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Absents de leur procès, des jihadistes condamnés à des peines de 25 ans à la perpétuité

Un palais de justice - image d'illustration

Un palais de justice - image d'illustration - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

La cour d'assise spéciale de Paris jugeait 19 personnes pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Seuls cinq accusés étaient présents, les autres étant probablement morts en zone irako-syrienne.

La cour d'assises spéciale de Paris a condamné vendredi à des peines de 25 ans à la perpétuité 19 accusés "fantômes", des hommes et femmes partis en 2014-2015 en Irak ou en Syrie et presque tous présumés morts, au nom du "califat" islamique.

Le "jusqu'au-boutisme" des absents

La plus lourde peine a été infligée à Mohamed Belhoucine, "figure tutélaire" dans cette affaire et considéré comme le mentor du tueur du magasin Hyper Cacher. Les autres "fantômes" de ce dossier, parmi lesquels le jeune converti Quentin Roy, ont été condamnés à des peines de 25 à 30 ans. Les cinq accusés présents au procès se sont vus infliger des peines allant de deux ans fermes, aménageables immédiatement, à 12 ans de réclusion.

Le magistrat a vu dans les "19 chaises vides" l'illustration du "jusqu'au-boutisme d'hommes et de femmes partis en connaissance de cause dans un pays en guerre".

Les frères Belhoucine, de nouveaux jugés en mai

Parmi ces "fantômes", le jeune converti Quentin Roy, donné pour mort dans une opération suicide en Irak, le couple Faucheux, parti avec ses trois enfants, le prêcheur radical Sofiane Nairy ou les frères Belhoucine, personnages emblématiques de la galaxie jihadiste francophone, qui seront à nouveau jugés au printemps au procès des attentats de janvier 2015.

Apprenti ingénieur, Mohamed Belhoucine est considéré comme l'auteur du serment d'allégeance à l'EI lu par Amédy Coulibaly dans la revendication de la tuerie de l'Hyper Cacher (4 morts) et a pu lui ouvrir un canal de communication avec un commanditaire. Le 2 janvier 2015, quelques jours avant les attaques, il a rejoint la zone irako-syrienne via l'Espagne avec son frère Mehdi et Hayat Boumedienne, la compagne de Coulibaly.

Quentin Roy fait partie d'un autre groupe, celui des "copains" de Sevran (Seine-Saint-Denis), qui se connaissent tous, ont fréquenté ensemble la mosquée des "Radars" où ils ont forgé leurs certitudes jihadistes notamment au contact de Sofiane Nairy - qui a connu Mohamed Belhoucine à l'école des Mines d'Albi.

"Une justice brutale qui frappe les cadavres"

Jeudi, Me Ory, avocat de Quentin Roy, le seul des "fantômes" à bénéficier d'une défense, a dénoncé la "peine de groupe" requise - sans distinction entre les parcours et les profils des absents -, "au mépris du principe d'individualisation des peines", central en droit.

La défense a également fustigé une "justice brutale qui frappe les cadavres", dans cette France de 2020 où "on refuse de rapatrier les vivants mais (où) on juge les morts". Me Antoine Ory a expliqué le "paradoxe" qui consiste à "juger un homme qui s'est suicidé", dans une opération kamikaze, quand le droit français commande que les poursuites s'éteignent avec la mort du mis en cause.

Une incohérence balayée par l'accusation, qui a au contraire souligné l'importance de "sanctionner l'engagement jihadiste d'individus", expliquant que la justice française ne pouvait avoir la certitude de leur mort, annoncée par des émissaires de l'EI.

E.P avec AFP