BFMTV

Flavien Moreau, un jihadiste français libre, mais sous haute surveillance

Le centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe. (Photo d'illustration)

Le centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe. (Photo d'illustration) - Jean-François Monier - AFP

Il est le premier revenant de la zone irako-syrienne à avoir été condamné par la justice française et est désormais libre. Mais la justice, ainsi que les services de renseignement, assurent qu'un suivi complet a été mis en place, afin d'éviter qu'il échappe aux autorités.

Après sept années derrière les barreaux, dont une à l’isolement, Flavien Moreau est sorti lundi matin de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), selon une information du quotidien régional Ouest-France. Condamné pour “association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste” en novembre 2014, il est le premier “revenant” de la zone irako-syrienne jugé en France à avoir été libéré. Mais Flavien Moreau ne bénéficiera pas d’une “sortie sèche”. Au contraire, l'administration pénitentiaire va garder un œil sur l'homme, aujourd'hui âgé de 33 ans et qui n’a pas caché son prosélytisme durant ses années d’incarcération.

Pointage quotidien

Sa vie dehors a été préparée par le juge des libertés et des détentions (JLD), qui lui a imposé un suivi administratif et judiciaire contraignant. Flavien Moreau, qui a séjourné en Syrie en 2012 et a multiplié les tentatives pour y retourner avant son arrestation, doit résider dans un endroit déterminé, fixé avec le juge. Depuis ce domicile, l’ancien détenu doit pointer une fois par jour au commissariat le plus proche. Ses déplacements sont particulièrement encadrés puisqu’il lui est obligé de demander une autorisation au juge s’il souhaite quitter sa commune. Il a également l’interdiction de quitter le territoire national.

Le JLD lui a aussi assigné des convocations régulières pour suivre sa réinsertion, qui doit passer par un retour à l’emploi. Cette dernière passe également par l'obligation de soin, qu’il s’agisse d’un suivi psychiatrique ou d’examens médicaux réguliers. Flavien Moreau ne bénéficie pas en revanche du programme d'accompagnement des détenus radicalisés baptisé Pairs, présent seulement à Paris, Marseille, Lille et Lyon. Il lui est, en outre, interdit de détenir une arme. Ces mesures doivent durer 11 mois et 18 jours, selon l’Agence France Presse, car elles sont assises sur les réductions de peine qu'il a pu obtenir quand il était en détention.

“Je suis Ganczarski”

Sa condamnation pour des faits de terrorisme l’a automatiquement inscrit dans le Fichier des auteurs d'infractions terroristes (Fijait), qui l’oblige également à signaler tout changement d’adresse “au plus tard 15 jours après ce changement”. Une contrainte qui va le suivre sur une période de dix ans après sa libération. Ce fichier, où sont notamment détaillées les informations relatives à son identité et à la nature de sa condamnation, sont accessibles pour une période de 20 ans à la police, aux magistrats mais aussi aux services de renseignements, qui assurent le suivre de près. 

Car le profil de Flavien Moreau continue d’inquiéter vivement les autorités. Durant ces sept années derrière les barreaux, il s’est notamment fait remarquer pour avoir écrit sur les murs de sa cellule “Je suis Ganczarski”, rapporte Ouest-France, du nom de l’islamiste, auteur de l’attentat de Djerba, en Tunisie, en 2002 et qui a agressé trois surveillants à la prison de Vendin-le-Vieil en janvier 2018. Comme Flavien Moreau, "107 personnes seront libérées et en 2022, nous en aurons 147", indiquait Nicole Belloubet dans un entretien au Monde en mai dernier. Et tout autant de craintes, pour les autorités, d’un possible passage à l’acte.

Esther Paolini