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Chevaux mutilés: la psychose se répand dans les haras

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Photo d'illustration - FRANCK FIFE

Depuis plus d’un an, plusieurs chevaux sont retrouvés mutilés et tués. Onze enquêtes sont en cours pour découvrir le ou les auteurs de ces actes de cruautés. Pour l'heure, le mystère reste entier.

"Je n’ose plus les laisser seuls." Le mystère autour de la série de mutilations et de meurtres de chevaux créé la psychose dans les haras. Oreilles coupées, appareils génitaux lacérés, yeux arrachés… Les propriétaires d’équidés se rongent les sangs alors que les attaques se multiplient, notamment depuis le début du mois.

Dans la nuit du 1er au 2 août, un poney alezan a été retrouvé mort et mutilé en Essonne. Le 8 août, c’est une pouliche de 18 mois à Cluny, en Saône-et-Loire, qui a été découverte avec "une oreille coupée et un œil arraché, le cœur poignardé et le vagin enlevé" selon ses propriétaires pour qui l'animal a été attrapé au lasso.

"Brûlée à l'acide"

Ces derniers jours, une jument a subi pareils sévices dans le Jura et un pur-sang a été égorgé dans les Côtes-d'Armor, tandis que des organes ont été prélevés sur un cheval déjà mort dans la Loire. Précédemment, le Puy-de-Dôme, la Moselle, la Vendée, l'Aisne ou la Seine-Maritime ont également été touchés, portant le bilan à une vingtaine d’attaques au total et onze enquêtes ouvertes depuis le mois de février.

Le 6 juin, c’est une jument de Pauline Sarrazin, à Dieppe en Seine-Maritime, qui a fait les frais de ces actes de torture. "Elle a été brûlée à l’acide", explique la propriétaire de l’équidé à BFMTV. Depuis, elle a installé des clôtures électriques pour protéger ses chevaux, mais elle reste très inquiète.

"Je n’ose pas partir, je n’ose pas les laisser seuls. Quand je vois le nombre de cas qu’il y a en France, ça ne me rassure pas", s’alarme-t-elle.

Des actes commis par des connaisseurs des équidés ?

À 160 km de la Seine-Maritime, Mélissa Véron a retrouvé sa jument de trois ans sans vie, dans la pâture d'une écurie de Berny-en-Santerre dans la Somme, le 14 mai au matin. "Elle avait une oreille en moins, très creusée à l'intérieur de la tête, ils ont pris une moitié de l'œil (...) C'est ignoble, je ne comprends pas, pas du tout. Quand je l'ai vue, j'ai hurlé, j'en voulais à tout le monde", a-t-elle racconté à l'AFP.

La vétérinaire qui a examiné l'animal a décrit une plaie d'environ 30 centimètres, "très creusée à l'intérieur", occasionnée par "quelque chose de très tranchant". Mais la cause du décès, faute d'autopsie, n'est pas établie.

"C'est impossible de coucher une jument vivante, de lui arracher une oreille vivante, impossible (...) Soit elle a été empoisonnée, soit elle a eu un coup sur la tête", considère la propriétaire, convaincue qu'il y avait plusieurs agresseurs cette nuit-là, familiers des chevaux. "Ils n'ont laissé aucune trace mis à part le ruban électrique (de la clôture, ndlr) coupé. Cela reste un mystère."

"Des personnes qui connaissent bien les chevaux"?

Dans cette même commune, la jument de Lydie Cerisier a été attaquée trois jours plus tard, le 17 mai. Selon elle, ces actes ont été commis par des personnes qui connaissent bien ces animaux.

"Savoir prendre un cheval dans le troupeau sans créer la panique, sans faire de bruit… Il faut savoir l’immobiliser…", énumère-t-elle encore sous le choc.

Une hypothèse soutenue par Jean-Luc Vernon, membre du bureau de la Fédération française d’équitation qui s’est constituée partie civile. "Ce sont certainement des personnes qui connaissent bien les chevaux, il faut avoir une expérience pour les approcher", avance-t-il ce mardi sur BFMTV.

Jean-Luc Vernon lance un appel à la vigilance à tous les éleveurs et centres équestres et recommande, dans la mesure du possible, "d’installer des système de vidéo-surveillance ou de rentrer les chevaux le soir dans les écuries".

Plusieurs pistes envisagées par les gendarmes

Du côté des services de gendarmerie locale chargés de ces enquêtes, plusieurs pistes sont envisagées: "Est-ce un challenge lancé sur internet? Un défi? La pulsion d'un individu?", indiquait fin juin Bruno Wallart, commandant de la compagnie de Riom en Auvergne. "On traite ça de manière très sérieuse", soulignait quant à lui le procureur d'Amiens. Au-delà des interrogations sur le ou les auteurs de ces actes, se pose la question du motif. Pourquoi mutiler des chevaux ?

"C'est le 3e animal préféré des Français après le chat et le chien, il a une relation historique avec l'homme", souligne Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale à Grenoble qui vient de piloter une étude sur les auteurs d'actes de cruauté envers les animaux. "Pour qui voudrait choquer la population, c'est un choix particulièrement judicieux."

"J'ai cherché du côté des rituels sataniques, des prophétie des Cavaliers de l'Apocalypse. Est-ce qu'il y a une secte qu'on ne connaît pas?", avance Lydie Cerisier. Cette aide-soignante s'interroge aussi sur la médiatisation de l'affaire, qui peut "donner des idées" à certains. Des équidés ont déjà été ciblés dans le passé: en Angleterre, une trentaine d'attaques en 1992-93 sont restées inexpliquées. L'énigme sera-t-elle cette fois-ci résolue?

Ambre Lepoivre avec AFP Journaliste BFMTV