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Bas-Rhin: ce que l'on sait de la profanation des 107 tombes dans le cimetière juif de Westhoffen

Des inscriptions antisémites ont été découvertes mardi sur 107 tombes du cimetière juif de Westhoffen, non loin de Strasbourg, semant la "consternation" en Alsace, région récemment marquée par plusieurs actes similaires.

"C'est la consternation, c'est le choc." Dans le cimetière juif de Westhoffen qui regroupe près de 700 tombes, plus d’une centaine ont été profanées ce mardi après-midi. Le président du Consistoire israélite du Bas-Rhin, Maurice Dahan, et beaucoup d’autres personnalités publiques se sont insurgées contre ces agissements alors que l'Alsace est confrontée, depuis plusieurs mois, à une recrudescence de graffitis et dégradations à caractère antisémite et raciste. Voici ce que l'on sait de ce nouvel acte antisémite.

  • Des "inscriptions antisémites" ont été retrouvées sur 107 tombes

Des "inscriptions antisémites" ont été retrouvées ce mardi sur 107 tombes du cimetière juif de Westhoffen, non loin de Strasbourg, ont indiqué la préfecture et le Consistoire israélite du Bas-Rhin. Il s’agit essentiellement de "croix gammées" et du chiffre "14" qui ferait référence à un slogan suprémaciste blanc composé de 14 mots, selon les Dernières nouvelles d’Alsace.

Le préfet du Bas-Rhin, Jean-Luc Marx, "condamne avec la plus grande fermeté ces actes antisémites odieux qui frappent une nouvelle fois le Bas-Rhin et exprime son soutien le plus total à la communauté juive", indique le communiqué.

Parmi les personnes affectées par ces agissements, Jean-Louis Debré: toute la famille de l'ancien président du Conseil constitutionnel est enterrée dans ce cimetière, rapporte France Bleu Alsace. Plusieurs tombes de la famille de l'ancien président du Conseil Léon Blum sont également présentes, selon la radio.

Jean-Louis Debré a exprimé sa "colère devant ces gestes ignobles, scandaleux et révoltants. Il n'y a pas de nom pour qualifier ce qu'ont fait ces personnes. C'est une insulte à la mémoire, une insulte à ces femmes et à ces hommes qui ont honoré la France et sont enterrés à Westhoffen", a-t-il déclaré à la station.

Une enquête préliminaire a été ouverte mardi et a été "confiée à une cellule spécialisée" de la gendarmerie "qui mène des investigations", a indiqué à le parquet de Saverne. Pour l'heure, les auteurs n'ont pas encore été identifiés.

  • Des tags antisémites ont déjà retrouvés plus tôt à une vingtaine de kilomètres de là

Cette profanation n’est pas la seule dégradation constatée mardi dans le Bas-Rhin. Plus tôt dans la journée, des tags antisémites ont été découverts sur les murs de la mairie et de la synagogue de Schaffhouse-sur-Zorn, à une vingtaine de kilomètres de Westhoffen. Selon la préfecture, ces inscriptions annonçaient celles qui ont par la suite été retrouvées sur les tombes du cimetière d Westhoffen.

Elles ont été effacées par des agents de la commune, a précisé le maire Jean Hentz aux Dernières Nouvelles d'Alsace. "On ne pouvait pas laisser toute cela comme ça. Il fallait les enlever au plus vite."

Par ailleurs, d'autres tags antisémites découverts le 26 novembre sur les murs de la mairie-école de Rohr, à une quinzaine de kilomètres de cette commune, semblaient également annoncer la profanation de mardi. Maurice Dahan a fait savoir qu’il était inscrit: "Cim juif Westhoffen", ainsi que les lettres "EWK", en référence à "European white knights of the Ku klux klan", une organisation suprémaciste blanche fondée aux Etats-Unis en 1865.

  • Le Bas-Rhin fait face à de nombreux actes antisémites ces derniers mois

D’après le parquet de Saverne, cette nouvelle profanation s'inscrit dans un "phénomène sériel", avec plusieurs actes similaires perpétrés les semaines précédentes dans des villages du secteur. Face à cette situation, les conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont même mis en place un réseau de "veilleurs de mémoire", pour veiller sur les cimetières juifs, rappelle Les Dernières nouvelles d'Alsace.

Mi-avril, des tags racistes et antisémites ont été découverts sur les murs de la mairie de Dieffenthal. Quelques jours plus tard, des croix gammées et des insultes ont été taguées sur la façade de la maison d'une élue à Schiltigheim, près de Strasbourg. Des écrits à caractère antisémite ont également été découverts début mars devant une école de Strasbourg et des croix gammées sur les murs d'une ancienne synagogue à Mommenheim. Des mairies et permanences d'élus ont aussi été la cible de dégradations.

Le 19 février, 96 des 245 tombes du cimetière juif de Quatzenheim ont été souillées de croix gammées. Le 11 décembre 2018, 37 stèles ainsi que le monument des martyrs de la Shoah du cimetière juif d'Herrlisheim ont été couvertes de graffitis antisémites.

"Il ne se passe plus un jour où notre département du Bas-Rhin n’est pas visé par un acte antisémite, raciste ou xénophobe", commente auprès des DNA Eric Elkouby, conseiller départemental PS. "On ne se laisse pas abattre, on ne se résigne pas à quoi que ce soit (...) On ne laissera pas la place à ces gens-là, on sait qui ils sont sur le plan de la pensée", a réagi pour sa part Maurice Dahan.

"L'antisémitisme est un crime et nous le combattrons à Westhoffen comme partout, jusqu'à ce que nos morts puissent dormir en paix, a rétorqué le président Emmanuel Macron. Les Juifs sont et font la France. Ceux qui s'attaquent à eux, jusque dans leurs tombes, ne sont pas dignes de l'idée que nous avons de la France."
Ambre Lepoivre avec AFP