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Affaire Michel Zecler: cinq mois après, où en est l'enquête?

Capture d'écran datant du 27 novembre 2020 d'une vidéo AFP avec les images de caméras de télésurveillance montrant le passage à tabac de Michel Zecler par des policiers à Paris

Capture d'écran datant du 27 novembre 2020 d'une vidéo AFP avec les images de caméras de télésurveillance montrant le passage à tabac de Michel Zecler par des policiers à Paris - - / Michel Zecler / GS Group © 2019 AFP

Le producteur de musique passé à tabac par la police, à Paris en novembre dernier, s'exprime ce mercredi sur BFMTV. L'occasion de faire le point sur l'enquête, dans laquelle quatre policiers ont été mis en examen.

Le 21 novembre, le producteur de musique Michel Zecler est roué de coups par des membres des forces de l’ordre dans son studio d’enregistrement parisien. La scène filmée par les caméras de vidéosurveillance est ensuite dévoilée par le média en ligne Loopsider, suscitant une vague d’indignation, dans un contexte de débat sur les violences policières.

Quatre policiers mis en examen

Depuis, le quarantenaire tente de se reconstruire, après de longs mois de rééducation.

"Je vais bien", témoigne-t-il sur BFMTV. "J'ai presque fini la rééducation de mon bras. Mais l'aspect psychique est un peu plus compliqué, je me fais accompagner là-dessus." Et d’ajouter: "Je relativise beaucoup, je suis quelqu'un de positif."

Il n’a été entendu qu’une seule fois par les juges, le 18 décembre. Pour autant, l’enquête progresse. À la suite de la diffusion des images, une information judiciaire est ouverte par le parquet de Paris et confiée à deux juges d’instruction. Dès le 30 novembre, quatre policiers sont mis en examen.

Trois d’entre eux, âgés de 23, 31 et 44 ans sont accusés d’avoir tabassé le producteur et sont mis en examen pour "violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique (PDAP)", avec plusieurs circonstances aggravantes dont celle de racisme et pour "faux en écriture publique par PDAP".

Interdiction d’exercer

Deux sont placés en détention provisoire à partir de la fin du mois de novembre, une décision très rare pour des membres des forces de l’ordre. Ils sont finalement relâchés, après avoir été interrogés à deux reprises par les magistrats instructeurs. Ils sont en revanche soumis à un contrôle judiciaire strict: les mis en cause ont l’interdiction d’entrer en relation avec Michel Zecler, de porter une arme, d’exercer leur profession, de paraître dans le 17ème arrondissement (où s’est déroulée l’agression) et doivent payer une caution de 5000 euros chacun.

Le quatrième policier mis en cause est un gardien de la paix de 35 ans, soupçonné d’avoir jeté une grenade lacrymogène dans le studio de musique, a quant à lui été mis en examen principalement pour "violences volontaires par PDAP" et placé sous contrôle judiciaire.

La sois-disant "virulence" de Zecler

Devant l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), les trois premiers fonctionnaires, qui présentent "des bons voire très bons états de service" selon le procureur, ont tous admis avoir porté des coups à la victime qui n'étaient pas justifiés. Néanmoins, ils contestent tout lynchage gratuit ou motivé par une haine raciale.

En garde à vue, ils expliquent ensuite les nombreux coups - de poings, de pieds et de matraque - infligés à la victime par la "peur" et la "panique" qu'ils auraient ressentis face à son absence de coopération à se laisser interpeller et à la configuration exiguë du sas du studio (4 mètres carrés). Ils évoquent une attitude "virulente" de la part de la victime.

De même, ils contestent avoir menti sur leur procès-verbal d'interpellation, document dans lequel ils prétendaient que Michel Zecler les avait frappés et avait tenté de s'emparer d'une arme. La vidéo de surveillance du studio, révélée par le média Loopsider, semble pourtant contredire ces différents points.

Un montage raillant la mort de George Floyd

La semaine dernière, l’émission Envoyé Spécial a révélé que le portable de l’un des mis en cause contenait un message moquant la mort de George Floyd, cet Afro-américain étouffé par le genou d'un policier lors d'une interpellation. Une information depuis confirmée à BFMTV par une source proche du dossier.

"Quand tu dégonfles ton matelas en fin de soirée" peut-on lire sur le montage diffusé dans un groupe de discussion privé en mai 2020.

Au mois d'août, le même policier échange des messages avec une proche au sujet des "violences" auxquelles il est confronté. "Je suis dégoûté que tous ces bâtards soient acceptés en France et que l'on (fasse) rien", répond-il. Et, alors que son interlocutrice lui "interdit de devenir raciste", il ajoute:

"Ben c'est pas du racisme mais tous les bâtards qui foutent la merde ce sont tous les mêmes."

Interrogé sur ces nouveaux éléments par BFMTV, Michel Zecler, qui assure que des propos racistes ont été proférés lors de son agression a rappelé qu’il n’était "pas enquêteur". "Tout ce que je peux dire, c'est que ça ne m'a pas surpris de voir ce genre de messages, de voir comment ces policiers s'exprimaient entre eux."

Par Sarah-Lou Cohen avec E.P