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Comment la coopération franco-britannique permet le démantèlement des filières de passeurs

Une embarcation de migrants qui quitte une plage du nord de la France en direction de la Grande-Bretagne.

Une embarcation de migrants qui quitte une plage du nord de la France en direction de la Grande-Bretagne. - SAMEER AL-DOUMY

Dix personnes ont été interpellées mardi et ont été présentées à un juge dans le cadre du démantèlement d'un réseau de passeurs afghans entre la France et la Grande-Bretagne.

Le prix à payer pour monter sur un bateau et tenter de gagner la Grande-Bretagne était d'environ 3000 euros. Un réseau de passeurs afghans de migrants a été démantelé cette semaine avec l'interpellation mardi de dix personnes en région parisienne. Neuf individus ont été mis en examen pour "aide au séjour irrégulier en bande organisée" et "association de malfaiteurs", a appris BFMTV de source judiciaire. Trois d'entre eux ont été placés en détention provisoire.

La mise à mal de ce réseau organisé et structuré a été permise grâce à une collaboration des autorités franco-britanniques qui a trouvé son incarnation dans une "cellule franco-britannique" de lutte contre les passeurs de migrants lancée en juillet dernier. C'est cette unité qui a obtenu les premiers renseignements sur cette filière dès le mois d'octobre.

Implantés en région parisienne

Après avoir identifié plusieurs individus, l'enquête est passée entre les mains de l'Ocriest, l'Office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre, qui a poursuivi le travail d'investigations. Rapidement, les policiers français ont établi que les membres de cette filière, tous de nationalité afghane, certains disposant de titres de séjour, d'autres non, étaient implantés en région parisienne.

Depuis Paris, les Yvelines ou l'Essonne, ils faisaient l'acquisition de bateaux d'occasion sur internet, avant d'aller les stocker sur les plages du nord du littoral. Les bateaux étaient dégonflés, les moteurs démontés puis le tout enterré dans le sable. Ils s'occupaient également de recruter des candidats, principalement des Afghans et des Vietnamiens, au passage en région parisienne ou à Calais, qui s'occupaient par la suite de remonter l'embarcation.

Un passage à 3000 euros

Leur business était fructueux: alors qu'un bateau coûte entre 3 et 4000 euros, le ticket pour pouvoir monter dedans est entre 2500 et 3000 euros. A 10 voire 15 personnes par bateau, qui partait des plages de Wimereux, dans le Pas-de-Calais, ce réseau disposait d'une rentabilité importante. La filière était également très structurée et organisée, relevant d'ailleurs de la criminalité organisée.

"Ce sont des filières qui utilisent les mêmes techniques que pour le trafic de stupéfiants", analyse pour BFMTV.com Xavier Delrieu, le patron de l'Ocriest. "Ils ont des lieux de stockage pour leurs bateaux, des guetteurs sur les plages, lorsqu'ils organisent des convois pour emmener du matériel ou des migrants, il y a toujours un véhicule ouvreur pour repérer les patrouilles sur leur route."

Après avoir mené un travail d'identification des hommes, des véhicules, des téléphones mais aussi après avoir procédé à de la géolocalisation, les policiers de l'Ocriest se sont attelés à un travail de surveillance et notamment pour les voir travailler. Rien qu'entre vendredi et mardi, cette filière a procédé à six mises à l'eau. Trois passages ont réussi, trois autres ont été interceptés par la police maritime. Rien que dans la nuit de lundi à mardi, il y a eu deux mises à l'eau de bateaux. Au total, on parle de 70 migrants.

L'Ocriest a ainsi procédé à l'interpellation de 10 individus, âgés entre 28 et 40 ans mardi à leur retour en région parisienne après avoir procédé à ces deux mises à l'eau.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV