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Affaire Sophie Le Tan: le profil inquiétant de Jean-Marc Reiser

Jean-Marc Reiser, dont l'appartement de Schiltigheim près de Strasbourg recelait des traces du sang de Sophie Le Tan, est mis en examen pour l'assassinat présumé de la jeune femme disparue. Son passé judiciaire et le témoignage de ses voisins dressent un portrait glaçant de cet homme de 58 ans.

La personnalité de Jean-Marc Reiser concentre désormais une bonne partie du travail des enquêteurs qui craignent à présent d'avoir identifié un tueur en série. C'est chez cet homme de 58 ans, à Schiltigheim près de Strasbourg, que des traces du sang de Sophie Le Tan, l'étudiante de 20 ans portée disparue depuis le 7 septembre alors qu'elle allait visiter un appartement, ont été retrouvées. Il est, depuis lundi soir, mis en examen pour l'enlèvement, la séquestration et l'assassinat de la jeune femme. Jeudi, on apprenait par ailleurs que les investigations avaient permis de trouver un second ADN de femme entre les murs de son logement. Les enquêteurs se sont donc lancés dans le réexamen des dossiers des jeunes filles s'étant volatilisées au profil correspondant à celui de Sophie Le Tan. 

1987, 1995, 1996: Un itinéraire troublant 

Et l'inquiétude croît à mesure que son histoire personnelle se révèle, et ce, bien malgré lui car Jean-Marc Reiser garde le silence. Ce dernier a été acquitté en 2001 par la Cour d'assises du Rhin au bénéfice du doute dans une affaire aux échos désagréablement semblables à celle qui occupe aujourd'hui les policiers. En 1987, Françoise Hohmann, une représentante en aspirateurs de 23 ans disparaît au cours d'une prospection dans la barre d'immeuble où Jean-Marc Reiser vit alors. Les témoignages mettent en évidence que la trace de la jeune fille se perd après qu'elle a frappé à la porte de celui-ci: en effet, les voisins du dessus l'ont vue, ceux du dessous jamais. Dans un premier temps, la découverte de la voiture de la représentante près de la gare et le récit de sa compagne de l'époque, censément avec lui au moment des faits, le disculpant écarte de lui les soupçons. 

Mais sa défense s'effondre plus tard, lorsque sa petite amie se rétracte, l'accusant de l'avoir forcée à faire un faux témoignage, et qu'il se voit impliqué dans deux affaires de viol en 1995 et 1996. Enfin, comme son ancien avocat maître Eric Braun l'a rappelé à notre antenne, un contrôle de douaniers met au jour la présence d'un produit anesthésiant, d'armes et des photos de jeunes femmes endormies, ou inconscientes dans son véhicule. Mais le défaut d'éléments matériels empêche sa condamnation. Valérie Gletty, qui représentait la famille de François Hohmann, s'est souvenue de ses impressions devant nos caméras: "Ce qui m’a marquée, c’est déjà la personnalité de monsieur Reiser, très froid, déterminé. C’est un individu assez impressionnant et intelligent."

Hors-norme 

Toutefois, il écope ultérieurement de 15 ans de prison en 2003 pour les deux viols dont il était soupçonné depuis le milieu des années 1990. C'est à ce moment-là que maître Isabelle Steyer, qui défendait l'une de ses victimes, a pu le voir évoluer:

"C’est un personnage hors-norme dans son mode de pensée, dans sa façon de réagir, que je n’avais jamais vu. Donc, c’est dire à quel point il est singulier. Il est dans la toute-puissance, pervers narcissique. C’est en tout cas ce qu’à l’époque j’avais pensé."

Sa sortie de prison remonte à six ans. Mais ses voisins de Schiltigheim, qui souhaitent qu'une cellule de soutien psychologique à leur destination soit créée, n'ont jamais pu s'accommoder de son comportement. Témoignant auprès de nos équipes, ils ont évoqué un homme "très inquiétant, froid et glacial". En outre, Jean-Marc Reiser venait parfois sonner chez eux au nom d'étonnants motifs, comme s'assurer que ses voisins avaient bien internet ou une télévision. Faisait-il des repérages pour savoir quelles étaient les femmes vivant seules? La question circule dans l'immeuble à la lumière de l'enquête déclenchée. 

Une autre affaire au mois de juin? 

Une voisine a retracé encore une autre situation troublante. Elle dit avoir recueilli en juin dernier une jeune femme en pleurs au sortir du domicile de Jean-Marc Reiser. Probablement d'origine étrangère d'après ce témoignage, elle a rencontré celui-ci aux Restos du Cœur peu auparavant et a passé les derniers jours dans son appartement. A l'évidence, le séjour s'est mal terminé. Elle décide ensuite d'aller chercher ses dernières affaires entreposées chez Jean-Marc Reiser.

Elle n'a plus donné signe de vie depuis lors. Elle a même laissé ses papiers d'identité et quelques effets personnels au domicile de cette voisine où elle avait trouvé refuge. 

Robin Verner, avec Cécile Ollivier