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Police-Justice

Attaque au marteau devant Notre-Dame: l'itinéraire déroutant de Farid Ikken, multidiplômé et jugé pour terrorisme

Les forces de l'ordre devant l'église de Notre-Dame de Paris, après l'attaque le 6 juin 2017.

Les forces de l'ordre devant l'église de Notre-Dame de Paris, après l'attaque le 6 juin 2017. - Bertrand GUAY / AFP

Farid Ikken, qui comparaît devant la cour d’assises spécialement composée pour l'attaque d'un policier sur le parvis de Notre-Dame en juin 2017 est un accusé surdiplomé, notamment en traduction et journalisme.

Farid Ikken, un Algérien de 43 ans, comparaît ce lundi devant la cour d’assises spécialement composée pour "tentatives d'assassinats terroristes sur personnes dépositaires de l'autorité publique" et "participation à une association de malfaiteurs terroriste". Détenteur d'une licence en traduction à Alger et d'un master de journalisme à Stockholm, cet homme jugé pour une tentative d’assassinat terroriste à Paris présente un profil atypique.

Il est accusé d’avoir attaqué au marteau un policier sur le parvis de Notre-Dame de Paris, en juin 2017. Pendant deux jours, la cour va tenter de comprendre comme l’étudiant surdiplômé "fervent défenseur de la démocratie occidentale" est devenu ce "moudjahidin" prêt à attaquer des policiers "pour la Syria."

Thésard en Info-Com

Penser que chaque accusé qui défile dans le box de la cour d’assises spécialement composée est comparable au précédent est une fausse piste que vient confirmer le cursus scolaire de Farid Ikken. Originaire d’Akbou en Algérie, Farid Ikken a très vite quitté sa Kabylie natale pour poursuivre des études de traduction et interprétariat à l’université d’Alger. En 2018, il s’envole pour la Suède en 2008, où il obtient un master de journalisme à l’université Uppsala de Stockholm.

L’étudiant ne quitte pas encore les bancs des facultés européennes et rejoint Metz, où il poursuit une thèse sur “le traitement médiatique des élections nationales dans les trois pays du Maghreb et le regard croisé entre ces pays”. Son directeur de thèse, Arnaud Mercier, professeur à Paris II, le présente aux enquêteurs comme quelqu’un "d’ouvert et d’intelligent":

“Farid incarne l’opposé de la violence (...) C’est tellement incompréhensible. Cette attitude est diamétralement opposée aux idéaux que je lui connais.”

Comment expliquer qu’un homme passionné par le soulèvement populaire des printemps arabes se tourne ensuite vers l’islam radical? Sans doute faut-il d’abord lire entre les lignes de ses années universitaires, moins lisses qu’il n’y paraisse. Farid Ikken était, lors de l’attaque, dans sa quatrième année de thèse et ses professeurs doutaient de ses capacités à arriver au bout. L’accusé a travaillé comme traducteur, était journaliste dans un quotidien national algérien, mais n’a pas accédé à la condition professionnelle qu’il espérait à 40 ans. Lors de l’enquête, l’un de ses collègues de l’université de Lorraine a ainsi lié son acte à "l’absence de perspectives professionnelles."

Isolement et tendance dépressive

Benjamin d’une fratrie de 12 enfants, Farid Ikken apparaît comme un homme particulièrement isolé. Ses deux parents sont morts et tous ses frères et soeur - à l’exception de l’un qui vit à Nantes -, vivent en Algérie. Il s’est marié en 2004 avec une Suédoise de laquelle il a divorcé deux ans plus tard.

À Paris, il est décrit comme quelqu’un de "solitaire" qui vit dans une "certaine détresse sociale", ayant une "tendance dépressive".

Les experts psychologiques et psychiatriques avec lesquels il s’est entretenus depuis son arrestation n’ont toutefois pas noté de déséquilibre psychologique ou de quelconque trouble psychique.

Placé à l’isolement depuis son interpellation, Farid Ikken reconnaît avoir attaqué des fonctionnaires de police, mais nie une intention de tuer. Il affirme s’être tourné vers la religion dès 2011 et avoir eu une pratique "plutôt dure" de l’islam moins d’un an avant son passage à l’acte. Devant ses différents interlocuteurs, il a toujours refusé de se qualifier de terroriste, se présentant tantôt comme un jihadiste, tantôt comme un résistant qui a agi pour montrer à l’opinion "la violence inouïe" de l’armée française en zone irako-syrienne. Aux yeux de Ghilas Aïnouche, dessinateur algérien avec lequel il a collaboré, son acte est un immense "gâchis".

Esther Paolini Journaliste BFMTV