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Chevaux mutilés: après des mois de psychose chez les éleveurs, les esprits commencent à s'apaiser

Les agressions de chevaux n'ont pas cessé, mais depuis trois semaines, elles ont tendance à diminuer, offrant aux éleveurs une parenthèse, un moment de répit. Mais leurs inquiétudes ne se sont pas totalement envolées.

Mystère de l'été, la vague de mutilations d'équidés a suscité l'émoi en France et tenu en haleine des centaines d'éleveurs. Durant de nombreux mois, ils ont appréhendé chaque nuit, chaque réveil. La peur de retrouver leurs animaux morts, avec une oreille coupée, un oeil énucléé, des lacérations au niveau des parties génitales s'est insinuée dans tous les haras de l'Hexagone.

Au total, plus de 400 mutilations ont été rapportées, entraînant l’ouverture de quelque 200 enquêtes dans plus de la moitié des départements français. Les gendarmes ont pu écarter 245 cas pour lesquels les causes des blessures ou de la mort se sont avérées naturelles ou accidentelles et plus de 80 dossiers restent à l’étude, selon les informations du Progrès. Après ces longs mois de psychose au cours desquels de nouvelles agressions ont été relatées presque quotidiennement, ces actes macabres semblent donc se tarir.

Diminution du nombre d'agressions

"On constate effectivement une baisse des cas qui semble liée à la sensibilisation du monde équin et à l'engagement des forces de gendarmerie", indique à BFMTV.com la gendarmerie nationale.

Les nuits blanches passées à guetter autour des prés et l'installation de caméras de vidéosurveillance et d'alarme ont-elles eu raison des agresseurs? Difficile à dire mais en tout cas, au centre d'écoute national mis en place par l'Institut français du cheval (IFCE), les appels d'urgence se font plus rares.

"En pleine crise, on recevait une centaine d'appels quotidiens. Depuis le début du mois d’octobre, on en a environ six par jour. La pression est moindre avec la baisse du nombre de cas", nous explique Caroline Teyssier, la directrice du Service d'informations relatif aux équidés (Sire) qui coordonne les appels au numéro vert depuis sa mise en place, le 9 septembre dernier.

"Léger apaisement"

Même constat du côté de la Fédération française des chevaux (FFE) qui observe un "léger apaisement chez les éleveurs". "Mais le risque perdure", souligne Frédéric Bouix, délégué général de la fédération qui s'est constituée partie civile dans une dizaine de dossiers. En effet, l'intervention humaine est avérée dans un cas de mutilations sur six et aucun suspect n'a encore été identifié. Un homme a certes été interpellé dans le Haut-Rhin début septembre à la suite de la diffusion d'un portrait-robot, mais il a depuis été mis hors de cause.

"Sans coupable, difficile de passer à autre chose", commente Laure Hakim, responsable du centre équestre Val de Sem à Souligné-Flacé, dans la Sarthe où huit enquêtes ont été ouvertes.

Début octobre, la jeune femme a organisé un rassemblement avec plusieurs propriétaires équins de la région pour faire un point sur la situation. "Ça s’apaise un peu, on réduit sensiblement la surveillance, notamment au niveau des rondes nocturnes parce qu'après deux mois passés à ne dormir que quelques heures par nuit on est épuisés", raconte-t-elle à BFMTV.com.

"On reste sur le qui-vive"

Deux de ses juments ont été blessées au cours d'une même soirée, l’une a été brûlée au postérieur gauche, l'autre "coupée au niveau de l’épiderme. J’ai aussi vu une silhouette il y a deux mois sur ma vidéosurveillance, et une intrusion il y a un peu plus de 3 semaines", nous détaille Laure Hakim. Dans de telles conditions, l'inquiétude ne peut pas s’évaporer complètement.

"On reste sur le qui-vive", abonde Thomas Degres, gérant de l’écurie des Parriauds, à Saint-Eusèbe en Saône-et-Loire.

Après l'agression de l'une de ses juments - coupée à l’oreille - dans la nuit du 25 au 26 août, il s’est équipé d’alarmes et de caméras qui filment 24 heures sur 24 ses prés et ses enclos. "Ça me permet d’être plus serein mais je continue quand même un peu les rondes la nuit", rapporte-t-il.

"Si on avait des arrestations, des pistes, ce serait plus facile de passer à autre chose. Là, j’ai peur qu’ils essaient juste de se faire un peu oublier et que ça reparte", confie-t-il.

"On ne sait pas s’ils ont vraiment arrêté de s'en prendre à nos chevaux ou si ça s’est juste calmé parce qu'on en a énormément parlé. Ou peut-être qu’ils essaient simplement de nous endormir pour qu’on baisse notre garde…", se questionne Laure Hakim.

Car si le nombre de cas baisse, quelques cas sont toujours rapportés. Ce samedi matin, une jument en gestation a ainsi été retrouvée morte avec l'oreille gauche tranchée dans la commune de Sauvelade, dans les Pyrénées-Atlantiques.

Le Covid et le confinement, nouvelle source de stress

A ces interrogations s'ajoute un nouveau facteur d’angoisse: le reconfinement. Les récentes mesures imposant la fermeture des établissements recevant du public ainsi que la suspension des activités de sport et de loisirs, les centres équestres sont contraints de fermer boutique jusqu'au 1er décembre minimum. Aux attelages de Tro Coet, dans le Morbihan, l'inquiétude engendrée par les pertes financières à venir prend désormais le pas sur la peur des mutilations.

"Comment on va faire? On a eu la fermeture en mars-avril pendant le premier confinement, les mutilations tout l’été, et maintenant il faut encore baisser le rideau. C’est un nouveau coup de massue", se désole Eric Abrassart qui a retrouvé l'une de ses juments mutilée et tuée au début du mois de septembre.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV