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Accusations d'inceste contre Olivier Duhamel: le directeur de Sciences Po avait été alerté

Le politologue Olivier Duhamel, à Paris, le 19 mai 2016.

Le politologue Olivier Duhamel, à Paris, le 19 mai 2016. - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP

D'après Le Monde, le directeur de Sciences Po Frédéric Mion a été informé des accusations d'inceste contre le politologue en 2019 par l'ex-ministre Aurélie Filippetti, également professeur dans l'institution.

Depuis les révélations des accusations d'inceste à l'encontre du politologue Olivier Duhamel, également président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), une question est sur toutes les lèvres: qui savait? Selon des informations du Monde, le directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, en avait été informé dès 2019. Ce qui ne l'a pas empêché de mettre Olivier Duhamel à l'honneur en le sélectionnant pour prononcer la leçon inaugurale de l'institution en septembre dernier.

L'alerte d'Aurélie Filippetti

D'après l'enquête du Monde, Frédéric Mion, à la tête de Sciences Po depuis 2013, a été mis au courant des abus sexuels qu'aurait commis Olivier Duhamel sur son beau-fils par l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti, également enseignante à Sciences Po Paris.

Cette dernière avait au préalable contacté un avocat pénaliste qui lui avait confirmé que les faits étaient prescrits. Elle a toutefois tenu à prévenir le directeur de l'institution, qui aurait alors déclaré qu'il ne pouvait pas "ne pas faire quelque chose". Il n'a pourtant rien fait.

Un "manque de discernement"

Concernant le contenu de La Familia grande (Editions du Seuil), le livre dans lequel Camille Kouchner raconte que son frère jumeau "Victor" lui a révélé quand ils étaient âgés de 14 ans subir des attouchements de leur beau-père, le directeur de Sciences Po s'est déclaré lundi "sous le choc". Dans un communiqué publié mardi, la direction de l'école affirme, contrairement aux informations de nos confrères:

"C’est avec stupeur que nous avons pris connaissance, par des articles de presse, des faits très graves reprochés à l’ancien président de la Fondation nationale des sciences politiques, Olivier Duhamel."

Frédéric Mion a depuis reconnu auprès du Monde ne "pas (avoir) réagi après avoir été contacté par cette enseignante", avouant: "Je n’ai pas percuté. Je n’ai pas entendu ce que cette personne cherchait à me dire."

"J’ai été inconséquent et j’ai manqué de discernement. Je suis prêt à l’entendre et à en subir les conséquences", a-t-il ajouté.

Des appels à la démission

Du côté des associations étudiantes, la pilule est amère. Dans un communiqué diffusé dans la matinée, l'Union nationale inter-universitaire (UNI) exige que la "lumière soit faite rapidement sur les véritables connaissances et implications des différents responsables de notre institution". Pour l'Union nationale des étudiants de France (Unef) et l'association Nova, la seule conséquence possible est la démission de Frédéric Mion:

"Nous vivons cette révélation comme une trahison", s'indigne le premier, alors que la seconde appelle à "l'exemplarité" et dénonce "un silence (qui) ne doit plus, ne peut plus faire sa loi, insidieuse, abjecte et destructrice."
Esther Paolini Journaliste BFMTV