BFMTV

Affaire Bygmalion: la défense de Sarkozy contredite par un expert

La filiale de Bygmalion n'aurait pas gonflé ses prestations.

La filiale de Bygmalion n'aurait pas gonflé ses prestations. - Joel Saget - AFP

Des experts financiers, mandatés par le juge en charge de l'enquête sur l'affaire Bygmalion, estiment que la société d'événementiel n'a pas surfacturé l'organisation des meetings de campagne du candidat Sarkozy.

C'est pourtant le point de départ de l'affaire dite Bygmalion mais d'après une expertise financière, commandée par le juge d'instruction Serge Tournaire, la société d'événementiel ne s'est pas enrichie en surfacturant les meetings qu'elle organisait pour la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Un argument qui compose pourtant la défense de l'ancien chef de l'Etat pour expliquer le dépassement de ses dépenses de campagne.

Daté du 18 avril, ce rapport doit permettre d'éclairer les juges dans leur enquête sur ce système présumé de fausses factures qui aurait permis d'imputer à l'UMP quelque 18,5 millions d'euros de dépenses de meeting du candidat de parti pour la présidentielle. Une somme qui aurait pourtant du figurer sur les comptes de campagnes. Dans ce dossier, 14 personnes ont été mises en examen dont Nicolas Sarkozy en février dernier.

Un taux de marge justifié

Dans un premier temps, cette expertise devait comparer la marge réalisée par Event and Cie, filiale de Bygmalion, et les prix facturés par ses sous-traitants. Sur les 13,6 millions de dépenses déclarées, 12,9 millions ont été retrouvés dans les factures mises sous scellés. Mais surtout, Event and Cie réalisait un taux de marge sur ses coûts externes de 25,5%, contre une moyenne de 26% chez huit autres agences de communication.

Alors le gonflement des prix a-t-il été réalisé par les principaux sous-traitants de la filiale de Bygmalion? Sur cette question, les experts sont moins certains car "un contrôle sur pièce ne permet pas, ou (...) qu'imparfaitement, de s'assurer de la réalité des prestations fournies". Pour la première société, Leni, le rapport met en évidence "des écarts de prix défavorables à Event and Cie par rapport" à d'autres clients.

Quand cette société facture 3,1 millions d'euros pendant la campagne de Nicolas Sarkozy à la filiale de Bygmalion, elle émet des devis à hauteur de 183.000 euros pour des vidéoprojecteurs ou 59.000 euros pour "les autres matériels". Pour deux autres entreprises, Match Event et Cote Jardin, l'expert estime qu'Event and Cie aurait pu obtenir des meilleures conditions de remise. Des sommes allant jusqu'à 299.000 euros pour une facture de 3,4 millions d'euros et entre 45 et 89.000 euros sur 1,2 million d'euros facturés dans un second cas.

Rancoeur et deux thèses qui s'affrontent

"Ça ne renverse pas la table", constate un avocat d'un des mis en examen de la campagne, sous couvert d'anonymat. "Mais, ajoute-t-il, l'expertise met quand même le curseur sur une question, celle de la réalité des prestations." Car dans cette affaire Bygmalion, deux thèses s'opposent: celle des responsables de la société d'événementiel et celle des responsables de la campagne de Nicolas Sarkozy. Le tout sous fond de rancoeur politique.

Pour les premiers, dont Guy Alvès, Franck Attal et Sébastien Borivent, un système de fausses factures a bien été mis en place, mais à la demande de l'UMP, afin de ventiler les quelques 18,5 millions d'euros qui auraient fait exploser les comptes de campagne du candidat Sarkozy. Ce dernier est d'ailleurs en première ligne pour défendre le fait que si fraude il y a eu, elle a été organisée par les responsables de Bygmalion, qui ne sont autre que des proches de... Jean-François Copé.

J.C. avec AFP