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Procès des "écoutes": entre combativité et colère, Nicolas Sarkozy veut "être lavé de cette infamie"

L'ancien président de la République a été interrogé tout au long de l'après-midi par le tribunal correctionnel de Paris. Il a nié "tout acte de corruption".

"L'histoire Bismuth, c'est ça, un justiciable inquiet et un avocat affectueux, et c'est tout." Après plus d'3h30 d'interrogatoire, Nicolas Sarkozy résume à sa manière les faits qui l'ont conduit depuis le 23 novembre dernier devant le tribunal correctionnel de Paris où il est jugé pour "corruption" et "trafic d'influence". Oscillant entre combativité, colère et émotion, l'ex-chef de l'État a répondu à toutes les questions de la cour.

L'animal politique n'a jamais été loin tout au long de cet interrogatoire qui a débuté par une déclaration liminaire de Nicolas Sarkozy au cours de laquelle il s'est évertué à démonter les accusations qui pèsent contre lui et à attaquer une procédure qui selon lui a été à charge. "Je ne suis pas une victime, mais dire au tribunal ce que j'ai vécu pendant 6 années (...) Pour la première fois, je vais pouvoir m'expliquer face à une justice impartiale, calme, et à armes égales", s'est-il félicité. "Après avoir demandé à 13 reprises, j'ai eu accès à l'enquête."

Profitant de son temps de parole, Nicolas Sarkozy l'assure: "Madame la présidente, permettez-moi de dire de façon solennelle, je n'ai jamais commis le moindre acte de corruption. Jamais, jamais! 20 ans député, 20 ans maire, 7 ans ministre, 5 ans président de la République, jamais je n'ai pratiqué d'influence. (...) 3.700 conversations ont été écoutées (...) et on a trouvé 5 ou 6 conversations où je suis avec mon vieil ami Thierry Herzog, c'est ma présence seule qui déclenche tout ceci. (...) Je veux être lavé de cette infamie, pas uniquement par une procédure, je veux être lavé, parce que je veux la vérité des faits et du droit."

"Le pacte, il n'existe pas"

Nicolas Sarkozy avait promis de répondre aux questions et à aucun moment il n'a été avare en explications. "Pardon d'avoir pris trop de temps pour expliquer ça, mais c'est très important Madame la présidente." Tout au long de son interrogatoire, l'ancien chef de l'État a assailli le tribunal de détails, de "longs détours" pour expliquer les conversations qu'il a eues avec Thierry Herzog, où ce dernier évoque les aspirations monégasques de son ami Gilbert Azibert. Agité, se balançant d'un pied à l'autre, se prenant parfois la tête, l'ancien locataire de l'Élysée se défend de tout pacte de corruption. "Il (Gilbert Azibert, NDLR) nous a donné aucune information, il s'agissait d'impressions", pointe Nicolas Sarkozy.

"Le pacte, il n'existe pas, il n'a jamais existé, martèle celui qui a comptabilisé "89 conversations" avant le mois de février 2014 et les conversations incriminantes où le nom de Gilbert Azibert n'est à aucun moment prononcé. "Je peux vous garantir que si je suis dans un pacte, je m'y mets plus (...) On est dans un coup de pouce, on n'est pas dans un pacte, c'était un service à un ami pour un ami. Ma vie, ça a été de donner des coups de pouce, car c'est 40 ans de politique."

Car pour comprendre cette affaire, il faut comprendre la relation entre Sarkozy et son "vieil ami" Herzog, qu'il qualifie de "frère". "100 fois il m'a demandé des services, oui j'aurai pu envisager de rendre service, mais c'est rendre service à Thierry, pardon, mais pas à Gilbert", lance Nicolas Sarkozy en se tournant à plusieurs reprises vers son proche conseil. Le prévenu le reconnait même: il aurait pu essayer d'obtenir un poste à Gilbert Azibert s'il en avait eu l'opportunité. Ce qui n'a pas été le cas, assure Nicolas Sarkozy, notant d'ailleurs que Gilbert Azibert, qu'il a rencontré à trois reprises depuis 2013, n'a pas obtenu de poste.

"Je ne vais pas mentir, je ne suis pas ici pour dire que je n'aurais pas envisagé de le faire", assume-t-il, expliquant d'ailleurs avoir été "à 100 milliards de lieux de savoir qu'il faisait quelque chose qui ne se faisait pas" lorsque Thierry Herzog l'informait de la tournure que prenait son affaire devant la cour de cassation grâce aux confidences de Thierry Herzog.

Défendre "mon honneur"

Car pour Nicolas Sarkozy, ses conversations, qu'il lit en y ajoutant des intonations, concernant sa procédure en cours devant la cour de cassation pour récupérer ses agendas, et sur laquelle Gilbert Azibert aurait livré des informations, ne peuvent là aussi être comprises que dans le contexte de l'époque. Le ton ferme, il n'a eu de cesse de dénoncer les "infamies" proférées à son encontre. Une infamie quand, en 2006, année où Thierry Herzog devient son avocat, on le soupçonne d'avoir un compte bancaire caché au Luxembourg. Une infamie aussi quand en 2014, il se sent "traqué" par la justice.

"J'ai l'impression que le PNF est fait pour moi, toutes les semaines, il y a une nouvelle affaire, les sondages, Tapie, l'affaire libyenne...", détaille-t-il.

A l'époque, Nicolas Sarkozy vient toutefois d'obtenir un non-lieu dans l'affaire Bettencourt, affaire dans laquelle ses agendas ont été saisis par la justice et pour lesquels il a déposé un pourvoi devant la cour de cassation. Concernant la multiplication de ses questions à son avocat Herzog concernant cette procédure devant la cour de cassation, il met ça sur le compte de "l'euphorie" provoquée par cette décision de justice.

"Je lui dit 'alors est-ce qu'on va gagner? qu'est-ce que t'en penses?' Je me jette comme un affamé sur les bonnes nouvelles, je veux être rassuré. Il n'y a jamais eu si peu d'enjeu (concernant la décision de la cour de cassation, NDLR). Mon agenda, tout le monde y avait eu accès. L’enjeu, c’était juste de gagner. Aujourd’hui, il y a de l'enjeu, car il s'agit de mon intégrité et mon honneur." Et il conclut: "J'ai dit la vérité, je n'ai pas trahi la confiance des Français."
https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV