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Carlton de Lille: "Jade" décrit la prostitution sans fard chez Dodo la saumure

"Jade", ancienne prostituée, a livré un témoignage bouleversant jeudi lors du procès du Carlton de Lille.

"Jade", ancienne prostituée, a livré un témoignage bouleversant jeudi lors du procès du Carlton de Lille. - Denis Charlet - AFP

Les débats autour des activités de Dominique Alderweireld, connu sous le surnom de "Dodo la Saumure", ont fait passer la cour du rire aux larmes jeudi lorsque "Jade", ancienne travailleuse, a levé le voile sur une réalité crue.

Dodo la Saumure, qui fête ses 66 ans, a fait rire la cour aux éclats jeudi, au quatrième jour d'audience du procès du Carlton de Lille. Le "souteneur" à la répartie claquante, veste de tweed fatiguée et chemise à carreaux col ouvert, s'est amusé face aux questions du président du tribunal, dodelinant sans cesse de la tête. Un président, Bernard Lemaire, qui lui non plus n'a pas manqué d'ironie et de mordant face au truculent personnage.

Dominique Alderweireld, de son vrai nom, a évoqué ses maisons closes en Belgique, décrivant de son air débonnaire et malin les travailleuses comme toutes "totalement indépendantes, sinon ça ferait de moi un proxénète! Si elles viennent chez moi, c'est par adhésion. Elles s'en vont quand elles veulent". Lui explique qu'il leur "loue" une chambre selon ses termes. "La fille me paye 40 euros après chaque rapport. Pour le reste, elles font ce qu'elles veulent, hein!"

Du rire aux larmes dans la salle d'audience

L'ambiance égrillarde est pourtant vite retombée lorsque "Jade" s'avance à la barre, pour la seconde fois en trois jours. Rapidement, la femme, d'âge mûr, éclate en sanglots. "La difficulté pour moi est que tout ce que je dis là est retranscrit dans la presse, et que ma maman lit les journaux", balbutie celle qui se fait appeler "Jade", son ancien nom de "travailleuse". Malgré la douleur, elle finit par entamer son récit devant la cour, stoïquement.

La réalité du quotidien de ces prostituées, loin de ce que l'expression "partie fines" laisse parfois imaginer, est apparue soudainement à la cour, crue et sans fard. Jade avait été installée dans une cave dans l'une des maisons closes de Dodo, "ça évitait la promiscuité". Au Club Madame, "il fallait une certaine variété pour les clients qui venaient faire leur marché". Le club était ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. "On dormait dans un sac de couchage, en tenue, et quand un client sonnait, on y allait. On leur était présentées comme de la viande, des petites, des grosses."

Une fois choisie, la prostituée devait se soumettre aux volontés du client, dans l'intimité de la "chambre", là où personne ne peut rien voir. "Alors parfois, on n'ose pas dire non", souffle-t-elle à la barre, en larmes. L'a-t-on déjà forcé à quelque chose? "C'est arrivé..."

Une telle misère crasse en huis clos, "avec des pressions pour faire toujours plus de passes", que lorsqu'on lui a proposé d'aller à Lille pour satisfaire des clients de l'hôtel Carlton, Jade a dit oui. "Le Carlton à côté, c'était une récréation, parce que les gens étaient plutôt gentils."

Le malaise de Dodo la Saumure

Dodo la Saumure, assis derrière elle dans le tribunal pendant cette déposition, s'agite sur son siège. Le public a cessé de rire depuis longtemps dans la salle d'audience. Jade aborde alors justement le comportement de son ancien patron. "C'est lui qui essayait les nouvelles filles." La procureur de la République s'étrangle. "Pardon?! Pour tester quels aspects de leur personnalité?" "Pas forcément leur QI", répond du tac au tac Jade.

Une version démentie quelques heures plus tard par Dodo, qui affirme avoir "pu avoir un rapport une fois ou deux" avec une des ces filles, "mais c'est tout." Reprise du procès vendredi.