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Coronavirus: comment les policiers et gendarmes s'organisent pour les contrôles durant le confinement

A partir de ce mardi midi, se promener sans attestation sera verbalisé d'une amende de 38 euros.

A partir de ce mardi midi, se promener sans attestation sera verbalisé d'une amende de 38 euros. - AFP

100.000 policiers et gendarmes sont déployés à partir de ce mardi pour faire respecter les mesures de confinement annoncées par le président de la République pour limiter la propagation du coronavirus.

Relever le défi du confinement. Cette tâche incombe aux 100.000 policiers et gendarmes qui sont mobilisés depuis ce mardi midi pour faire respecter les restrictions de circulation annoncées lundi soir par le président de la République Emmanuel Macron afin de lutter contre l'épidémie de coronavirus. "La progression du Covid19 continue et trop de personnes font encore peu de cas des consignes sanitaires données, a déploré le ministre de l'Intérieur, détaillant les conditions d'application des nouvelles mesures.

Et d'ajouter: "Il n’y a pourtant aucun panache à ne pas appliquer les gestes barrières."

Depuis mardi midi, toute personne circulant dans la rue pourra être verbalisée. Une amende de 38 euros pourra être délivrée, dont le montant pourra vite atteindre les 135 euros. Seules exceptions: les déplacements justifiés domicile-travail, ceux pour des achats de première nécessité, pour des soins de santé ou encore des motifs familiaux impérieux. Pour assurer cette surveillance et s'assurer que les mesures de confinement ne soient pas violées, 100.000 policiers et gendarmes vont être mobilisés. Un ratio 60/40 est évoqué afin de réaliser ces contrôles mobiles ou fixes, mais surtout aléatoires dans les rues, sur les routes ou dans les transports.

A Paris, 150 points de contrôles ont été mis en place à la mi-journée, a précisé le préfet de Police Didier Lallement venu constater l'un d'entre eux. 3.000 policiers sont mobilisés et déployés dans l'agglomération (Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne), et des gendarmes sont basés sur les péages franciliens. 

Fermeture des "petits commissariats"

"S'adapter, c'est toujours faisable, assure Denis Jacob, secrétaire général d'Alternative police. Il y aura moins de monde dans les rues, donc moins de missions autres." Afin de recentrer le travail des policiers sur cette mission de contrôle et de dégager des effectifs, Jean-Marie Salanova, le directeur central de la sécurité publique, a adressé une note à ses collègues. Le document intitulé "Covid-19 - continuité de service", que nous avons pu consulter, établit que les "commissariats subdivisionnaires et divisionnaires ne disposant pas d'une unité de police-secours dédiée, ainsi que les commissariats de secteur" seront fermés.

Seuls les hôtels de police et commissariats principaux resteront ouverts au public 24h/24. Dans ces établissements, l'accès sera filtré, dès l'extérieur, en réalisant un tri des affaires urgentes. Les citoyens sont invités à utiliser les moyens en ligne, comme la pré-plainte, pour réaliser leurs procédures. Les gestes barrières, comme la distance d'un mètre entre chaque personne, devront être respectés. La priorité est donnée aux contrôles mais aussi aux missions de sécurisation, alors que les policiers craignent une recrudescence des cambriolages, notamment des commerces fermés.

"On va surtout faire de la pédagogie, cela va être difficile de constater une infraction, à moins de suivre la personne pour s'assurer qu'elle va bien au supermarché", modère un policier, tandis que les premières verbalisations auront lieu à partir de mercredi.

Manque de protections

Lundi, le directeur général de la police nationale Frédéric Veaux a assuré à ses troupes sa "confiance" dans "la capacité de la police nationale à relever ce nouveau défi". Dans cette note, le patron de la police estime que "l'aménagement de l'activité sur l'essentiel des missions" des policiers va réduire les risques de contamination. Mais pourtant parmi les policiers, c'est l'inquiétude qui domine. Dès février, les organisations syndicales avaient alerté le ministère de l'Intérieur et réclamé des masques pour chaque policier, comme en Italie ou en Espagne.

"On a fait le choix de ne pas équiper tous les policiers, déplore Denis Jacob. Nous sommes des primo-intervenants, on nous demande d'assurer la sécurité du pays alors qu'on est pas capable d'assurer la sécurité sanitaire de nos collègues." 

Plus de 600 policiers sont actuellement confinés pour des suspicions de cas. Au début de l'épidémie chaque policier possiblement porteur du virus était testé, ce n'est désormais plus le cas obligeant à mettre le policier mais aussi ses collègues en quarantaine. C'est le cas de 400 hommes et femmes de la brigade des réseaux franciliens, alors que sept agents ont été testés positifs. Même situation pour les policiers du commissariat de Sanary-sur-Mer, dans le Var, dont l'établissement a dû fermer après la contamination au coronavirus de sept agents.

"Pourquoi les policiers ne sont pas testés automatiquement, comme les soignants, s'interroge Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP FO Police. 

Les policiers s'interrogent également sur les moyens qu vont être mis à leur disposition, comme des véhicules équipés de hauts-parleurs pour délivrer des messages d'information à la population.

Justine Chevalier