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Affaire de la "chemise arrachée": 5 salariés d'Air France devant la justice

L'image du DRH fuyant avec la chemise déchirée avait fait le tour du monde: cinq salariés d'Air France sont jugés vendredi pour des violences à l'encontre de deux cadres de la société. Ils encourent jusqu'à 3 ans de prison et 45.000 euros d'amende. Un rassemblement de soutien aux salariés est prévu à l'extérieur du tribunal.

Il s'annonce comme le procès le plus retentissant de l'année en matière sociale. Cinq salariés d'Air France et adhérents à la CGT comparaissent vendredi pour leur participation présumée à l'épisode de la "chemise arrachée" du DRH devant le tribunal de Bobigny où se tiendra un rassemblement de soutien, dans un contexte social explosif marqué par la radicalisation du premier syndicat français.

Au total, 16 salariés sont convoqués devant le tribunal correctionnel: 5 pour "violences en réunion" et 11 pour "dégradations en réunion", en l'espèce d'avoir forcé le portail d'accès lors de la manifestation du 5 octobre qui faisait suite à l'annonce d'une restructuration menaçant jusqu'à 2.900 emplois. Ce jour-là, la situation avait dégénéré quand des manifestants avaient envahi le comité central d'entreprise au siège d'Air France, partie civile au procès, sur le site de l'aéroport de Roissy.

7 personnes avaient été molestées

Sept personnes avaient été molestées. Parmi elles, un vigile avait brièvement perdu connaissance. "On parle beaucoup des prévenus, des centaines de personnes viendront les soutenir, mais combien parmi elles pour soutenir mon client, qui est aussi un salarié? Aucune", a réagi Me Fanny Colin auprès de l'AFP.

L'avocate défend le responsable de la sécurité incendie du site, "agressé par quatre hommes au moment où il tentait d'endiguer le flot des manifestants". "Il ne peut pas entendre qu'on ait voulu prendre la défense des salariés en s'attaquant à un autre salarié qui était là pour la protection de tous", a ajouté Me Colin, selon qui "on sous-estime la violence qu'il y a eu: en 19 ans d'exercice, mon client n'avait jamais vu un tel déchaînement de violence et de haine".

Des images qui avaient fait le tour du monde

Sous les cris de "à poil, à poil" et "démission", le directeur des ressources humaines, Xavier Broseta, s'était retrouvé torse nu, chemise en lambeaux, avant de s'échapper en escaladant un grillage. Pierre Plissonnier, responsable de l'activité long courrier à Air France, avait été également malmené.

"Inacceptables", "scandaleux", "irresponsables": les images de la chemise arrachée du DRH fuyant devant des manifestants en colère avaient fait le tour du monde et donné lieu à de nombreuses condamnations politiques, patronales et syndicales.

En retour, la déclaration du Premier ministre Manuel Valls qualifiant de "voyous" les fauteurs de troubles avait choqué une partie du monde salarié et suscité un débat sur la légitimité du recours à la violence physique face à la "violence" d'un plan social.

800 manifestants attendus

Vendredi, une large intersyndicale rassemblant des syndicats de pilotes, d'hôtesses et stewards ainsi que de personnels au sol appelle à se rassembler devant le tribunal de Bobigny dès le début de l'audience correctionnelle à 9 heures. L'intersyndicale revendique "l'arrêt des poursuites judiciaires" et le "retrait des procédures de sanction à l'encontre des salariés Sol et Pilotes".

Elle demande aussi que le ministère du Travail valide l'avis de l'inspectrice du travail, qui avait annulé le licenciement d'un délégué du personnel CGT. La ministre doit se prononcer d'ici le 3 juin, d'après la CGT.

Pour marquer le coup, les syndicats CGT, FO, ainsi que SUD-aérien et Alter, appellent à cesser le travail à Air France vendredi.

"Gros dispositif" policier

Très attendu, le procès se tiendra alors qu'après deux mois et demi de manifestations contre la loi Travail sans en obtenir le retrait, la CGT s'est engagée dans un bras de fer avec l'exécutif. La centrale de Philippe Martinez a choisi de durcir ses actions, en bloquant notamment raffineries et dépôts de carburants et en appelant à "une généralisation de la grève partout, dans tous les secteurs".

Pour prévenir toute violence, un "gros dispositif" policier sera mis en place autour du palais de justice de Bobigny dont le parvis restera inaccessible aux manifestants, a indiqué à l'AFP une source policière, qui table sur la présence d'environ 800 manifestants mais ne s'attend pas à voir affluer des "casseurs".

Le jugement sera mis en délibéré. Les prévenus poursuivis pour "violences" encourent jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende.

V.R. avec AFP