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Bordeaux: le parquet retient la légitime défense pour le policier, après la mort d'un homme en 2007

Vue du tribunal de Pontoise.

Vue du tribunal de Pontoise. - MARTIN BUREAU / AFP

Le ministère public estime que le policier "a agi conformément aux règles". Il encourt 20 ans de réclusion.

L'avocat général de la cour d'assises de la Gironde a estimé vendredi qu'un policier accusé d'avoir tué un forcené non armé, en 2007 à Poitiers, avait agi en état de légitime défense.

Sans prononcer le mot acquittement, Pierre Nalbert a demandé à la cour de juger que le brigadier-chef Jocelyn Chauveau avait tiré sur le forcené pour protéger un collègue. "Il a agi conformément aux règles, disciplinairement [et] pénalement", a-t-il expliqué.

Un dossier vieux de 12 ans

L'avocat général avait d'emblée reconnu être "dans la situation paradoxale d'un représentant de l'accusation qui ne soutient pas l'accusation", dans un dossier vieux de 12 ans, qui a connu un parcours judiciaire à rebondissements et qui est jugé dans un contexte de défiance face à certains comportements des forces de l'ordre lors des manifestations des gilets jaunes.

Au coeur de ce dossier, la thèse de la légitime défense. Toujours défendue par le policier, la légitime défense avait été retenue par l'instruction à Poitiers en 2013, puis confirmée en appel l'année suivante. Mais en 2015, la Cour de cassation avait remis en cause cette décision, confié le dossier à la chambre de l'instruction de Bordeaux qui a renvoyé le policier pour violences avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

"Un bon flic est un flic mort"

Les faits remontent à l'été 2007, lors d'une opération visant à appréhender Olivier Massonnaud, 38 ans. En instance de divorce et en état d'ivresse, il se dispute violemment avec une compagne, en présence de ses deux enfants (10 et 11 ans) qu'il doit rendre à leur mère le lendemain.

Quand la police arrive, il est retranché dans un appartement, d'où il jette du mobilier par la fenêtre. Des policiers le voient avec un couteau en main et l'entendent les menacer. "Un bon flic est un flic mort", vocifère-t-il. 

Il s'échappe par les toits mais les forces de l'ordre le retrouvent dans une petite cour d'immeuble mal éclairée, caché derrière une voiture. Selon les policiers, l'homme surgit alors en hurlant et bras tendus vers l'un d'eux. Le brigadier-chef Chauveau lui crie "bouge pas, bouge pas" et tire au ventre. L'aorte est touchée.

"Abattu comme une bête"

Pour François Massonnaud, son fils Olivier a été "abattu comme une bête" alors qu'il faisait "une crise de désespoir". "Un problème médical relève d'un traitement, pas d'une balle", a dit le septuagénaire.

À la barre, ce fonctionnaire de 46 ans, toujours en service à Poitiers mais qui encourt 20 ans de réclusion, a assuré qu'il n'avait "pas eu le choix". "J'étais convaincu qu'il était en train de 'planter' mon collègue".

"Le sentiment général" cette nuit-là, ont expliqué des policiers à la barre, c'est que Jocelyn Chauveau "a sauvé la vie" de son collègue face à un "individu au comportement dangereux" potentiellement armé.

Avec AFP