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"C'est inadmissible": 4 ans après la mort de Clément Brisse, ses parents attendent toujours un procès

Le principal suspect dans la mort de Clément Brisse doit être jugé par la cour d'assises des mineurs de la Somme.

Le principal suspect dans la mort de Clément Brisse doit être jugé par la cour d'assises des mineurs de la Somme. - Alain Julien

Les parents de Clément Brisse, un adolescent de 16 ans découvert mort dans un étang à proximité de son lycée en 2017, attendent toujours le procès du meurtrier présumé de leur fils. Ce dernier est libre depuis février 2020.

C'était le 30 mars 2017. Le corps de Clément Brisse, un adolescent de 16 ans, interne au lycée professionnel Jean-Charles Peltier à Ham, dans la Somme, était découvert flottant dans un étang à proximité de l'établissement scolaire. La victime présentait alors deux plaies, l'une à l'abdomen et l'autre au cou. Mais près de quatre ans après les faits, malgré une instruction close en mai dernier et un renvoi ordonné devant la cour d'assises des mineurs de la Somme, le meurtrier présumé dans cette affaire n'a toujours pas été jugé.

"Mon fils a été assassiné en mars 2017, nous sommes en janvier 2021 et nous n'avons toujours pas de date pour un procès, s'insurge auprès de BFMTV.com Francis Brisse, le père de la victime. Pour le moment, ce n'est pas prévu pour ce semestre, ni même peut-être pour cette année. Ce n'est pas normal qu'on attende encore."

Un suspect renvoyé devant la justice

Clément Brisse était "un jeune homme calme, sans histoire". "Il ne sortait pas, il ne buvait pas, il ne se droguait pas", confie son père. Le lycéen était toutefois victime de harcèlement de la part de ses camarades. Victime de moqueries, forcé à absorber des médicaments ou encore à se faire tondre les cheveux, Clément Brisse ne s'était pas confié à ses parents. Au moment de son décès, la piste du suicide est un temps envisagée, avant d'être rapidement écartée, notamment en l'absence de couteau à proximité de son corps.

Les investigations de la section de recherches d'Amiens, qui ont fait de cette enquête une priorité à l'époque en affichant dans leurs locaux un portrait de Clément Brisse, orientent les soupçons vers Jérémy D., un jeune homme de 17 ans, camarade de classe de la victime. Il est, selon les témoignages des autres lycéens, le dernier à avoir été vu en compagnie de Clément Brisse. Il est également connu pour son goût prononcé pour les armes blanches. Mais surtout, du sang de la victime a été découvert sur l'une de ses chaussures. Le suspect est d'abord placé en garde à vue puis mis en examen en février 2018.

Son profil est qualifié d'inquiétant. Décrit comme très froid, il n'a jamais craqué devant les gendarmes. Jérémy D. a répondu à toutes les questions qu'on lui posait sans jamais varier de version, niant fermement les faits. Il avait alors été placé en détention provisoire. Mais en raison des délais imposés par la justice en matière de détention provisoire, il a été remis en liberté, sous contrôle judiciaire, en février 2020, au terme de son deuxième mandat de dépôt, qui n'a pu être renouvelé. Depuis près d'un an, il vit à quelques kilomètres des parents de Clément Brisse.

"Il a passé deux ans en prison et on nous annonce qu'il est libéré, ce n'est pas normal du tout, déplore Francis Brisse. Sur le fond, on ne comprend pas pourquoi il a pu sortir. C'est inadmissible."

"Avoir des réponses"

Pour l'avocat de la famille Brisse, l'instruction a trop duré. "Procéduralement, à partir du moment où c'est un mineur qui est mis en cause, il fallait mettre les bouchées doubles", estime Me Guillaume Demarcq, qui explique que ses clients "ont l'impression de ne pas être considérés par la justice". Outre le retard déjà accumulé dans les cours d'assises, l'épidémie de coronavirus n'a fait que rallonger les délais d'audiencement. Avec un meurtrier présumé qui comparaît libre, le dossier Brisse n'est plus prioritaire pour fixer une date de procès.

"Nous voulons qu'une date soit arrêtée, qu'il soit puni mais surtout qu'il apporte des réponses, insiste Francis Brisse. Aujourd'hui, nous ne connaissons pas le pourquoi du comment, nous aurons peut-être des réponses lorsque le procès aura lieu. C'est important pour que l'on puisse avancer."
https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV