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Dominique Venner, un identitaire de l'ombre

Dominique Venner

Dominique Venner - -

Auteur d'un livre majeur qui pose les nouvelles bases de l'extrême droite française, Dominqiue Venner n'en reste pas moins méconnu jusque parmi la jeune garde du Front national.

"Un homme de l’ombre, qui n’aimait pas être sous le feu des projecteurs" dit de lui le chercheur Sylvain Crépon. Reconnu comme une figure de l’extrême droite notamment dès la fin de la guerre d’Algérie, Dominique Venner, 78 ans, est mort d‘un coup d’éclat en se suicidant près de l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Mais ce n’est pas un coup de folie si l’on en croit le courrier écrit par lui et lu par ses amis, mardi, sur Radio Courtoisie: "Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable".

Un "identitaire"

Dominique Venner est un "identitaire", tranche Nicolas Lebourg, spécialiste de l’extrême droite et auteur d’une biographie sur François Duprat. Il "était une figure intellectuelle qui a participé au renouveau de l’extrême droite française en refondant son idéologie", précise Sylvain Crépon, lui aussi spécialiste de la mouvance.

Notamment par son texte "Pour une critique positive" où il déconstruit le comportement des groupes extrêmes durant la seconde guerre mondiale et redéfinit le concept de nationalisme. "Dans son discours, la nation est basée sur la race car il tend vers l’unification du monde blanc plus que la défense de la patrie", précise Nicolas Lebourg.

Dominique Venner est "paradoxalement le premier à avoir placé l’Europe au cœur du nationalisme", estime lui Sylvain Crépon.

Entrisme au Front national

Son autre fait majeur? La création de la revue et le groupe "racialiste" du GRECE (Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne) qui théorise sur la supériorité des européens. L’objectif ?

"Ce groupe devait fournir des idées au Front national nouvellement créé à la suite de l’Ordre nouveau, explique Nicolas Lebourg. Venner utilisait l’entrisme et demandait à ses amis d’intégrer, pour tenter de le contrôler, l’appareil politique qu'était devenu le FN". La manigance restera vaine en raison de la main-mise de Jean-Marie Le Pen.

Ancien parachutiste, membre de l'OAS, militant dans les années 50 à Jeune Nation, un mouvement fasciste à qui il lègue un important héritage familial, Dominique Venner est "un homme qui n’a jamais renié ses convictions", constate Sylvain Crépon. "Quoi que l’on en pense, c’est un homme qui est resté fidèle à ses idées durant 50 ans", dit de lui Nicolas Lebourg.

Une figure peu connue de la base du FN

D'où cette rapidité à réagir, peut-être. Peu après l'annonce du suicide, la présidente du Front national, Marine Le Pen a exprimé son "respect". Bruno Gollnicsh lui a lui aussi rendu un hommage appuyé.

"Les cadres le connaissent certainement, analyse Sylvain Crépon, mais il n’est pas très présent parmi les nouvelles troupes, ni dans les idées actuelles véhiculées par le Front national". Pas si étonnant puisqu’il était en retrait depuis le début des années 80 et se concentrait sur ses activités d’essayiste, journaliste et éditorialiste dans des revues marquées idéologiquement et très confidentielles.

Pas étonnant non plus puisque Marine Le Pen a tenté depuis sa prise de fonction d'éliminer les radicaux et de nettoyer au maximum son discours de relents nationalistes.

Pourquoi alors saluer un geste "éminemment politique"? Marine Le Pen a "profité du coup" estime Nicolas Lebourg et cherche à marquer son territoire dans une mouvance identitaire sur laquelle elle n’a que peu de contrôle.

"Rien à voir avec le mariage homo"

"Le mariage pour tous, l’islam n’ont rien à voir avec son geste, affirme Nicolas Lebourg. Il entend protester très largement contre la décadence de la société. C’est un rappel à ses fondamentaux ethnoculturels".

Car le chercheur voit aussi un "geste éminemment esthétique" puisque la mystique autour de la mort, et des morts, est très forte à l’extrême droite.

Après une vie dans l'ombre, Dominique Venner a peut-être aspiré à la mystification de sa personne et de ses écrits. Lui qui a toujours évolué dans une "pensée groupusculaire" a vu plus grand cette fois.


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