l'attaque contre des policiers à Viry-Châtillon samedi, un ancien agent de la Bac a traversé pour BFMTV plusieurs quartiers sensibles de l'Essonne. S'il refuse le terme de "zone de non-droit", il témoigne de patrouilles stressantes et d'un cruel manque de moyens.

C'est l'incident de trop. Samedi, quatre agents de police ont été victimes d'une attaque furtive au cocktail Molotov à Viry-Châtillon, deux ont été grièvement blessés. Au moment de l'agression, les forces de l'ordre surveillaient simplement un croisement de la voie publique lorsqu'une dizaine d'individus cagoulés a surgi. Mais ce nouvel accident cache un profond ras-le-bol au sein de la profession. Marc*, ancien agent de la Bac (Brigade anticriminalité), a sillonné pour BFMTV plusieurs quartiers sensibles de Grigny, ville voisine de Viry-Châtillon. Lors de cette patrouille, il décrit des zones à hauts risques.

"Par ici, on se fait souvent attaquer du haut du bâtiment. On reçoit toutes sortes de projectiles: des mortiers voire même des plaques d'égouts", confie Marc.

Un peu plus loin, le chauffeur aperçoit un groupe de plusieurs hommes et demande de baisser la caméra pour ne pas être repéré. La géographie des lieux facilite les guet-apens. Les carrefours, quant à eux, sont prisés pour les vols à la portière.

"Ils se mettent derrière les buissons, ils attendent que le feu soit au rouge. Et ils vont faire une attaque éclair sur plusieurs voitures pour arracher ce qu'il y a à voler avant de rentrer dans la cité à toute vitesse", témoigne-t-il, fort de douze années d'expérience.

"Il nous manque du monde"

Dans ses opérations de surveillance, Marc confesse ressentir le danger.

"On intervient souvent à trois. On vient avec un réel stress d'être pris à partie. On est sous tension car on sait pertinemment qu'on est seuls, qu'on n'aura pas plus d'effectifs", déplore-t-il.

Clairement pour lui, "les moyens ne sont plus là". "Ici, en Essonne, il nous manque du monde. On a d'importantes différences, ne serait-ce qu'avec les départements limitrophes", assure Marc.

La colère gronde chez les policiers

Et la tournée des commissariats de l'Essonne par Manuel Valls et Bernard Cazeneuve lundi n'a pas apaisé la colère des policiers. Ils jugent le discours politique trop décalé avec la réalité du terrain.

"C'est très politicien de parler des zones de non-droit. Je n'utiliserais pas ce terme car je manquerais de respect à mes collègues. En revanche, il est inimaginable pour quelqu'un qui ne travaille pas ici tous les jours de comprendre la tension qui existe."

Le syndicat Alliance a appelé à une "grève du zèle". Autrement dit, les forces de l'ordre cessent toutes initiatives sur la voie publique et n'interviennent qu'en cas d'accidents majeurs. Une manière de faire pression sur le gouvernement pour obtenir de meilleures promesses. En soutien à leurs collègues blessés, un rassemblement dans tous les commissariats de France est prévu ce mardi à 12h30.

* prénom modifié

P. P. avec Alexis Cuvillier, Tiffany Osswalt, Francis Simoes et Annabelle Rouleau