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Comment le bornage téléphonique est devenu un outil incontournable des enquêtes

Un smartphone - Image d'illustration

Un smartphone - Image d'illustration - AFP

Instrument de localisation automatique lorsque vous téléphonez, le bornage téléphonique garde une trace de votre passage, et bien souvent votre identité. Des informations très utiles, fréquemment exploitées par les enquêteurs.

Mardi, grâce au bornage téléphonique, un nouvel élément a été apporté sur la mort de Steve Maia Caniço, qui s'est noyé le 21 juin à Nantes, peut-être à la suite d'une charge de police. Le rapport de l'IGPN avait déclaré que le téléphone du jeune homme "déclenchait un relais téléphonique à 03h16", soit avant l'intervention policière.

Mais selon le Canard enchaîné, le dernier bornage téléphonique de ce téléphone a été relevé à 4h33, soit quand les forces de l'ordre intervenaient. Cela pourrait signifier que Steve Maia Caniço n'est pas tombé avant, mais pendant la charge policière controversée, une information majeure dans cette affaire.

Régulièrement, l'utilisation du bornage téléphonique permet de faire progresser les enquêtes. Dans le cas de Nordahl Lelandais, les policiers avaient par exemple découvert que son téléphone avait borné dans la zone et au moment de la disparition du caporal Arthur Noyer. Dans l'affaire de la disparition de Sophie Le Tan, ou de celle de l'infirmière polonaise en Allemagne, le bornage téléphonique a également été un des éléments clefs qui ont permis de faire avancer les affaires. Mais comment fonctionne ce système qui vient tant en aide aux enquêteurs?

Comment fonctionne une borne téléphonique?

Une borne téléphonique est une tour, à laquelle les opérateurs téléphoniques raccrochent leurs antennes. Elle peut prendre différentes formes: cela peut être un pylône appartenant à un opérateur qui peut ensuite louer les emplacements pour les antennes de ses concurrents, ou un château d'eau appartenant à une municipalité que les opérateurs téléphoniques exploitent.

Antenne Relais sur les toits Paris
Antenne Relais sur les toits Paris © Wikimédia

Lorsque vous appelez, recevez, que vous envoyez un message ou encore qu'une application tourne sur votre téléphone en 4G, il se raccroche à une borne à proximité, celle qui reçoit le message avec le plus de puissance. Le téléphone lui donne alors le numéro de carte SIM de votre appareil, ainsi que l'identifiant IMEI ("identité internationale d’équipement mobile" en français) relatif à votre téléphone. 

Comment la police a-t-elle accès aux données?

Le bornage téléphonique permet aux enquêteurs de déterminer la zone de localisation d'une personne et/ou de l'identifier via le numéro de carte SIM communiqué à la borne. La carte SIM appartient à un opérateur, et est référencée sous le nom de l'acheteur. En cas de besoin pour une enquête, les forces de l'ordre vont donc pouvoir demander l'identité reliée à la carte SIM recherchée, dans le cadre d'une procédure judiciaire, à l'opérateur.

Cette technique est "fréquemment utilisée par toutes les polices du monde", explique à BFMTV.com Bernard Denis-Laroque, expert de justice dans le domaine des télécoms et de l'audiovisuel. Les opérateurs ont même une ligne dédiée pour la police. Chaque demande a un coût, défini par un arrêté du 21 mars 2012. Obtenir la "localisation d'un abonné ou d'un terminal, accompagné de l'adresse du relais téléphonique (cellule) par lequel les communications ont débuté", coûte par exemple 15,30 euros.

Comment le bornage est-il utilisé dans une enquête?

Ces données sont utilisées de différentes façons. Ainsi, dans l'affaire Sophie Le Tan, les enquêteurs avaient noté que son téléphone avait cessé d'émettre à proximité du domicile de Jean-Marc Reiser, aujourd'hui mis en examen pour "assassinat". Mais il s'agit parfois de suivre le trajet d'un suspect en fonction des bornes auxquelles il s'est raccordé.

"Lorsqu'un délit ou un crime se produit mais qu'on ne connaît pas l'auteur, on va demander aux opérateurs quelles bornes ont été activées autour", expliquait en 2018 Benjamin Gayrard, secrétaire général du Syndicat national des personnels de police scientifique au Figaro. "Ensuite, on va demander le détail des connexions enregistrées à cet endroit et on va exploiter tous les numéros pour savoir qui était présent".

La démarche est bien plus difficile quand les suspects ont utilisé des téléphones à cartes prépayées, qui ne sont pas toujours reliées à leur identité.

Le bornage téléphonique est-il précis?

"Chaque borne recouvre une zone plus ou moins grande, cela dépend de la couverture globale autour", explique Bernard Denis-Laroque. "Il y en a énormément en ville, où leurs zones sont plus réduites, mais moins en campagne, où du coup une borne recouvre une plus grande zone."
Couverture mobile d'un opérateur français (téléphone et sms)
Couverture mobile d'un opérateur français (téléphone et sms) © ARCEP

La localisation en ville est donc plus précise, mais l'expert ajoute toutefois que, même en zone urbaine, cette précision est relative. "Parfois vous pouvez avoir une borne juste au-dessus de chez vous, mais la présence d'un élément bloquant fait qu'il est plus facile pour votre téléphone de se relier à une borne bien plus loin", explique-t-il. Il est donc possible qu'à votre domicile, dans une certaine pièce vous borniez sur une antenne, et dans une autre sur une seconde.

"Vous pouvez être localisé sur deux bornes différentes à 300 mètres de distance, alors que vous avez fait 10 pas chez vous", explique Bernard Denis-Laroque, ce qui rend la localisation moins fiable.

Quand le téléphone ne se raccorde-t-il pas?

"Du moment que vous avez un téléphone en état de marche, il se raccroche à une antenne", explique l'expert. "Même sans carte SIM on peut appeler le 112 [numéro d'urgence européen], donc se raccorder au pylône le plus proche".

C'est uniquement s'il est éteint ou en mode avion qu'il échappe au bornage. Si le téléphone de Steve Maia Caniço a borné pendant la charge des policiers, cela voudrait donc dire qu'il n'était pas encore tombé à l'eau. Mais "un téléphone, même dans l'eau, ne s'éteint pas forcément automatiquement de suite", a soutenu sur BFMTV le secrétaire national adjoint du syndicat Alliance Police Nationale. Ce qui signifierait qu'il est difficile de dire à quel moment le jeune homme est tombé dans la Loire, où il s'est noyé.

Salomé Vincendon