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Abdelkader Merah condamné à 20 ans de prison, Fettah Malki à 14 ans

La cour spéciale d'assises de Paris a rendu ce jeudi un verdict très attendu dans le procès du frère et d'un ami de Mohamed Merah, auteur de sept assassinats en mars 2012 à Toulouse et Montauban.

Après cinq semaines d'audience sous haute tension, la cour spéciale d'assises de Paris a rendu son verdict dans le procès d'Abdelkader Merah et de Fettah Malki. Le frère de Mohamed Merah, qui a tué sept personnes en mars 2012 à Toulouse et Montauban, était jugé pour "complicité d'assassinat". Il a été reconnu coupable d'association de malfaiteur terroriste, mais non coupable de complicité d'assassinats. Il est condamné à 20 ans de prison, assortis d'une période de sûreté des deux tiers, soit la peine maximale pour les chefs dont il a été reconnus coupable. "Je n'ai rien à avoir avec les assassinats commis par mon frère" avait-il déclaré ce jeudi matin.

Fettah Malki, un ami de Mohamed Merah soupçonné également de complicité dans ses crimes, avait quant à lui demandé des excuses. Il a été reconnu coupable d'association de malfaiteur également et condamné à 14 ans de réclusion avec une période de sûreté des deux tiers. 

"Justice a été rendue"

"La Cour n'a pas cédé", a réagi sur BFMTV Ariel Goldmann, avocat de la famille Sandler, victime de Mohamed Merah, après la lecture du verdict. "Il était possible de condamner l'accusé de complicité d'assassinat", a estimé cependant Patrick Klugman, avocat de la famille également. "Justice a été rendue, et nous respectons la justice, car c'est la justice que nous attendions", a-t-il ajouté. "La justice est passée", a déclaré Elie Korchia, avocat d'un des membres de la même famille. 

"Les juges ont résisté à la pression de l'opinion publique"

"Ce soir en acquittant Abdelkader Merah du crime de complicité, la cour d’assises a rappelé que même dans les affaires de terrorisme les plus graves, la preuve et la règle de droit n’étaient pas reléguées au rang d’accessoires", a déclaré sur BFMTV Eric Dupond-Moretti, l'avocat d'Abdelkader Merah. 

"J’ai une pensée pour le désarroi et le chagrin des victimes injustement confrontées à un faux coupable qu’on a inventé pour étancher leur soif de justice. Les juges, et c’est leur honneur, ont résisté à la pression de l’opinion publique", a ajouté l'avocat, qui a dû attendre de longues minutes avant de pouvoir s'exprimer, à cause des huées qui se faisaient entendre dans les couloirs du palais de justice.

Vol en réunion du scooter qui a servi aux crimes

Pour justifier sa décision, la Cour a expliqué que la justice était convaincue de la radicalisation d'Abdelkader Merah, citant notamment des témoignages et les preuves de documentations d'Al-Qaïda. Au cours de l'instruction, il a tenu des propos montrant d'après la Cours son adhésion intellectuelle aux thèses d'Al-Qaïda.

Elle a en outre estimé qu'Abdelkader Merah avait participé au vol du scooter utilisé par son frère pour réaliser ses crimes: il a reconnu avoir été sur les lieux du vol et est resté à distance pendant la commission du délit.

En revanche, le chef de complicité d'assassinat n'a pas été retenu car il n'a pas été démontré qu'Abdelkader Merah avait porté aide et assistance à son frère au moment où il a commis ses crimes. Pour la Cour, sa participation au vol du scooter est insuffisante pour affirmer qu'il allait être utilisé pour ces assassinats. 

La défense avait réclamé l'acquittement

Concernant Fettah Malki, il a reconnu avoir confié un pistolet mitrailleur, des munitions et un gilet pare-balles à Mohamed Merah. La Cour a estimé qu'il n'ignorait pas la radicalisation de son ami.

L'avocate générale avait requis les peines maximales contre les deux accusés, appelant la cour à donner "une leçon de démocratie": la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans de prison pour Abdelkader Merah et 20 ans de prison, assortie des deux tiers pour Fettah Malki. La défense avait réclamé l'acquittement d'Abdelkader Merah, qui a déjà passé 5 ans en détention provisoire.

Christian Etelin, avocat de Fettah Malki, a indiqué qu'il allait faire appel. Eric Dupond-Moretti, avocat d'Abdelkader Merah, a quant à lui réservé sa réponse. 

Charlie Vandekerkhove avec le service police-justice de BFMTV