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Après sept ans de cavale, un braqueur repenti face à la justice 

Fiche d'avis de recherche de David Gras, diffusé par Europol, l'office européen de police.

Fiche d'avis de recherche de David Gras, diffusé par Europol, l'office européen de police. - Interpol

Présenté comme l'un des criminels les plus recherchés d'Europe par Interpol, David Gras s'est rendu aux autorités en 2018. Il est jugé aux assises du Nord pour une série de braquages armés qui avait fait un mort en 2011.

Interpol avait diffusé sa fiche avec celle de Salah Abdeslam, le présentant comme l’un des criminels les plus recherchés d’Europe. David Gras est jugé ce vendredi à la cour d’Assises du Nord pour plusieurs braquages armés en 2011, dont l’un a coûté la vie à un employé d’une entreprise de transports de fonds. Après sept ans de cavale, l’homme s’était rendu en août 2018. Il se dit prêt aujourd’hui à s’expliquer devant la justice.

Plus de 10 millions d'euros dérobés

Huit années se sont écoulées depuis que l’accusé a participé avec 19 autres braqueurs à une série d’attaques de fourgons blindés et de centre-fort. Durant l’année 2011, trois projets sont avortés dans le Nord, le Val-d’Oise et le Puy-de-Dôme avant un premier passage à l’acte réussi à Villers-Semeuse dans les Ardennes, durant lequel 1,6 million d’euros sont dérobés dans un dépôt de fonds de la société Loomis.

Sur sa lancée, le gang s’attaque au centre-fort de l’entreprise Temis à Orly, avec un butin de 8,5 millions d’euros. Mais un salarié de 54 ans, Giuseppe Di Carlo, est tué par le souffle des explosifs. “Ce n’était évidemment pas ce qui était prévu”, déclare à BFMTV.com l’avocat du braqueur, Jérôme Goudard.

Cet imprévu pousse son client à prendre la fuite. Ses acolytes, dont le cerveau présumé Serge Veron un ancien parachutiste, sont ensuite appréhendés, puis jugés en 2016. David Gras est condamné par contumace à 25 ans de réclusion criminelle.

Religion orthodoxe

Recherché dans toute l’Europe, il aurait pu se cacher dans une planque le reste de sa vie, ne jamais revenir. Pourtant en août dernier, celui qu’on a présenté comme un skinhead, bien que son avocat assure qu’il n’a jamais eu d'engagement politique, se livre aux autorités. Il se rend à la même cour d’Assises devant laquelle il est jugé ce vendredi, à Douai.

Qu’est-ce qui l’a poussé à la reddition? “Un long cheminement intellectuel”, nous répond son avocat. À l’aube de ses cinquante ans, David Gras n’est plus tout à fait l’homme tatoué que le milieu du banditisme avait surnommé “Yeux bleus”. Depuis, l’ancien voyou a découvert la religion orthodoxe et fait “le choix de la transparence”, indique sa défense.

Déconstruire le mythe

Il veut donc livrer sa version des braquages et de ses années en fuite à la cour mais aussi à la veuve et les enfants de Giuseppe Di Carlo, partie civile au procès. Sur le banc de la défense, une autre oreille sera attentive, celle de sa fille, tout juste majeure et avec laquelle il espère “reconstruire une relation”.

Tout en reconnaissant ses erreurs passées, l’ancien braqueur entend déconstruire “le mythe” fabriqué autour de son nom. Il prétend ne pas avoir eu de rôle principal durant les attaques. “Ses années de cavale lui ont créé une légende, mais c’est un marginal”, estime son avocat. David Gras encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Esther Paolini