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Accident de Brétigny: des témoins influencés par la direction de la SNCF?

D'après les informations du Canard enchaîné, la direction de la SNCF aurait dicté le témoignage de ses salariés entendus par la justice dans le cadre de l'enquête sur le déraillement d'un train à Brétigny en 2013. L'entreprise se refuse à tout commentaire.

Il y aurait la version officielle et la version officieuse expliquant la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge. D'après le Canard Enchaîné, "la SNCF a tout fait pour manipuler l'enquête conduite" après le déraillement d'un Paris-Limoges qui avait coûté la vie à sept personnes en juillet 2013. Comment l'entreprise aurait procédé? En préparant et en dictant aux salariés interrogés par la justice ce qu'ils peuvent ou ne peuvent pas dire.

Les trois juges d'instruction en charge du dossier, selon l'hebdomadaire satirique, se sont rendus compte que la direction de la SNCF les bernait après avoir placé sur écoute les collaborateurs de Guillaume Pepy, le patron de l'entreprise. Au travers de ces conversations enregistrées, il en ressort que les témoins étaient "briefés" par le service juridique.

"Faut tous les foutre dehors"

Le cas le plus représentatif étant peut-être celui d'un cadre, Christophe Bolhy. Face aux juges, il acceptera volontiers de répondre ne pas savoir si les travaux de vérifications des lignes sont correctement effectués dans le secteur de Brétigny. En privé, le discours est tout autre: "Brétigny, c'est des crevards. Faut tous les foutres dehors!" Comprenez: les cheminots.

L'histoire se répète s'agissant la "traversée-jonction", la pièce faisant le lien entre deux voies et suspectée d'être à l'origine du déraillement. Lors de son audition, un cadre de l'entreprise expliquera qu'elle était "en dehors des normes". Etonnant pour une pièce qu'il décriera comme "pourrie" lors d'une conversation téléphonique avec un supérieur.

Briefing et débriefing

Pour en arriver à de tels écarts entre les déclarations des uns et des autres, les écoutes auraient permis de remonter jusqu'au service qui préparerait les salariés entendus par la justice. Au coeur de l'enquête, Claire Chriqui, cadre au service juridique de la SNCF. "Il faut vraiment que tu te fasses briefer par Claire... Il faut qu'on sache exactement ce qu'on peut dire", s'affole, selon le Canard, un collègue de Christophe Bolhy. 

Outre les dictées, où elle insiste auprès des salariés de l'entreprise pour "ne rien apporter (aux policiers)" et "attendre leurs demandes", la cadre du service juridique réalise un débriefing avec les témoins après leurs interrogatoires. Une manière pour la direction de "mieux ruser" avec les enquêteurs, écrit le palmipède. 

Salariés "totalement libres"

Des accusations qui interviennent quelques jours après la demande d'un complément d'expertise sur l'accident de la SNCF, mise en examen dans ce dossier pour "homicides" et "blessures involontaires". Dans leur rapport rendu en 2014, les experts ont sévèrement mis en cause les règles de maintenance de la SNCF. Ce qu'elle conteste fermement.

Une défense répétée après les révélations du Canard enchaîné. "S’agissant du rôle de la direction juridique de SNCF, elle défend et accompagne ses salariés lorsqu’ils sont mis en cause dans l’exercice de leur fonction", assure mardi soir l'entreprise, jointe par BFMTV. C’est le cas pour l’instruction concernant l’accident de Brétigny."

"Les salariés auditionnés par les juges sont totalement libres de leurs propos et participent à la manifestation de la vérité", poursuit-elle.

Toutefois, la SNCF précise que "les documents présentés par le Canard Enchainé paraissent faire partie de l’instruction judiciaire concernant l’accident de Brétigny". "Si tel est le cas, ces documents sont couverts par le secret de l’instruction et n’appellent donc aucun commentaire de la part de SNCF", conclut la direction. 

J.C.