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Disparition de cocaïne au 36: qui est le brigadier interpellé?

Un fonctionnaire de police à la brigade des stupéfiants du 36, quai des Orfèvres a été appréhendé ce samedi, dans l'affaire de la disparition de plus de 50 kg de cocaïne.

Un fonctionnaire de police à la brigade des stupéfiants du 36, quai des Orfèvres a été appréhendé ce samedi, dans l'affaire de la disparition de plus de 50 kg de cocaïne. - -

Qui est le fonctionnaire des stups interpellé samedi dans l'affaire de la disparition de plus de 50 kg de cocaïne? Pourquoi est-il le principal suspect? BFMTV.com fait le point.

C'est l'histoire de l'incroyable interpellation d'un homme au-dessus de tout soupçon. Un fonctionnaire de police de la brigade des stupéfiants, âgé de 34 ans, a été appréhendé ce samedi à la mi-journée sur son lieu de vacances, à Perpignan. Il est le principal suspect de la nouvelle affaire qui secoue le mythique "36, quai des Orfèvres", où ont disparu plus de 50 kg de cocaïne. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé sa suspension dans la foulée.

"Je ne suis pas surpris que ce soit un fonctionnaire des stups qui soit interpellé, même s'il n'est pas encore reconnu coupable, parce que l'affaire ne pouvait être menée que par un membre de cette brigade", réagit René-Georges Querry, ancien commissaire de police joint par BFMTV. Ce n'est pas une surprise, et pour cause: pour accéder à cette pièce forte, dans laquelle était enfermé ce scellé, il fallait bien connaître le service.

"Un fonctionnaire irréprochable"

Rien cependant, dans la personnalité du brigadier mis en cause, ne laissait prévoir un tel passage à l'acte: "C'est un fonctionnaire irréprochable, un excellent policier et un grand sportif", affirme Dominique Rizet sur le plateau de BFMTV. "C'est encore plus surprenant." Le suspect, "beau gosse", est considéré comme "quelqu'un de confiance", plutôt "passe-muraille", selon des sources policières, mais beaucoup "se posent des questions sur son attitude récente".

"Je pense qu'il a fait ce que l'on appelle souvent dans la police un 'délit de connerie'", reprend René-Georges Querry. "Parce qu'il faut vraiment être complètement abruti pour espérer soustraire 50 kg de cocaïne de la brigade des stups, pour ensuite aller la négocier avec je ne sais trop qui. Franchement, on a plus affaire à un imbécile qu'à un véritable ripou ou un voyou intelligent", ajoute celui qui fut un grand patron de la police.

"C'est absolument inadmissible, inacceptable. Il y va de l'honneur de la police, de la PJ. Le Quai des Orfèvres est un sanctuaire qui doit rester inviolé. J'espère qu'il sera très sévèrement puni", conclut le grand flic, ivre de colère.

Stups: des saisies spectaculaires

Un imbécile plus qu'un malhonnête, la distinction est importante. Comment un policier a-t-il pu déraper ainsi? "Ce que va dire son avocat", reprend Dominique Rizet, c'est qu'un brigadier de police "doit gagner 1700 ou 2000 euros par mois". Dans les affaires de stups, les policiers voient passer énormément d'argent, les saisies sont parfois spectaculaires. Ils confisquent les biens des trafiquants: les maisons, les voitures, les bateaux, etc. Les suspects brassent énormément d'argent.

"Si un trafiquant de drogue se fait saisir un million d'euros chez lui, et si les policiers des stups en prenaient 200.000, ce n'est pas ni le suspect, ni son avocat qui [iraient] s'en plaindre. Ils seraient même très contents qu'on ne retrouve pas d'argent chez eux, parce ces montants saisis constituent le délit", continue Dominique Rizet. "Eh bien cet argent, il est toujours à sa place, remis au greffe des scellés du tribunal. La police ne tape pas dedans, et c'est important de le dire. C'est même surprenant de ne pas voir plus de dérapages, les policiers des stups sont vraiment des policiers intègres", conclut le spécialiste police justice de BFMTV.

Un train de vie "intéressant"

Malgré tout, la drogue était dans une salle ultrasécurisée. "L'IGPN, la police des polices, a eu son attention attirée par le fait que ce fonctionnaire de police avait posé beaucoup de questions sur cette salle: comment cela se passait? Comment on y entrait? Combien de clés, etc. Cela a attiré les soupçons sur lui", reprend Dominique Rizet.

Puis il a été filmé par la vidéosurveillance: il est vu entrant de nuit avec deux sacs, puis ressortir. Son visage n'est pas vraiment reconnaissable, mais sa corpulence et sa démarche le trahissent. Le lien avec ce policier, auquel personne ne pensait - puisqu'il est irréprochable - est alors fait.

L'IGPS, la police scientifique, a fait des prélèvements dans la salle des scellés, en cours d'analyse. "Même si cet homme niait les faits, il y a fort à parier qu'on va retrouver son ADN", ajoute Dominique Rizet. Des perquisitions sont en cours à son domicile parisien, dans le 17e arrondissement, et à Perpignan, où, selon les informations de Cécile Ollivier, journaliste police-justice à BFMTV, il possède... sept adresses différentes.